Saga FamIlIale

Un siècle de saga Vialtel à Rivedoux

Celui par qui tout est arrivé.
Publié le 14/11/2022

Cela fait un siècle cette année que le premier Vialtel, Marceau de son prénom et instituteur de son métier, est venu en vacances dans l’île de Ré. Claire Poyer, sa descendante, a eu envie de célébrer le siècle d’amitiés, de contacts joyeux et solides avec les Rivedousais qui en a découlé et se perpétue aujourd’hui encore.

Marceau Vialtel sera le premier de cette saga à venir passer des vacances dans l’île, au moment même où le secteur du tourisme commençait à prendre son essor vers les années 1920-1930. Cependant, l’histoire débutera véritablement avec Marie-Charlotte Houry, institutrice dont le professeur d’Ecole Normale Supérieure connaissait les instituteurs de Sainte-Marie, les Savineau, qui suggérèrent de venir découvrir le hameau de Rivedoux pendant les vacances. Marie-Charlotte et Yves, son conjoint, obtempèrent et séjourneront en 1907 chez Alexis et Adrienne Bonnin, puis chez Paul et Anne Poitevin-Manguis. Ils adorent le lieu, les paysages, la lumière et la mer où les Rétais ne se baignent pas encore. Ils apprécient la pêche à pied, les balades en bateaux, la tranquillité de Rivedoux et les discussions avec leurs hôtes partageant des expériences de vie si différentes.

Le couple Houry revient accompagné de trois familles d’instituteurs amis, originaires de Lyon : celles de Marceau Vialtel, en 1922, Johannes Debiesse, en 1928 et Michel Guignon, en 1929. Les quatre familles se connaissent et s’entendent bien. Les Vialtel, hébergés chez Zilda et Alexandre Fillon, y reviendront régulièrement comme Johanes Debiesse accueilli par Germaine et Edmond Chaigne. Michel Guignon fréquentera la famille Seguin. Le plus extraordinaire dans cette aventure est la qualité d’accueil des familles dont la chaleur et la générosité ne se démentiront pas et qui leur feront découvrir les spécificités de leur île et de leur manière de vivre avec gentillesse et humour. La relation a sans doute été facilitée par le petit nombre « d’étrangers » concernés dans ce luxueux paysage accessible aux bourses modestes. De nos jours, où nous croulons sous l’affluence des touristes, elle n’aurait pas eu le temps de s’approfondir. Les étés s’écoulant, le cercle des « baigneurs », qui a trouvé à Rivedoux, son Eldorado, s’agrandit. Parmi ces nouveaux visiteurs, Joseph Chacun, instituteur et député des Deux Sèvres, descend chez Théodore Porsain à qui il apportera son aide pour que Rivedoux devienne une commune à part entière. Il portera le projet de mise en commune devant le Sénat. La loi du 24 février 1928 érigera Rivedoux en commune et dans la foulée, Théodore Porsain deviendra le premier maire.

Devenue commune, Rivedoux évolue

Cette année 1928 marque d’ailleurs un progrès : les « baigneurs » sont désormais reçus dans des maisons bénéficiant de l’électricité ! C’est aussi le moment où Eugène Guilbon ouvre son débit de tabac rue du port avant qu’il ne soit transféré sur le port même. Des enfants naîtront, cette année-là, parmi lesquels Claude Houry et, du côté rétais, Armand Bernard, qui fait partie des trois premiers nés de la commune de Rivedoux. Enfant, la maman d’Armand jouait déjà avec Pierre, le papa de Claude dans la maison « La Vague » !

En 1931, amie des Chacun, la famille Vergnaud, qui donnera deux maires à la commune, Robert et Roland et une salle des fêtes, arrive pour la première fois dans l’île chez les parents d’Armand Bernard. Robert, jeune homme, n’a pas encore tracé son chemin à travers les ambassades de France en Amérique du Sud et en Italie, ni redressé Air Inter dont il sera président ! En attendant, il se lie d’amitié à vie avec la bande des Lyonnais et plusieurs Rivedousais. En 1933, les Bardon s’installeront chez Alice et Amant Favereau, ils feront d’abord partie de la bande des Limousins !

Une génération pousse l’autre

La deuxième génération, Pierre et Jean Houry, Marcelle, Paule et Marc Vialtel (le « Dr Vialtel »), Jean Debiesse, Suzon et René Guignon vont prendre leurs marques. Les maisons amies se feront plus nombreuses, celles d’Eugénie et Amant Martineau, Alida et Olive Lévêque, Georgina et Fernand Bouyer, Odette et Camille Chaigne, Marianna Bouyer, Marthe et René Arthus et leur ambiance marquera plusieurs générations. On vit au grand air, les fêtes sont nombreuses et les « baigneurs » inventent des attractions pour leurs amis Rivedousais. Les Maritais Favreau, le Dr Cadet et les Rivedousais : Lévêque, Arthus et Chauveau sont très présents sous les tentes de plage et s’adonnent aux jeux de palets avec les continentaux en vacances. Des parties de pêche ont lieu avec les Lévêque et les Chaigne au Phare des Baleines ou à pied dans les écluses à poisson. La rentrée des classes qui ne s’effectue qu’en octobre à l’époque leur offre la possibilité de faire les foins.

La chanson « Côte sauvage » sera même crée en 1934, véritable hymne à la douceur de vivre à Rivedoux et au bonheur d’y prendre des vacances ! (cf. refrain ci-dessous (1)). Chanson que cette deuxième génération chantait le soir en se promenant du côté du Fort la Prée ou en allant chercher de l’eau au puits de la rue de la Fontaine jusqu’en 1956, date à laquelle le centre bourg disposa de l’eau courante. Le même groupe ponctuait les invitations à boire à sa santé de roulements de tambour en défilant dans les rues du village. Il arrivait à cette « bande de fous », comme on les qualifiait alors, de faire des cadeaux aux iliens. Une année, Marcelle et Paule Viatel firent parvenir un stock d’espadrilles nouées à leurs amies rivedousaises qui les portaient l’été suivant pour les accueillir. En 1936, le petit train est démantelé et personne n’imaginait alors qu’il serait remis en service quelques années plus tard par les Allemands !

En 1938, la troisième génération Vialtel voit le jour… avec Sylvie Viougeas, la maman de Claire Poyer à l’origine de cette enquête.

La Deuxième Guerre mondiale interrompra ces retrouvailles estivales même si des contacts épistolaires sont maintenus pour savoir comment les uns et les autres se portent et réussissent à surmonter cette épreuve. 1941 voit déferler sur l’île le plus fort vimer depuis 1711qui impacte fortement une population déjà meurtrie par la guerre.

A partir de 1944, ce sont les premiers bacs New Rochelle et Samuel Champlain qui assureront la liaison La Rochelle-île de Ré et transporteront les estivants qui commencent à revenir dans l’île et vont retrouver avec joie les longues plages de sable fin où ils jouent aux boules et prennent l’apéro, même s’il y traîne encore quelques obus. Le premier restaurant de Rivedoux : « L’Auberge de la Marée » appartenant à la famille Bernard, verra le jour en 1950 et l’ancêtre du Thetys : « L’ombre des Pins », ouvrira ses portes en 1951. C’est une petite révolution !

Une gentrification tout en douceur s’opère

De génération en génération, l’appartenance « émotionnelle » au territoire est de plus en plus forte et, ipso facto, l’engagement « matériel » aussi. Dès 1948, deux terrains dans le bourg sont acquis par Marcelle Viougeas, sœur de Marc Vialtel pour y construire deux modestes maisons de vacances. D’autres ancrages immobiliers suivront et Cécile Poyer, en 2009, sera la première Vialtel à décider de vivre à longueur d’année à Rivedoux.

Des amis adoptent Rivedoux, des mariages, comme celui de Jean-Pierre et Caherine Rouby ou François et Joëlle Vialtel sont célébrés par Robert Vergnaud. D’autres ont lieu entre membres de la « bande de fous » ainsi que les «Mahométins » (2). Des enfants naissent, nombreux, trop nombreux pour que nous puissions tous les citer, et les liens perdurent. On revient dans la maison de famille, chez les amis, en location, au camping, etc.

Revenue s’installer définitivement à Rivedoux, il y a quatre ans, Claire Poyer, qui ne s’est jamais sentie aussi heureuse qu’ici, a éprouvé le besoin de célébrer ce siècle de relations privilégiées. Elle a rassemblé l’été dernier sur les plages de Rivedoux, lors de cinq sympathiques apéritifs, les représentants de la cinquième générations et ceux des générations précédentes qu’elle a réussi à contacter. Au total, ils sont 180 à avoir répondu à son invitation dont 40 descendants des Vialtel, et des représentants des familles Houry, Guignon, Vergnaud, Debiesse et Bardon. Mais aussi, des descendants des familles amies de Rivedoux. En conjuguant la mémoire des anciens de Rivedoux à celle des familles de « baigneurs », Claire Poyer a réalisé un énorme travail de recensement (cf. la photo de la fresque sur la plage représentant ces cent ans) apportant un éclairage intéressant sur la vie de Rivedoux durant un siècle. Il serait dommage de ne pas donner à cette étude une forme qui la rende accessible à un plus grand nombre de personnes.

(1) Refrain de la « Côte Sauvage » Riv’doux, Riv’doux ! C’est le mois des vacances Riv’doux, Riv’doux ! C’est le mois le plus doux. Toute l’année on turbine, Mais enfin on se débine, Riv’doux, Riv’doux Nous voilà, c’est la bande des fous !

(2) Mahometins : les Maritais qui avec l’accession de Rivedoux au statut de commune avaient perdu leur port, avaient tendance à appeler les Rivedousais qui ne possédaient pas d’église « les Mahométans ». L’église fut construite de 1963 à 1967 et la première messe y fut célébrée le deuxième dimanche de juillet 1967. Elle ne sera véritablement terminée qu’en août 1972 et consacrée par Monseigneur Paillet, archevêque de Rouen.

©DR- Tous les petits-enfants de Marceau Vialtel en 1952.

©DR – Les petits-enfants de Marceau Vialtel en 2022. Depuis le fond : François Vialtel, Lfresque réalisée par Claire Pouis Vialtel, Pierre Viougeas, Camille Blanco, Dominuqe Arhex.

©DR – Grande fresque réalisée par Claire Poyer et représentant la liste de tous les acteurs de cete saga d’un siècle.

©DR – Le tambour de Rivedoux en 1934, entouré de certains membres de la « bande des fous » parmi les quels on peut reconnaître au premier plan Robert Vergnaud ainsi que des amis Rivedousais.

©DR – La fine équipe. En partant de la gauche : Jean Debiesse, Michel Guignon, Robert Vergnaud, Marc Vialtel et Pierre Houry.

©DR – La bande des fous sur l’une des plages de Rivedoux. Dans l’ordre en partant de la gauche : Robert Vergnaud, Marc Vialtel, Pierre et Jean Houry, René Guignon, Gérard Chacun, Guy Chauveau, et Bobby Chacun.

Catherine Bréjat

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