Patrimoine

Ecluse Moufette

Bientôt des travaux de reconstruction poutr l'écluse La Moufette de St Clément des Baleines (île de Ré). © François Blanchard

Le travail de reconstruction va commencer avec les grandes marées d’avril

L’écluse Moufette… le 2 mars. © François Blanchard
Publié le 19/04/2016

Gravement endommagée, l’écluse Moufette, à Saint-Clément des Baleines a besoin de bras…

Construite au 18ème siècle, la Moufette, pour la « malfaite », dit-on, faisait partie des quelques 140 écluses à poissons construites sur la côte de l’île de Ré, depuis le Moyen- Age. Dans les années 40, cinq écluses subsistaient encore à la Pointe des Baleines, de part et d’autre de la Moufette. Celle-ci était la plus grande et celle qui « pêchait » le mieux. C’est, certainement là, la raison des efforts consentis pour la préserver. Entre la dernière guerre et 2000, ces grands pièges à poissons ont, en effet, disparu pour la plupart, attaqués par les tempêtes et faute d’entretien constant. Jean-Jacques Blanc, Président de l’Amicale la Moufette et chef d’écluse a bien voulu recevoir Ré à La Hune alors qu’il nous a annoncé être démissionnaire de ces fonctions depuis le 31 mars. Jean-Jacques Blanc est également 1er adjoint au Maire de Saint-Clément des Baleines.

Contrôler le bâti à chaque marée basse avant de pêcher

« Le travail de l’écluse est un travail de tous les jours et de toutes les marées basses : environ 730 passages dans l’année, soit près de 250 pour chacune des trois équipes de trois co-détenteurs. Et il ne s’agit pas que de récolter le poisson. Il faut entretenir le bâti et intervenir pour colmater les éventuelles brèches sans attendre. C’est le travail de chaque marée basse, de jour comme de nuit. Chaque équipe fait le tour de tous les murs et le droit de pêche ne peut s’exercer qu’une fois ce travail de sauvegarde accompli. Si une brèche est constatée de nuit, on essaie de la « bloquer » provisoirement avec des pierres et l’équipe est convoquée à la marée suivante pour faire le travail plus solidement, cela, quelle que soit la météo ! L’hiver, de décembre à février, quand les jours sont courts, il arrive qu’on ait deux marées basses de nuit, à 6h et 18h, par exemple. »

De nombreuses brèches dans l’écluse Moufette de Sta Clément des baleines : gros travaux à prévoir en 2016. © François Blanchard

De nombreuses brèches dans l’écluse Moufette, ici le 6 mars.
© François Blanchard

La Moufette déploie, en fer à cheval pointé vers le Phare des Baleineaux et la Côte vendéenne, 1036 mètres de muret pour une superficie de 6 ha. Depuis début 2016, les brèches sont si importantes – environ 400 mètres en cumul – qu’il est vain de tenter de colmater. De plus, le mur est cassé gravement sur 6 à 7 « couis » sur les 21 qu’elle comporte, ce qui suppose une technique particulière de construction. Les « couis » sont les trous laissés dans le mur pour permettre l’évacuation de l’eau, à marée basse ; ils sont barrés, tous les 12 cm environ, pour empêcher la fuite des plus gros poissons et, à ces endroits, le courant est très fort.

Appel à toutes les bonnes volontés

Le travail de reconstruction pourra vraiment commencer avec les grandes marées d’avril. L’ADEPIR*, avec le concours financier de la CDC, apportera l’aide technique indispensable. Elle fait appel à l’AEMA* pour mettre à disposition la pelleteuse qui, dans son gros godet, pourra charrier les pierres, les plus grosses comme les plus petites, dispersées sur l’estran ; c’est déjà là, pour charger le godet des plus petites pierres, que le travail des petites mains et des gros bras est indispensable. Ensuite, une fois les grosses pierres mises en place, il faut les bloquer avec de petites pierres en biseau, transportées au seau, cette fois, et donc, là encore, besoin de bras. Pour chaque tâche, des explications sont fournies par ceux qui maîtrisent cette technique ancestrale de construction à pierres sèches en milieu marin. Le travail dure environ 3 heures, à chaque marée basse de coefficient supérieur à 50.

« On compte plusieurs mois de travaux puisque, sur une brèche, seuls 2 bâtisseurs peuvent travailler et qu’il n’y a qu’un seul engin pour transporter les pierres. Quand on a reconstruit dix mètres, même si, parfois, il n’en reste que huit, on est content », assure Jean-Jacques Blanc.

Le rôle du chef d’écluse est de mobiliser tout le monde, faire le planning pour toute l’année et collaborer avec l’ADEPIR et l’AEMA pour décider de la technique à employer pour reconstruire. « Pour les brèches simples, il n’y a qu’à remonter. Pour les brèches plus larges, pour gagner en temps et en solidité, on utilise de petits gabions de pierres, d’environ 60 de large, pour faire une base solide et on construit autour. Cette technique devrait être employée à la Moufette, au moins pour les brèches les plus hautes et les plus larges. Il y a 2 ans, une brèche de 25 mètres avait été reconstruite ainsi, avec 2 gabions centraux ». Il faut noter que le mur de l’écluse étant horizontal par rapport à l’estran, la partie la plus haute se trouve à 2 mètres. En technique traditionnelle, “les pierres ne sont qu’imbriquées, coincées et en quinconce. Les meilleures pierres sont triangulaires ; la pointe est poussée vers le sol quand la mer tape” précise le bâtisseur et d’ajouter que la technique de construction dans les règles ne repose que sur la transmission orale, d’où le projet de l’ADEPIR de créer une école, pour les plus jeunes.

Regardons, admirons mais ne touchons pas !

Comme les dunes à l’abord de la plage, les écluses à poissons contribuent à la protection de la côte. Or, régulièrement, en saison touristique, les familles trouvent intéressant et amusant, à marée basse, d’aller faire le tour du mur de l’écluse, voire de déloger les coquillages qui y poussent. Outre le danger que cette promenade peut constituer pour les personnes, comme le rappellent les panneaux de signalement, sur place, ce piétinement et cette cueillette nuisent à la solidité de l’ouvrage. Les huîtres et coquillages constituent, en effet, le ciment du mur. Alors… respectons l’environnement, la nature comme le bâti !

Suite à la décision de Jean-Jacques Blanc de démissionner, une réunion de l’association est prévue le 29 avril pour mettre en place une nouvelle organisation.

 

* ADEPIR : Association de sauvegarde des écluses à poissons de l’île de Ré.

* AEMA : Association syndicale autorisée des étangs et marais d’Ars en Ré.

 

Pour participer encore plus à la sauvegarde de notre belle île et plus particulièrement à la reconstruction de la Moufette, vous pouvez vous inscrire sur ecluse.moufette@gmail.com ou téléphoner à Norbert Rizzo, secrétaire de l’Amicale de la Moufette au 06 71 18 91 14.

 

Jocelyne Chrétien

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Vos réactions

  • Jerry
    Publié le 5 mars 2022

    je viendrai bien donner un coup de main pendant le vacances de printemps je ne reste que 7 jours mais ci besoin pourquoi pas Merci

    Répondre