Patrimoine

Portrait

Super-Marinette, une histoire villageoise

Marinette en tenue rhétaise pour la préparation de la moutarde
Publié le 07/10/2021

Marinette Caillaud est une figure de Saint-Clément. La mémoire locale les deux pieds dans le présent !

Il était une fois une Villageoise à qui ses parents donnèrent naissance chez ses grands-parents maternels comme le voulait la tradition, en 1943, rue de la Digue au Griveau dans la chambre du bas qui avait notamment pour fonction d’accueillir les décès et les naissances. Pour cet heureux évènement, une fois de plus, Esmeralda Giraudeau, la sagefemme de Saint Clément qui aidait à l’accouchement jusque Sainte-Marie à bicyclette, les accompagna. C’est ainsi que Marinette Caillaud vit le jour sur ce petit bout de territoire qui restera à jamais dans son coeur.

L’été à Saint-Clément…

Son père, l’un des rares marins pêcheur locaux de l’époque (les autres étant des immigrés de Vendée), partait presque tous les jours d’été le matin avec sa plate et ses avirons pour rejoindre sa pinasse (type de bateau) à la Conche et allait ramasser ses casiers au large du phare des Baleineaux. Dans la centaine de casiers, des homards, des tourteaux, des congres, des araignées de mer ; mais il fallait aussi relever les palanques, des grands fils avec des hameçons au bout desquels on pouvait trouver des chiens de mer, des roussettes… Régulièrement dans l’année, avec sa remorque derrière le vélo, à Saint-Clément et aux Portes, il vendait ses fruits de mer en criant dans les rues et il livrait ses clients en commande.

Sa mère, en plus de s’occuper du foyer, était toujours là pour donner la main aux champs de la famille ou aux affaires du père.

… L’hiver à Saint-Martin

L’hiver, la mer étant trop dangereuse, tout ce petit monde déménageait à Saint-Martin… comme ce jour où, pendant la guerre, âgée de 2 ans, Marinette dans le panier derrière le vélo de sa mère, partit avec tout l’attirail familial dans la remorque pour la petite maison qu’ils louaient sur le port de Saint-Martin.

C’est là qu’elle commença sa scolarité à la maternelle puis elle vit les vélos se faire remplacer par une moto, la location devenir l’achat d’une maison, avec toujours le retour à Saint- Clément l’été.

En 49, c’est l’achat d’une B2 que le père fait découper par le menuisier du Gillieux, Crispy, qui en fait une petite camionnette. La maman de Marinette devient une des premières femmes de Saint-Clément à apprendre à conduire. Très vite la B2 est remplacée par une Estafette qui leur permet de vendre leur pêche plus cher qu’à St Martin sur l’îlot ou à La Rochelle en allant chaque semaine à Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

Caricature par Camille, sa belle-fille

Une vie déjà bien occupée

Avec l’arrivée de la voiture, c’est la fin de la maison à Saint-Martin et le retour pour une vie permanente à Saint-Clément des Baleines où Marinette fréquente l’école primaire. C’est ensuite le cours complémentaire (collège) à Saint-Martin où son hébergement se fait en pension dans un restaurant et le lycée dans un collège de jeune fille à La Rochelle toujours en pension.

A 17 ans, pendant la saison estivale, elle s’occupe d’une petite boutique dans la maison de famille rue des Rentiers, elle y vend les produits de la cave coopérative, du gaz pour les campeurs et prend les commandes pour la pêche de son père. Tous les dimanches soirs, elle file en vélo avec ses copines à Ars-en-Ré aux « Bons Enfants » (aujourd’hui restaurant « l’Océane »), danser autour du juke box avec les jeunes du coin.

Pendant Mardi Gras, avec sa borderie (groupe de différentes familles proches), ils mangent ensemble tous les soirs et préparent leurs costumes et les chars pour le défilé qui viendra clôturer la semaine. On brûle un épouvantail sur la place du Chabot et on finit par un bal « Chez Florent », l’établissement du grand père de Daniel Massé qui deviendra « le Chat Botté ».

Après avoir raté le concours d’entrée à l’Ecole Normale, à 19 ans elle devient institutrice remplaçante en Vendée puis passe son C.A.P. Avec sa 2CV, au mariage d’une copine, elle transforme son cavalier en époux. La voilà embarquée pour la vie avec un Vendéen installé à Paris, où elle fera sa carrière d’institutrice. Ce qui ne l’empêche pas de revenir régulièrement sur l’île, notamment pour y faire naître dans la tradition, près de sa maman, sa première fille à la maternité de Saint-Martin.

Retour sur l’île après une carrière d’institutrice à Paris

Ce n’est qu’en 1998 que la fille du pays revient sur ses terres, elle y retrouve d’autres amis d’enfance, son frère et sa belle-soeur, maintenant tous à la retraite, et avec son mari ils se font construire une maison plus moderne de plain pied.

En 1999, la tempête Martin démolit l’écluse à poisson de Moufette où certains membres de sa famille y avaient leurs habitudes. Il faut de l’énergie pour tout reconstruire et avec une bande de retraités motivés, ils refont les 140 m de brèche en quatre mois. Depuis, les co-détenteurs et autres bénévoles se succèdent pour faire vivre cette tradition de pêche; on y croise encore Marinette avec ses grandes bottes et son seau de cailloux (p’tins) à la main.

C’est dans les années qui suivent que Marinette devient un personnage sur notre belle île, femme au grand coeur, elle s’investit un peu partout. On la trouve au Club Villageois, à l’ADEPIR, à l’association de gymnastique des Mouettes Arsaises, dans le jumelage d’Ars avec Naucelles, adhérente du musée Ernest Cognac, dans le CRICRI pour la recherche sur le patrimoine oral et les vieilles chansons réthaises… ou encore à l’organisation et derrière le micro dans la voiture pour communiquer sur les journées de don du sang. Et si la mairie oublie de mettre les affiches dans les panneaux municipaux, c’est au travers du haut-parleur que Marinette interpelle Mme le Maire un jour de marché 2020…

Son père, Pierre Giraudeau, sur son bateau vers 1965.

Marinette aux mille facettes

Marinette aime son île, elle profite et met en valeur tout ce que le territoire peut nous offrir. Certains matins elle anime des randonnées découverte des marais ou du patrimoine avec le camping, au profit de l’association des donneurs de sang. Certains soirs elle raconte les petites histoires locales à la Java des Baleines. On la trouve dans les meilleurs coins de pêche à pied et souvent accompagnée d’un novice… À sa table, il y a très souvent des invités et au fourneau elle nous prépare des petits plats de grand-mère, plutôt rustiques et surtout locaux : son passage dans « les carnets de Julie » pour son ragoût de seiche reste d’ailleurs marqué dans le livre de cuisine de l’émission. Quand on a des doutes sur une plante comestible, on va voir Marinette qui à l’époque des causeries de Sainte- Marie avec le musée du Magayant, a travaillé sur un classeur qui recense les plantes sauvages de l’île. Mémé pour tous, elle a souvent un pot de confiture à offrir ou des semis, c’est ainsi qu’elle a transmis à ceux que cela intéressait une recette de moutarde locale, de Trousse Pinette, de l’apéro de Charlemagne avec du maceron, du vin de sureau….

Bien heureusement cette histoire n’a pas de fin, notre super héroïne locale est infatigable et continue d’animer la vie locale, vous pourrez la croiser un peu partout, en spectatrice au conseil municipal où elle a toujours son mot à dire, à la Java des Baleines les soirs de bal pour une danse endiablée, aux festivités de la commune auxquelles elle prend souvent part… Pour ceux qui voudraient percer le secret de cette énergie, plusieurs pistes dont une qui retient notre attention, cent brasses par jour d’avril à septembre !

Jonathan Odet

Réagir à cet article

Je souhaite réagir à cet article

* Champs obligatoires