Nature

Protection animale

Solidarité autour des animaux

Inlassables et malgré les préjugés, ces femmes se dévouent aux animaux et forment un collectif à respecter et à soutenir
Publié le 06/04/2023

Deux ans déjà qu’un article avait été consacré dans nos pages aux associations de protection animale. Les choses ont-elles évolué ?

Elles s’appellent Jocelyne, Marie, Freddie, Danièle, Michèle (deux fois) ou encore Brigitte (prénom associé à la protection animale s’il en est), sans oublier Natacha… Des femmes qui ont choisi de donner de leur temps, tous les jours de l’année, aux animaux qui peuplent le territoire, chats dits libres ou abandonnés, chiens laissés pour compte à la fin des vacances…

Rencontre au refuge animalier l’APAR (Association de Protection des Animaux Rétais) en compagnie de l’incontournable Natacha Cantat et de toutes les Présidentes d’associations qui, du sud au nord oeuvrent pour le bien-être animal.

Du soutien actif à l’indifférence

Force est de constater que par rapport à notre précédent article, une chose n’a guère changé sur la condition animale rétaise. Il semble y avoir deux îles. Si au Sud les associations bénéficient de vrais soutiens ou à tout le moins de la bonne volonté des élus, il semble qu’au Nord l’indifférence soit de rigueur. Pourtant, la situation légale est la même : c’est aux Maires que revient la responsabilité de la gestion des animaux errants ou perdus, raison d’être des conventions signées avec l’APAR, habilitée à fournir le service de fourrière. Même si elle doit parfois « se bagarrer » pour en obtenir le renouvellement, Natacha Cantat l’obtient sur toutes les communes insulaires. Toute sauf une qui se reconnaîtra

. Sur les chats dits libres, les nourrir et les soigner par amour des animaux ne suffit pas. Il s’agit aussi d’endiguer leur reproduction et sur la question, le travail des associations est essentiel. Certains ont bien compris l’intérêt de les soutenir, d’autres non. Ou s’en moquent ce qui, au-delà du simple bien-être animal, ne résout rien.

A La Flotte, un beau modèle

En tous cas, le plus abouti. Avec la complicité du Maire Jean-Paul Héraudeau, Danièle Le Floch, Présidente de l’association Les Chats de La Flotte, a pu construire son projet Chatipi. De quoi s’agit-il ? D’un partenariat entre une commune, une association locale et One Voice, association nationale initiatrice de ce projet ambitieux pour les chats sans abri. Comme condition, la fourniture d’un endroit clos pour y héberger la population de chats. En contrepartie, One Voice finance stérilisation et identification au démarrage du projet. Les animaux sont ensuite nourris et veillés par l’association locale. Une solution gagnante pour tout le monde, dont la commune (qui respecte ainsi ses obligations légales) et les petits félins bien sûr. Ajoutons qu’un Chatipi a aussi une vocation pédagogique et génère du lien social.

Un autre Chatipi devrait bientôt voir le jour à Rivedoux où Patrice Raffarin apporte déjà son soutien à Jocelyne Boucard (association Rive’Cats) en finançant toutes les stérilisations tandis qu’elle gère la nourriture sur ses deniers personnels. « Il a visité La Flotte et compris l’intérêt d’un projet global », précise Jocelyne.

Reconnaissance à Sainte-Marie et Saint-Martin

A Sainte-Marie, Lacôtochats dispose de huit campements autorisés avec points de nourriture pour les cinquante chats environ dont l’association s’occupe. « Ils sont tous stérilisés et identifiés et la reproduction est stabilisée », se réjouit Marie, ajoutant qu’elle reçoit chaque année une attestation de la Mairie mais aussi du Président de la Chasse pour la protection des félins. A Saint- Martin, Michèle Rotbarti gère environ 80 chats répartis sur le territoire de la commune et se reconnaît « contente de la collaboration avec la Mairie ».

Premiers pas au Bois et à La Couarde

Au Bois-Plage, pas d’association dédiée. Mais Natacha Cantat apprécie le changement d’état d’esprit, et reconnaît volontiers la « bonne volonté du Maire ». « Il y a moins de chats errants qu’avant », souligne-t-elle, avant d’ajouter qu’une propriétaire de chat boitaise refusant obstinément de faire stériliser ses animaux, elle récupère régulièrement des chatons. La question des propriétaires sourds à la nécessité de la stérilisation féline, voilà une autre évolution nécessaire.

A La Couarde, Michèle Butot ne ménage pas son énergie, ayant assuré toute seule vingt-quatre stérilisations. Née en 2021, l’association Les Chats couardais a trouvé une oreille à la Mairie, obtenu une subvention de 500 € et des « bons Bardot », octroyés par la Fondation pour financer la stérilisation des chats..

Solitude au Nord

C’est celle de Brigitte Devron et de son association Les Amis des Chats abandonnés. Absente lors de notre rencontre collective, elle témoigne pour la seconde fois de ses difficultés par téléphone. Basée au Portes, son association bénéficie d’une petite subvention de la Mairie.

Mais son amour des chats la porte bien au-delà de son village, à Ars et Saint-Clément, où a minima l’indifférence règne. « A Ars, une autre personne nourrit des chats, après avoir essayé vainement de monter une association », nous explique-telle, ajoutant qu’elle a un point de nourriture sur un terrain, mais celui-ci étant clôturé, elle ne peut trapper les animaux pour les faire stériliser. A Saint-Clément, elle a trouvé un endroit préservé chez le frère d’une amie et nourrit une vingtaine de chats le soir vers 22h.

Les animaux (et ceux qui s’en occupent) sont-ils malvenus au Nord de l’île ? Oui sans aucun doute si l’on en croit Brigitte Devron, reconnaissant « sortir de plus en plus tard le soir », et évoquant par ailleurs de tristes situations qu’elle a vécues, comme celle de ce chat noir, retrouvé la peau dépecée sur une patte arrière. « Le vétérinaire a confirmé qu’il s’agissait de scarifications », raconte Brigitte Devron. Autrement dit, un animal torturé qui sera soigné (135 agrafes) et relâché pour finalement disparaître à nouveau. Cela se passait du côté de La Patache aux Portes mais d’étranges disparitions, Brigitte en a constaté régulièrement ailleurs. Que dire… Les faits parlent d’eux-mêmes.

Subventions et dépenses

Nourriture mais aussi soins et médicaments… selon le nombre de chats libres dont elles s’occupent, les associations doivent assurer des budgets annuels de 5 000 à 10 000 € en moyenne. Inégales selon les communes, toutes les subventions sont essentielles même si elles ne suffisent pas. Viennent s’y ajouter « bons Bardot », dons de particuliers, tarifs spécifiques chez le vétérinaire et actions collectives ou individuelle, collectes de nourriture ou même belote.

A l’APAR, Natacha Cantat doit boucler chaque année un budget de 100 000 €, correspondant aux soins, à la nourriture et à la gestion des locaux. Pour combien d’animaux ? Côté chiens « au plus bas 20, au plus haut 49 et en moyenne 55 en provisoire », détaille Natacha. Quant aux chats, elle en a aujourd’hui 90 mais ils ont été jusqu’à 150.

A noter que l’APAR ne reçoit pas de subvention des communes mais un émolument pour le service de fourrière, correspondant environ à 10 000 € (sur 9 communes donc). Autres apports financiers, un don de l’association 30 millions d’Amis, de la nourriture d’une association niortaise, les cotisations des adhérents, des dons de particuliers et les frais de garde lorsqu’elle prend des animaux en pension, confiés par leurs maîtres. Son budget, Natacha le boucle mais toujours à l’euro près et l’avenir est incertain.

Non à l’animal objet

Une fois évoqué le détail de leurs situations particulières, c’est d’une même voix que parlent toutes les Présidentes d’association, renforcée par celle de Natacha Cantat, qui outre son parler cash, a une vision globale de la situation animale. Depuis 30 ans qu’elle est à l’APAR, « j’en ai des histoires tristes à raconter », soupire Natacha, affirmant qu’elle « passe plus de temps à se battre contre les gens qu’à soigner les animaux ». Histoire d’abandons sordides, de maltraitance, lâcheté, violence, égoïsme, irresponsabilité… « On est effondrés par ce monde là », poursuit-elle estimant que « cela questionne notre société et notre humanité ».

Sur la période touristique, toutes déplorent les vacanciers peu scrupuleux se débarrassant de leurs animaux, chiens laissés attachés au mobil-home ou pire à un arbre dans un bois, chats non castrés en pleine nature… « Attention l’été n’est pas une forte période d’abandons que pour les touristes », souligne Natacha Cantat, affirmant que « certains Rétais profitent de leur présence pour abandonner leurs animaux ». La situation des animaux abandonnés est une source de difficultés pour et avec les campings, ceux-ci n’étant pas tous de bonne volonté.

A n’en pas douter, une plus forte implication publique est nécessaire et une stratégie intercommunale serait la bienvenue.

Pour conclure, ajoutons-y les préjugés et des réflexions entendues par les associations, certains les enjoignant à se mobiliser sur des causes « plus intéressantes », Natacha Cantat évoquant une personne lui ayant dit qu’elle devrait « être contente d’avoir du travail ». Terrible de devoir se justifier d’un investissement personnel servant par ailleurs le collectif. Mais sans doute que certains règleraient sans scrupule la situation par l’élimination pure et simple. Tout simplement au mépris de la loi rappelons-le. Quand la bêtise s’associe à la méchanceté, nous le savons, le pire est possible.

Mais finissons néanmoins sur une note positive. Il ressort de notre rencontre une belle dose d’énergie positive et la force d’une solidarité bien féminine envers une cause parfaitement assumée, toutes ces femmes ne manquant pas de se remercier mutuellement pour l’aide qu’elles s’apportent. Ajoutons-y tous ceux qui, dans l’ombre et en fonction de leurs possibilités, les soutiennent également, ne serait-ce qu’en étant responsables et aimants envers leurs propres animaux.

Rectification importante

Alors que nous évoquons son budget et ayant plusieurs fois entendu que l’APAR avait bénéficié de legs importants, nous posons ouvertement la question à Natacha Cantat. « Eh non c’est faux », répond-elle d’une traite, « pour la simple raison que « le legs nous est interdit », explique-t-elle, poursuivant qu’elle a effectivement reçu des intentions de legs mais « l’APAR n’étant pas déclarée d’Intérêt Public, impossible de toucher l’argent » Elle a bien essayé, en passant par La Fondation Assistance aux Animaux mais après des mois d’attente, l’association n’a jamais rien touché. « Assistance aux Animaux a capté l’argent du legs et nous avons perdu 450 000 € », conclut-elle.

Comment faire alors pour une personne souhaitant faire un legs à l’APAR ? « Nous avons droit aux Assurances Vie, c’est donc la seule possibilité juridique » répond Natacha.

Pauline Leriche Rouard

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