Enfants et jeunes

Rythmes scolaires

Semaine de quatre jours : quel impact ?

Quelle équation dans le shaker des rythmes scolaires ?
Publié le 27/03/2018

Le sujet des rythmes scolaires est l’occasion d’une valse de réformes contradictoires depuis dix ans en France. Et sur l’île de Ré, ça dit quoi ?

En septembre 2017, 43% des communes de France (essentiellement rurales) basculaient du côté de la semaine de 4 jours rendue possible fin juin par le nouveau gouvernement. Consultés récemment, les maires qui avouaient pour une grande part avoir été pris de cours ont exprimé massivement leur souhait de supprimer eux aussi cette cinquième matinée à la rentrée 2018.

Officiellement, c’est l’argument de la fatigue des enfants qui est brandi pour justifier la nécessité d’une réelle coupure en milieu de semaine, celui-là même invoqué lors du précédent remaniement dont l’objectif était disait-on alors d’harmoniser et d’aérer les temps d’apprentissage trop compressés sur quatre journées.

Il semble décidément que la France qui a donc entamé son troisième revirement en dix ans, n’arrive pas à s’en sortir avec le dossier des rythmes scolaires ! De quoi se demander légitimement si c’est bien l’épanouissement des élèves qui prévaut dans ce débat, qui quoiqu’en apparence tranché n’est certainement pas clos.

Partout ailleurs en Europe et dans le monde la scolarité s’étale depuis longtemps sur cinq, voire six jours. Avec ce retour en arrière et de nouveau un nombre exceptionnellement faible de jours de classe (144 travaillés contre 162 dans les autres pays de l’OCDE, auquel s’ajoute un mauvais classement de nos élèves), l’exception française promet comme en 2008 d’être régulièrement pointée du doigt.

Intérêt de l’enfant ou de l’adulte

Interrogés sur le sujet, les chronobiologistes sont formels et de concert accablent la semaine de quatre jours. François Testu, professeur émérite en psychologie à l’université de Tours et président de l’Observatoire des rythmes et des temps de vie des enfants et des jeunes (ORTEJ) est catégorique : « revenir aux 4 jours, c’est privilégier le choix des parents au détriment du bien être de l’enfant. Le temps scolaire est compressé, donc il y a surcharge. Qu’on ne vienne pas nous dire que les enfants vont pouvoir dormir un peu plus, nos travaux ont montré que c’est faux ».

Et de fait, d’études ou de rapports, il n’en existe quasiment pas, sauf ceux menés par ses soins depuis 1990, et encore faut-il s’entendre sur l’articulation du temps en question, qui d’une formule à l’autre fait l’objet d’incessants remaniements…

Ce que l’on sait, c’est que ce sont majoritairement les parents qui plébiscitent la semaine de quatre jours ; et qu’on ait troqué le samedi matin pollueur de week-end au mercredi n’y change semble t-il rien… Les enseignants (dont si les Français mesurent combien le métier s’apparente à une vocation, nombreux sont ceux qui négligent l’implication au quotidien), ont eux aussi poussé le choix des quatre jours (71%*), probablement acquis à la cause d’une meilleure organisation en ces temps de pression sociale.

Soulagés également, les maires aborderont quasiment tous la rentrée 2018 sans porter la responsabilité intégrale des activités périscolaires, compliquées à financer au regard des restrictions budgétaires imposées, particulièrement dans les petites communes.

La mise en place des TAP voulue par la réforme de Vincent Peillon aura en tous cas ouvert la voie du bien fondé d’un espace créatif au coeur de l’enseignement.

Car au fond, plus que de quantité, n’est-ce pas là la réelle question à se poser : comment combiner de façon efficiente ce temps dit d’éducation, entre famille, apprentissage, créativité et lien social ?

Fatigués ou pas ?

Fatigués ou pas ?

Le mercredi libéré qu’est-ce que ça a changé ?

Enseignants, animateurs et parents l’apprenaient les tout derniers jours qui précèdent nos fameuses grandes vacances controversées, les maires de l’île, respectant un principe d’harmonisation indispensable sur notre territoire avaient décidé collégialement de supprimer eux aussi la cinquième matinée de classe dès la rentrée.

Alors ? Les enfants sont-ils moins fatigués ? Les avis sont plus que partagés, selon qu’on questionne les parents disponibles ce jour là où non. Pour une bonne part d’entre eux qui travaillent, comment comparer dans la mesure où c’est le centre de loisirs qui a pris le relai de cette matinée de classe ? Certes, la concentration est moins sollicitée, pour autant l’heure du réveil est la même et si différence il y a, elle se compte davantage dans le porte monnaie familial qu’en temps de sommeil.

Globalement, tous les centres de loisirs de l’île enregistrent une hausse de fréquentation le mercredi matin, certains ont même doublé les effectifs (ils le doivent aussi à la qualité des activités proposées) !

Pour les autres qui ont trouvé à « caler » leur agenda professionnel (la saisonnalité joue pour une grande part ici on le sait), cette journée de repos représente un vrai moment de détente familiale.

Côté maternelle on s’accorde sur le fait que la coupure profite aux tout petits qui s’en trouvent en meilleure forme (moins de chutes entre autres). Côté primaire, les avis divergent nettement.

Carine trouve que « ça n’a rien changé » même si sa fille scolarisée en CM1 à Sainte-Marie a la possibilité de rester à la maison le mercredi. Une directrice d’école confie ses doutes, s’interroge sur la pertinence de compacter ainsi le programme mais évoque un devoir de réserve… Le service public se doit de rester pudique même si la grogne monte… Peggy Luton, en charge des affaires scolaires à La Couarde regrette que l’éventualité de raccourcir les vacances d’été ne soit pas une option qui ait fait l’objet d’une consultation portée à l’échelle nationale. La question a du sens. « Quelles sont les familles qui peuvent gérer deux mois de congés ? On jongle un peu tous entre l’accueil de loisirs et le soutien des proches ».

Isabelle Tivenin, élue à La Flotte, explique que la décision du retour aux quatre jours est le fruit d’un vote unanime du conseil d’école qui, constatant la fatigue accumulée en fin de semaine, a souhaité défendre ce temps où l’ « on cesse de courir ».

Qu’en disent les principaux concernés ? Difficiles pour eux de juger s’ils se sentent plus fatigués ou pas, la plupart avouant que si grasse matinée il y a, elle vient bien souvent compenser un coucher plus tardif le mardi.

Grosso modo la question divise autant d’adeptes que de détracteurs chacun avec ses arguments ; mais ce qui rassemble en revanche se sont les ateliers des TAP dont tous déplorent la suppression, les parents pour l’éveil à toutes sortes de disciplines, les enfants pour ce temps différent qu’ils appréciaient de partager tous ensemble.

Quid des activités périscolaires ?

Au coeur ou autour de la scolarité ? En surface de réparation !

En contrepoint de la suppression du mercredi matin, c’est l’offre d’activités sportives, culturelles ou artistiques qui a été amputée et la loi de refonte de l’École de la République Peillon entièrement détricotée.

Sacrifiée cette parenthèse de trois heures hebdomadaires conçue pour élargir l’horizon des enfants autour de projets collectifs ! Le dispositif avait pourtant apporté la preuve qu’il contribuait à l’épanouissement des enfants, favorisait ducoup leur concentration le matin et au delà qu’il est efficient comme levier de réduction des inégalités sociales.

Ne serait-ce plutôt du côté des modalités de mise en oeuvre des activités et des contraintes budgétaires y afférent (recrutement de personnel d’animation, recherche d’intervenants extérieurs) qu’il faut chercher les raisons de ce renoncement ? À noter que le fonds dit « d’amorçage » consenti par l’état pour la mise en place des TAP les trois premières années (l’équivalent d’une aide forfaitaire de 50 € par élève) a cessé en 2016, contraignant les communes à supporter un surcoût annuel évalué à 150 € par enfant.

Très impliqués dans le projet dès 2013, les animateurs ont été déçus de voir leur échapper si soudainement la responsabilité d’un lien qu’ils avaient su fédérer. Véronique à Sainte-Marie se dit que « l’expérience aura au moins permis de donner tout son sens au centre de loisirs qu’il n’y a pas si longtemps on appelait garderie ».

Viet Vo Dao avec le centre de loisirs de La Couarde

Viet Vo Dao avec le centre de loisirs de La Couarde

Mais le retour à la semaine des quatre jours ne signe pas l’abandon total des TAP sur l’île (et là encore il convient de louer la motivation des équipes et l’adhésion des familles séduites par la qualité de vie offerte aux enfants). Même si l’enveloppe allouée a subi une réduction drastique dans certains villages, la proposition reste particulièrement attractive sur notre territoire et beaucoup de parents qui regrettent le bénéfice des activités ont désormais pris l’habitude d’inscrire leur enfant à la carte.

À La Couarde par exemple, le budget dévolu au volet « épanouissement » n’a pas été modifié. « La journée complète du mercredi est l’opportunité d’organiser des sorties plus intéressantes » consent Frédérique qui grâce au soutien de la mairie a pu mettre en place des ateliers ludiques (« Les mardis c’est permis » à 17h est l’occasion de doubler la fréquentation), des soirées familles et des sorties pré-ados.

A La Flotte, les enfants inscrits au centre de loisirs ou non peuvent le mercredi participer au choix à une activité de hip-hop ou de théâtre le matin, et de multisports l’aprèsmidi, moyennant une contribution financière modique.

Tous redoublent d’efforts pour poursuivre leur mission : incarner un lieu de découverte et d’ouverture d’esprit.

À quand la prochaine réforme supposée concilier tous les avis particuliers au nom de l’intérêt général et de celui élèves ? Les résultats de la première étude mandatée par l’État sur le bien fondé ou non des quatre jours devraient être publiés dans le courant de l’année…

Marie-Victoire Vergnaud

 

* Conclusion d’une enquête de l’Association des maires de France (AMF), diffusée à l’occasion du Congrès des maires à la rentrée 2017.

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