Patrimoine

Manifestation

« Secoue ton patrimoine », pari réussi !

Quel sourire ravageur ! T’as de belles dents tu sais !
Publié le 04/06/2019
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Comme à chaque instant quelque part sur Terre, Il est 5 heures, ce samedi 25 mai 2019, Saint-Martinde- Ré s’éveille, à l’abri de ses remparts intacts. Avec elle, la lumineuse île de Ré toute entière, ses maisons blanches, ses contrevents verts… « Secoue ton patrimoine » !

Rares sont les cités aussi chargées d’histoire ! Depuis le XVIème siècle l’Hôtel-Dieu de Saint- Martin, devenu Hôpital Saint Honoré, siège actuel de la Communauté de Communes de l’île de Ré, a accueilli un temps les miséreux et les malades. Les Martinais et Martinaises, à tour de rôle, leur prodiguaient des soins sous la direction de rares médecins. La CdC, son service patrimoine, Agathe, Stéphanie et Hélène, trois drôles de dames, nous ont concocté une plongée dans l’histoire : du lieu d’abord, l’ancien hôpital Saint Honoré et son apothicairerie, celle du siècle de Vauban, celle des visages de Saint Martin de Ré, des habitants de l’île telle qu’elle était il y a encore un siècle… Un moment à la fois rafraîchissant, instructif et amusant !

La collection Héraudeau

A 10 heures du matin, les portes de l’aile Saint Louis s’ouvrent en grand pour nous en mettre plein les yeux tout au long de la journée !

La collection Héraudeau, près de 14 000 cartes postales anciennes représentant l’île de Ré sous toutes ses coutures, acquise par la CdC durant l’été 2018, est exposée – pour partie bien entendu mais en ayant pris soin que soient représentées les dix communes rétaises – sous forme d’agrandissements, au rez-de-chaussée de l’ancienne aile Saint-Michel, construite en 1776 sous le règne de Louis XVI, qui aujourd’hui accueille de façon régulière les conseils communautaires ainsi que différentes manifestations.

Une exposition interactive et émouvante

Chaque carte postale était accompagnée d’un cartel sur lequel les visiteurs pouvaient écrire les titres que leur inspiraient les scènes représentées. Des scènes de la vie quotidienne, « encaissage de pommes de terre pour l’Angleterre », le port d’Ars-en-Ré, la plage de la Noue et ses baigneurs en costumes de bain, la garnison à Saint Martin devant l’ancienne Citadelle construite par Vauban…

Le maire, Patrice Déchelette, est présent et cette visite est l’occasion pour lui d’une agréable surprise! Il retrouve sur l’une des cartes postales présentées datée de 1924, son grand-père, avec qui il avait une relation d’affection particulière, en uniforme avec ses compagnons d’arme.

Une incursion dans l’île historique qui a su saisir ses amoureux et réjouir les curieux !

L’apothicairerie de l’Hôpital Saint-Honoré : Historic virus !

« Historic Virus », tel était le thème de l’« escape game » mis en place dans une salle de l’ancien Hôpital Saint-Honoré, l’apothicairerie, aménagée à la fin du XVIIIème siècle par le père Ignace Jouhin Desmarières.

Par groupes de huit, les participants ont reçu une mission confiée par Hélène Gaudin, médiatrice du service patrimoine. Un virus, transmis par l’eau, affecte la population rétaise ! Le docteur Sovkipeu a mis au point, au cours du XVIIIème siècle, un antidote afin de sauver les habitants de l’île. Le but du jeu était de retrouver, au coeur de cette ancienne apothicairerie de l’hôpital, la plante nécessaire à la confection de la recette miracle. L’occasion de pouvoir admirer aussi les carreaux de faïence de Delft bleue, chacun unique, et représentants des scènes bibliques, qui ornent une partie du lieu, offerts par un équipage hollandais qui avait fait naufrage au large de l’île de Ré.

Il a fallu, tout d’abord, trouver la combinaison pour ouvrir le cadenas de la grille d’entrée de l’aile Saint- Louis. La course à la recherche d’indices (morceaux de puzzle, de plan…) était ensuite lancée ! Les participants ne disposaient alors que d’une heure pour trouver la fameuse plante. Ce jeu de piste, tout à fait insolite, a obtenu un vif succès !

Promenade décalée…

La compagnie « La Vache bleue », venue sur l’île depuis Lille (Hellemmes exactement), nous a quant à elle proposé une promenade pleine d’humour et d’histoire autour de l’ancien Hôpital Saint-Honoré, les deux étant si bien mêlés qu’il était parfois difficile de faire la part des choses entre humour et réalité. Savoureux, Frais, drôle, riche d’enseignements : quatre talentueux drilles nous menèrent à pied (et en bateau) au travers le dédale des petites rues pleines de charme qui serpentent autour de la place de la République, point de départ de la visite.

Le guide en chef, affublé d’un costume feu-de-plancher à la rayure douteuse, ouvre le bal : « Avant d’être aménagée telle qu’aujourd’hui, la place de la République regroupait deux cimetières, l’un catholique, l’autre protestant. » Ses acolytes et lui-même nous emmènent alors à grands traits (d’humour !) jusqu’au XVIIème siècle… Au début des années 1620, les Anglais tentèrent de prendre militairement l’île de Ré afin de soutenir la rébellion huguenote (protestante) à La Rochelle. C’est le siège de Saint-Martin : tentative manquée des Britanniques de prendre la terre martinaise ! En 1625, Louis XIII installe alors ses troupes sur l’île afin de se prémunir contre la perfide Albion et l’ost royale et catholique assiège La Rochelle sous le commandement du Cardinal Richelieu. C’est le début de la guerre de Trente Ans. En 1685, sous le règne de Louis XIV, le marquis de Vauban, poliorcète de génie, achève ses fortifications et ce site devient une place d’arme. Les soldats s’y entrainent, à égale distance du port et de la citadelle gardant ainsi « un oeil sur les Anglais, un oeil sur La Rochelle »… Retour au présent : « Aujourd’hui, la garnison est partie mais la place reste le centre névralgique de Saint-Martin. On y retrouve en effet toutes les administrations des Martinais. Pour les mariages, le notaire » – le guide en chef désigne l’étude du doigt dans un geste d’une amplitude démesurée – « puis la mairie, temple protestant, comme la plupart des Martinais. Après la noce, l’acquisition d’une magnifique petite maison vous amènera à nouveau chez le notaire ! Une maison c’est coûteux… d’où des difficultés à payer ses impôts, dont voici le centre ! Qui dit problème d’argent, dit divorce ! Qui dit divorce, dit à nouveau notaire ! ».

Découverte d’une maison à volets rouges dans une rue à double nom, Mérindot ? La Vinatrie ?

« C’était une ruse destinée à tromper l’ennemi », les Anglais comme les Romains et leur Jules (!). Retour sur la noria de bagnards en partance pour la Guyane ou la Nouvelle Calédonie, jusqu’à 670 « droit commun » à fond de cale à bord du navire-prison « la Martinière » … Les gourmands le connaissent bien !

Des moments culturels, d’autres touchants, lors d’une ballade-spectacle offerte par la troupe « La Vache bleue » débordante d’imagination et pétrie d’une culture théâtrale toute faite de proximité avec son public. Un réel plaisir !

Le soir venu, Cinéma de plein air

Le choix de l’équipe du service patrimoine de la CdC s’est porté sur un film en costume d’époque dont l’intrigue se déroule au XVIIème siècle… Louis XIII ? Louis XIV ? XV ? XVI ?… Louis de Funès ! L’oeuvre « Ruy Blas » de Victor Hugo revisitée de façon très personnelle par Gérard Oury en 1971 : et le drame se mue en franche comédie ! Des sièges confortables sont installés dans le jardin de l’hôpital où la projection a lieu sur un écran géant. Des couvertures sont distribuées à tous les spectateurs… Confort et douceur de vivre… Le duo de Funès – Montand fait son oeuvre : éclats de rire, moment détente, l’ambiance de l’époque outrée jusqu’à la rendre hilarante !

« Secoue ton patrimoine », pari réussi !

Romain Bonnet

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