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Projet du futur

(Ré)silience insulaire : regard audacieux d’un étudiant sur le territoire rétais

Publié le 07/05/2019
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L’Ile de Ré n’attire pas que des vacanciers en quête de nature préservée. Elle capte également l’attention de futurs architectes, autant pour ses atouts que pour ses handicaps. Rencontre avec Adrien Grandin, étudiant en dernière année à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon.

Précisons-le d’emblée : Adrien Grandin est un étudiant qui ne l’est plus tout à fait, puisqu’il est déjà ingénieur, diplômé de l’ENTPE (Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat). L’architecture est donc une formation complémentaire. Dans le cadre de sa dernière année de Master 2, Adrien a choisi l’île de Ré comme sujet d’expérimentation. Muni d’une convention de stage, c’est avec Bernard Bordier, devenu tuteur officiel, qu’il a pu aller à la rencontre des élus et acteurs économiques du territoire, Léon Gendre et Patrick Salez, Gisèle Vergnon, Jean-Louis Olivier, Jean-Pierre Gaillard mais aussi Sylvie Dubois à la CdC, la DDTM et Loïc Abisset, président de la Coopérative des Sauniers. Tous ont salué la qualité de son travail. Même si celui-ci relève pour partie et de manière très assumée, de la science-fiction !

Pourquoi l’Ile de Ré ?

Mettant au centre de son travail les problématiques liées au changement climatique, Adrien Grandin s’intéresse très rapidement au phénomène de l’insularité. Par nature déterminées en tant qu’espaces finis, impactées de plein fouet par l’inexorable montée des eaux et l’apparition d’évènements climatiques extrêmes (dont Xynthia est un exemple), soumises à des pressions multiples et encerclées, les îles sont des territoires vulnérables aux enjeux majeurs, mais aussi de possibles « laboratoires à ciel ouvert pour l’expérimentation de solutions ».

Assez rapidement, Adrien en arrive donc à une seconde phase de réflexion, celle de la résilience des îles. Comment s’adapter ? En France, il identifie trois territoires particulièrement concernés : La Grande Motte, l’Ile de Groix et Ré. C’est sur cette dernière que se portera son choix final, notre territoire lui paraissant le plus menacé peutêtre, car soumis non seulement à de nombreuses pressions mais aussi à ses propres contradictions.

Ars, village d’étude

C’est à Ars-en-Ré qu’Adrien trouve la matière à la création d’un projet urbain dont on imagine qu’il a suscité de vives réactions auprès des interlocuteurs qui en ont pris connaissance. Mais Ars cristallise toutes (ou presque) les problématiques auxquelles Adrien souhaite se confronter : risque de submersion marine, pression touristique et foncière, protection de l’environnement et de sites patrimoniaux. Bref, un terreau idéal à la créativité de l’ingénieur étudiant en architecture, celui-ci s’affranchissant volontairement des contraintes existantes et des règles d’urbanisme en vigueur. Tout cela n’étant, après tout, qu’un projet en vue de la soutenance d’un mémoire !

Sur les marais salants, Adrien a donc développé un projet d’urbanisme comprenant un programme de logements sociaux collectifs bâtis sur pilotis et un autre d’une vingtaine de maisons individuelles flottantes. On peut sans peine imaginer la réaction de Loïc Abisset, celui-ci reconnaissant toutefois que sur la totalité des marais salants, seuls quatre-cent cinquante d’entre eux sont aujourd’hui exploités.

Science-fiction ou anticipation ?

Alors bien sûr, un programme de maisons individuelles flottantes posées en pleine zone protégée relève de l’hérésie. Pour autant, même si leur aspect et leur configuration (trop haute) est, de l’aveu même d’Adrien, non concevable en l’état pour de multiples raisons, l’idée de logements sur pilotis n’est pas fatalement ubuesque, y compris à l’endroit même où le projet les situe, à savoir sur un site à l’arrière de la Coopérative des Sauniers, dans le prolongement du village. Pensé dans le respect de l’environnement (bois de provenance locale) et de ce paysage si particulier, et prenant en compte le souci de gestion des ressources (autonomie en eau potable et énergie), et de protection face aux risques littoraux, un tel projet pourrait plus relever de l’anticipation que de la science-fiction. Puisque de toutes les manières, Ré, pour survivre, devra bien s’adapter.

Voilà pour le projet « pratique » d’un représentant de la jeune génération, celle qui devra sans doute répondre à des problématiques urbanistiques d’envergure. Mais Adrien Grandin a par ailleurs choisi comme sujet de mémoire l’élaboration du PLUi : qu’est-ce qui change, sur le plan technique mais aussi politique par rapport au POS ? Un travail mené par la confrontation des dix documents d’urbanisme en vigueur et le nouveau PLUi, aux enjeux définis comme suit : « Prévention des risques de submersion marine, protection des sites et du paysage, pression foncière et développement local ». Un sujet brûlant et où, pour une fois, le réchauffement climatique n’a rien à voir. Quoi que…

(Ré)

Ce projet propose une expérimentation architecturale et urbaine résiliente face au risque de submersion marine. Il s’agit ainsi de proposer une extension du village d’Ars-en-Ré en zone submersible voire amphibie. Ce projet sera ainsi une zone d’expérimentation à caractère manifeste, s’autorisant à contourner certaines règles d’urbanisme pour proposer une architecture adaptable aux conséquences du réchauffement climatique (montée des eaux en particulier). Ce projet propose une stratégie d’intervention différente dans une visée démonstrative et prospective de construction de la résilience territoriale, en allant à contre-pied de la stratégie à l’oeuvre de défense systématique contre la mer. Ainsi la stratégie proposée offre une vision proactive face aux risques naturels et répond aux objectifs de croissance de la population permanente et de renforcement des activités économiques locales. Les bâtiments nouveaux devront présenter une simplicité d’aspect et de matériaux compatibles avec l’architecture et les paysages environnants, tout en proposant de nouvelles formes architecturales flottantes ou sur pilotis contribuant à la gestion du risque de submersion.

Programme :

  • 40 logements : 20 logements sociaux collectifs sur pilotis et 20 maisons individuelles flottantes
  • Locaux commerciaux et artisanaux de proximité
  • Espace public
  • Aménagement paysager : renaturation, gestion de l’eau et protection face au risque de submersion marine
  • Equipements productifs : saliculture, énergie, eau potable, artisanat
  • Equipement public (?)

Pauline Leriche Rouard

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