Regards d’extinction, une sublime sensibilité
Après quatre ans de prises photographiques et six mois d’écriture et de montage, l’exceptionnel ouvrage de Mathieu Latour est sorti. Un bijou.
Né à Paris, ayant grandi sur l’île de Ré, Mathieu Latour se passionne dès son plus jeune âge pour le monde animal, dévore les livres sur les animaux, les documentaires à la télé. Il est fasciné par « ce monde irréel peuplé de créatures fantastiques ».
Une passion pour les animaux sauvages…
Ses parents ont une passion pour les voyages, toujours centrés sur la Nature, et son père adore les animaux. La petite famille part à la découverte des animaux sauvages dans les forêts tropicales ou les savanes, fait des voyages-safaris, des sorties « birdwatching », du snorkeling… Asie et pays tropicaux, Seychelles, Costa Rica, île de La réunion, Kenya, Tanzanie, Afrique du Sud… Mathieu ne se sent jamais aussi bien que dans la forêt tropicale ou la savane : « La végétation, les couleurs, les senteurs… j’aime tout de cette nature à l’état sauvage. », explique-t-il.
A 7 ans, il reçoit son premier appareil et photographie les animaux lors de ses voyages, mais aussi sur l’île de Ré. A 11 ans, il se demande ce qu’il va faire plus tard. Un métier autour des animaux sauvages, à n’en pas douter. Il pense déjà à la photo animalière. Il fera trois rencontres décisives.
A l’âge de 15 ans, sa rencontre avec François Blanchard, qui le prend sous son aile pour aller photographier… les oiseaux de l’île de Ré, sera une révélation. « François a été mon mentor dans la photographie animalière, il m’a enseigné beaucoup de choses, appris à utiliser au mieux la lumière matinale ou de fin de journée. Il m’a inculqué la plus grande des vertus en photographie animalière, la patience ! Cela a été une super rencontre. C’est lui aussi qui m’a poussé à faire de la vidéo quand j’ai terminé le lycée. »
… et pour l’image
Mathieu choisit alors de suivre trois années d’études à l’Ecole de Condé à Paris, il découvre la technique, la retouche, la prise de photos en studio, l’utilisation de la lumière en intérieur, ainsi que le montage d’expos photos, la réalisation d’affiches, de livres, etc. La photo animalière n’étant pas une spécialité de l’école, il sort ainsi de sa zone de confort. Ce sera ses « meilleures années d’études ». Avec beaucoup de rigueur et de détermination.
Nouvelle rencontre importante pour Mathieu, qui mène son stage de 2ème année de Condé au sein de notre journal Ré à la Hune, pour lequel il réalise des photoreportages animaliers, sur l’île de Ré. Il y apprend à concevoir des articles, rédiger, mais aussi la rigueur d’un travail récurrent. « Cela a été mon meilleur stage ! » se rappelle-t-il. Ses pages « Photos à la Hune » sont tellement réussies et plaisent tellement à nos lecteurs que ce stage se transformera en collaboration régulière pendant près de cinq ans !
« Ma troisième rencontre déterminante a été à peu près à la même époque avec Dominique Chevillon, vice-président de la LPO et président de Ré Nature Environnement, qui fut mon mentor naturaliste. Il m’a tant appris sur le fonctionnement des écosystèmes, la faune rétaise… » Mathieu rejoint Ré Nature Environnement, et se voit assez rapidement proposer d’en devenir administrateur, le plus jeune du Conseil.
Mathieu complète ses études par deux années à l’IFFCAM (Institut Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute). « Cinéma et photo sont deux métiers qui se complètent. » Il fait des films sur les oiseaux de l’île de Ré et des animaux en France, puis sur la protection des animaux en voie de disparition. Il aura dès lors pour leitmotiv de toujours aller au-delà des belles images, pour sensibiliser le public aux espèces menacées, transmettre l’émotion qui émane de la beauté animalière et faire découvrir des espèces rares et méconnues. « Emouvoir, apprendre, sensibiliser, sont les trois points les plus importants de mon travail. »
A sa sortie de l’école de Ménigoute il a la chance de travailler six mois pour Yann Arthus-Bertrand qui le sollicite sur quatre tournages pour son grand film « Vivants », sur tous les animaux de France. Puis il travaille aussi en partenariat avec la LPO, réalise notamment le film « Les 4 saisons du Fier d’Ars » diffusé à la Maison du Fier.
« Regards d’Extinction » : un projet fort et engagé
Son grand projet, qui a pris ses racines lors de sa dernière année d’études à Condé, s’intitule « Regards d’extinction ». Ce projet de fin d’études, avec trente animaux, a pris une telle ampleur qu’il y a consacré quatre années, avec l’objectif de faire trois cents portraits d’animaux menacés. Son fil rouge en matière d’esthétisme : des photos prises toujours en face à face, « droit dans les yeux ». De tous les groupes d’animaux, des mammifères aux invertébrés. « Jamais un projet n’a présenté autant d’espèces menacées, avec le même esthétisme, c’est Yann Arthus-Bertrand qui m’a conseillé de viser les trois cents photos, pour un projet vraiment marquant. Après la 5ème extinction de masse, celle des dinosaures, il y a 65 millions d’années, on parle aujourd’hui de 6ème extinction de masse, causée celle-ci par l’Homme. »
Pour ce projet, Mathieu travaille en partenariat avec une vingtaine de parcs zoologiques, dont il s’est assuré évidemment de la réelle éthique en matière de bien-être animal et de préservation des espèces : « Les parcs zoologiques financent des programmes dans le monde entier, pour protéger les animaux menacés, ce sont les premiers donateurs auprès des ONG partout dans le monde. Et cela n’aurait pas eu de sens au plan écologique de faire trois cents allers-retours en avion. J’ai juste fait quelques voyages dans des parcs en Europe pour photographier certaines espèces et ai aussi photographié quelques animaux en pleine nature, en France. Mon seul grand voyage hors de l’Europe pour ce projet je l’ai fait au Mexique, pour photographier un oeil de baleine. Dans un endroit où chaque année vers la fin mars les baleines grises se reproduisent et se laissent approcher par des bateaux à moteur. »
« Pour chaque photo de ce projet « Regards d’extinction », il faut énormément de temps pour que l’animal accepte de me regarder en face, parfois j’attends plus de trois heures, les soigneurs sont de précieux alliés, ils connaissent bien les animaux et savent attirer leur attention. »
Mathieu passe ensuite par un travail de retouche, « mais sans jamais dénaturer le réel, c’est ce que je vois de mes propres yeux, il n’y a pas de triche », tient-il à préciser.
Aujourd’hui, c’est tout sourire que Mathieu nous présente son magnifique livre sorti ce 1er octobre 2026, comportant ces trois cents portraits et des textes d’explication sur chacune de ces espèces menacées.
Avec toujours aussi une note d’espoir, en mettant en avant le formidable travail des ONG au service de la protection animalière et en expliquant comment protéger les espèces menacées. Ce sublime ouvrage de 322 pages édité par Salamandre, préfacé par Allain Bougrain-Dubourg et vendu au tarif de 49 € est structuré autour de quatre grands thèmes : « Mémoire des disparus », qui relate les premières grandes extinctions de masse ; « Des animaux hautement menacés », mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens et invertébrés ; « Les grands fléaux », parmi lesquels les changements climatiques, la surexploitation des océans, la déforestation... « Les défis près de chez nous », avec la destruction et la disparition des habitats, la cohabitation difficile des animaux avec l’Homme, mais aussi, des lueurs d’espoir, avec ces hommes et femmes engagés qui luttent pour la sauvegarde des espèces à travers le monde.
Mathieu prévoit aussi de monter des expositions de photos extraites de ce livre, partout en France et en Suisse, en intérieur et en extérieur.
Ce travail de longue haleine a été possible grâce à des mécènes, le groupe ABC Arbitrage, mais aussi la LPO, Ré Nature Environnement et la Communauté de Communes de l’île de Ré, notamment. Un cadeau à s’offrir et à offrir absolument !
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