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Histoire

Ré au XIXe siècle : une île en mutation

Haquet tiré par des chevaux dans une rue de Saint-Martin de Ré.
Publié le 21/12/2018
Ré au XIXe siècle : une île en mutation
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En un peu plus d’un siècle, l’île de Ré a connu une profonde évolution économique et sociologique. Le tourisme étant devenu sa première activité économique, il reste à souhaiter que l’île n’y perde pas son âme.

À la fin de l’Empire, la situation économique de l’île de Ré est catastrophique. Les guerres de la Révolution et de l’Empire l’ont affaiblie et elle a perdu 9% de sa population (1500 habitants) entre 1805 et 1814. Le blocus britannique empêchant les échanges avec l’Europe du nord, les exportations de sel, vin et eau-de-vie se sont effondrées et l’activité du port de Saint-Martin a chuté de plus de 20%.

La paix retrouvée à partir de 1815 favorise les conditions économiques et, comme à chaque fois qu’il y a une embellie, la population augmente et atteint son apogée en 1831 : 17 976 habitants soit un accroissement de 16,3% (2511 personnes) en dix-sept ans.

Cela ne va pas durer et, dès 1850, on enregistre une brutale diminution des naissances ainsi que le départ de nombreux jeunes séduits par le mirage urbain qu’offre le continent. L’exode rural s’amplifie à partir de 1870 et persiste jusque dans la première moitié du XXe siècle. Entre 1851 et 1936, l’émigration associée à une série de mauvaises récoltes et aux différentes crises viticoles et salicoles, entraine une baisse de la population de 9 000 personnes. Les chemins de fer rapidement concurrencés par l’automobile n’ont pas apporté les débouchés espérés et disparaissent de l’île. L’effondrement de l’activité économique, en particulier maritime, entraine parallèlement une profonde transformation de la société rétaise et la quasi disparition de la bourgeoisie commerciale.

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Une nécessaire reconversion économique

Ce territoire à dominante rurale, s’il veut conserver ses habitants et ne pas mourir, va devoir engager une véritable reconversion économique. Dès la première moitié du XIXe des mesures sont prises pour moderniser les infrastructures portuaires, sécuriser la navigation, développer le réseau routier et améliorer les liaisons avec La Rochelle afin de sortir l’île de son enclavement. La mévente du sel puis du vin, principaux moteurs de l’économie au XIXe provoque une crise économique et sociale. Les Rétais cherchent à diversifier leur économie et se tournent vers l’ostréiculture, les primeurs et le tourisme qui, au départ, s’implante timidement. En dépit de débuts prometteurs, l’ostréiculture tarde à se développer. Dans les années 1830/1850 les huîtres rétaises jouissent d’une bonne réputation mais sont produites en quantités insuffisantes pour constituer une filière économique de secours. Cela reste un produit de luxe. Cette activité qui repart à la fin des années 1850 (700 parcs à huîtres en 1856 qui passent à 3350 et 1120 claires en 1863) connaitra bien des déboires même si elle profite dans les années 1920 d’une phase d’expansion. Sainte-Marie est la première commune à développer une activité de primeurs avec des asperges, des fruits et des pommes de terre. Les autres villages suivront, mais le succès des asperges ne suffira pas à retenir la population.

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Apparition d’un tourisme balbutiant

La solution viendra d’un autre secteur. Pourtant les débuts sont modestes et il faut attendre la fin du XIXe et le début du XXe pour que le grand public envisage de se baigner dans l’île de Ré, alors que Royan est déjà une station balnéaire reconnue. L’Itinéraire des baigneurs (1860), un guide touristique, ne suppose pas que l’on puisse se baigner dans l’île et le Guide des plages charentaises (1907) la cite à peine. Il est vrai que l’île est alors loin d’être aussi séduisante qu’aujourd’hui et que les attractions se limitent au phare des Baleines et au clocher d’Ars, les fortifications de Vauban commençant tout juste à susciter de l’intérêt. Les infrastructures restent rudimentaires et le parc hôtelier ne comprend en 1899 qu’une douzaine d’établissements. Il en est de même pour les restaurants qui, à la même époque, sont au nombre de 9. La Couarde, bien qu’elle ne dispose pas d’un véritable « établissement de bains de mer » est l’une des premières communes à attirer un assez grand nombre « d’étrangers » qui logent dans les maisons meublées du bourg. Pressentant l’intérêt économique de cette nouvelle activité, la commune demande d’ailleurs, en 1899, à s’appeler La Couarde-les- Bains au lieu de La Couarde-sur-Mer.

À partir de 1890, quelques commerces commencent à bénéficier des retombées financières du tourisme naissant, comme le « Grand bazar de la Ville de Paris » à Saint-Martin qui a eu la bonne idée de créer un rayon de souvenirs rétais. Ce n’est qu’un début, mais les élus et certains opérateurs commencent à penser que le tourisme pourrait être une alternative aux difficultés économiques de l’île. Son désenclavement progressif avec le nouvel embarcadère de Sablanceaux en 1909 et l’amélioration des liaisons maritimes vont faciliter le développement du tourisme. Des campagnes de promotion touristique apparaissent. L’île, ses « plages de sable d’or » et « ses glorieux vestiges historiques » sont présentés comme un lieu calme et reposant accessible aux classes aisées, mais aussi aux bourses plus modestes tant les prestations sont bon marché ! L’origine des visiteurs n’est plus limitée à la région Poitou- Charentes, des Bordelais et des Parisiens figurent parmi les nouveaux arrivants. Les efforts pour attirer de nouveaux touristes se poursuivent jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale mais, ralenti durant la guerre, le tourisme ne prend son envol qu’à partir des années 1920. Les premiers congés payés (1936) viendront étayer le mouvement. En 1931, on recense 10 000 touristes ; cela semble peu comparé aux chiffres que connaitra l’île à compter des années 1960 et sans évoquer l’affluence actuelle. Les élus et les différents acteurs économiques vont croire au tourisme, s’y intéresser et faire en sorte qu’il prospère.

Avant la Seconde Guerre mondiale la reconversion économique n’a pas réussi à endiguer l’exode de la population. Ce n’est qu’après 1945, alors que les vacances à la mer deviennent un impératif social, que la liaison avec le continent est facilitée par la mise en circulation des bacs transportant personnes et surtout voitures en nombre, que s’opère une mutation importante pour Ré. Mickaël Augeron constate : « La population qui demeure majoritairement agricole connaît (…) une première mutation de ses structures sociales avec une diversification de ses activités professionnelles et l’installation d’un nombre croissant de continentaux ».

Le tourisme est devenu la première activité économique de l’île et lui a permis d’entrer dans la modernité, mais au prix d’un lourd tribut payé par les dernières générations de paysans.

Catherine Bréjat

Bibliographie :  Histoire de l’île de Ré, Michaël Augeron,  Jacques Boucard et Pascal Even – Ed Le Croît  Vif – GER
Petite Histoire de l’île de Ré – Marcel Delafosse  – Éditions Rupella

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