Environnement

Rapport du CESER Nouvelle-Aquitaine

Fier d'Ars. Rapport du CESER Nouvelle-Aquitaine sur la qualité des eaux littorales

La qualité des eaux littorales en question

L’entrée du Fier d’Ars depuis La Patache : un milieu sensible
Publié le 19/07/2017

Soumise à un accroissement démographique supérieur à la moyenne nationale, La Nouvelle aquitaine est un territoire où les enjeux sont forts et où les pressions anthropiques sont destructrices pour les écosystèmes. Le CESER* se penche sur la qualité de ses eaux littorales.

Les crises répétées de mortalité conchylicole (huîtres et moules) et particulièrement celle du printemps 2015, ont été les phénomènes déclencheurs à l’état des lieux dressé par le CESER. L’autosaisine sur la qualité des eaux littorales a donné lieu à un rapport très complet.

Le rapport, en une centaine de pages se veut exhaustif. Il porte sur la bonne santé des eaux littorales, en définit les enjeux, répertorie les actions déjà menées et les résultats obtenus et fixe enfin des préconisations et des plans d’actions.

Une prise de conscience un peu tardive et l’urgence d’une situation inextricable

La Nouvelle-Aquitaine compte 720 km de côtes, une richesse géographique qui en fait la première région de France en termes d’accroissement démographique (+9,5 % entre 1999 et 2011 alors que le reste du pays affiche +7,9 %). De nombreuses pressions s’exercent par conséquent sur les milieux littoraux et influent sur leur fonctionnement biologique particulier soumis à la double influence de la terre et de la mer, en amont par les bassins versants, les centres urbains et les exploitations agricoles ou industrielles et en aval par le milieu marin côtier.

Les pressions économiques (pêche, conchyliculture, agriculture, activités portuaires, transport maritime), les pressions sociétales (le foncier qui contribue à l’imperméabilisation des sols, l’assainissement et le retraitement des eaux, le tourisme, le dragage et le déroctage des ports), les pressions industrielles (en amont des bassins) mais aussi climatiques (montée des eaux) sont autant d’urgences biologiques et sanitaires que l’on a peine à appréhender dans leur ensemble.

D’autre part, l’apport quantitatif et qualitatif d’eau douce, abondant en hiver et insuffisant l’été, menace directement l’activité ostréicole des bassins.

Les eaux Littorales : un milieu complexe et fragile face à des enjeux et des pressions multiples

Qu’elle soit chronique ou accidentelle, la contamination des eaux littorales provient de causes multiples (chimique, bactériologique, particulaire ou organique), elle a des conséquences désastreuses et notamment la diminution de la biodiversité mais aussi la situation sanitaire humaine ou l’avenir de certaines filières mais elle résulte toujours de l’activité humaine. Les eaux littorales sont des eaux de transition, soumises aux apports d’eaux douces continentales et d’eaux côtières marines. Elles présentent une grande diversité biologique et sont tout particulièrement sensibles aux rejets d’origine humaine.

Elles sont sources de conflits entre les différents acteurs concernés, en amont, des activités économiques, industrielles, agricoles et foncières, en aval par les professionnels (port, pêche, conchyliculture, tourisme). Enfin, elles ne font pas l’objet d’un cadre législatif clair car il existe une pluralité de politiques publiques de l’eau (DDTM, DREAL, les comités, les agences de l’eau, la recherche). Les compétences étant multiples, le CESER insiste impérativement sur une clarification des rôles afin de mener à bien la gestion des eaux littorales. De plus, le littoral de la région Nouvelle-Aquitaine présente autant de situations sensibles que de milieux, qui doivent être étudiées au cas par cas, chacune pour leur particularité, on dénombre : Le littoral de Charente-Maritime et ses pertuis, l’Estuaire de la Gironde, le Bassin d’Arcachon, l’estuaire de l’Adour et la côte Sud-Atlantique.

L’absence de norme et la transversalité des regards brouillent les eaux !

L’appréciation de la qualité des eaux littorales varie selon les acteurs concernés et ils sont nombreux (!) : Services de l’État, scientifiques, collectivités locales, associations de défense de l’environnement, professionnels, entreprises privées, laboratoires universitaires. Face à cette multiplicité d’observateurs il faut préciser qu’il n’existe aucune définition satisfaisante de la qualité des eaux ni aucune norme de qualité biologique. Pour exemple la différence d’appréciation entre les eaux de baignades et les eaux d’alimentation.

Les actions menées jusqu’à présent

Depuis les années 1970, la politique publique de la gestion de l’eau s’inscrit dans un cadre européen. En 2000, une directive cadre sur l’eau (DCE) est mise en place pour une politique communautaire de la gestion de l’eau, elle impose d’atteindre un bon état des eaux et une réduction des rejets.

Pour ce faire, un important dispositif est mis à la disposition des communes, de l’Etat ou des collectivités, les SAGE (28 en Nouvelle- Aquitaine) et les SDAGE (Schémas directeur, d’aménagement et de gestion de l’eau) et porte sur les milieux marins, littoraux et les bassins versants en amont.

Cette politique commune de gestion de la ressource englobe tant les SCOT et les PLUI (gestion des eaux de pluie, retraitement des eaux usées) que les consultations faites avec les agriculteurs (besoin en eau douce, utilisation d’intrants) ou avec l’ONF ou encore la création et la gestion des Parc Naturels Marins et régionaux.

A l’issue de cette étude, le CESER s’interroge sur la coordination des politiques compétentes, sur le bon traitement des analyses et des données issues de trop nombreux laboratoires ou instances, et sur le focus réducteur de ces analyses. En effet les études de qualité portent essentiellement sur les analyses chimique et bactériologique (qui, elles, sont au moins identifiées sinon jugulées) mais on déplore l’absence de travail sur la pollution particulaire, particules fines, sédimentaires, hormonales ou médicamenteuses, qui trouble la couche d’eau (turbidité).

Les préconisations du CESER impliquent un tournant décisif des mentalités

Dans son rapport du 6 avril 2017, le CESER préconise de maintenir la qualité des eaux et la fonctionnalité des écosystèmes. Pour cela et en premier lieu, une surveillance régulière des milieux par analyses biologiques s’impose. Parallèlement il est nécessaire de soutenir, et la recherche scientifique, pour mieux connaître les micropolluants et leurs effets sur les écosystèmes, et l’innovation en matière de retraitements des pollutions.

Également, le CESER insiste sur l’importance de la concertation des acteurs, particulièrement des professionnels (agriculteurs, conchyliculteurs et pêcheurs), il privilégie les politiques préventives et de sensibilisation, la formation et l’implication des acteurs.

Pour arriver à un résultat acceptable il est impératif de gérer les débits des cours d’eau et les apports d’eau douce, de limiter l’usage des contaminants, de changer de pratiques en matière agricole, de limiter l’introduction d’espèces, de planter des haies qui retiennent l’eau dans les sols, de revoir le processus (avec analyse de sédiments) des dragage et des déroctage des ports, etc… Notre situation sanitaire ne sera durable qu’au prix de ces conditions drastiques, que d’aucuns ne sauraient accepter aisément après des décennies de pratiques inconséquentes.

 

Depuis le 1er janvier 2016, les Conseils économiques, sociaux et environnementaux des anciennes régions Aquitaine, Limousin et Poitou- Charentes constituent le CESER Nouvelle-Aquitaine. Le CESER : Conseil Économique, Social et Environnemental Régional est une assemblée consultative, chargée d’analyser les dossiers relatifs aux compétences de la Région, apporter des avis motivés et des propositions aux élus régionaux.

 

Véronique Hugerot

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