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Interview : Bernard Plisson, Directeur du Grand Port Maritime

Bernard Plisson évoque les enjeux et perspectives du Grand Port Maritime de La Rochelle

« Le port ne s’étendra plus »

La maquette du Grand Port Maritime de La Rochelle est exposée dans le hall d’accueil de « La Maison du Port »
Publié le 21/04/2015
« Le port ne s’étendra plus »
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Alors que le « Port Atlantique La Rochelle » vient de rendre public son bilan environnemental, et que les élus de l’île de Ré ont récemment reçu les dirigeants du Port, Ré à la Hune a rencontré Bernard Plisson, directeur du développement durable, pour évoquer la stratégie et les enjeux du Port.

Ré à la Hune : La toute nouvelle « Maison du Port » traduit-elle la volonté du Port de s’ouvrir davantage sur la vie de la Cité ?

Bernard Plisson : Oui, compte tenu des mesures de sécurité européennes nous avons été contraints de sécuriser très fortement les accès au port et cela nous coupait de la vie du quartier et de La Rochelle. Cette maison du port située au bout du boulevard Emile Delmas, à l’extérieur du port sur ses limites administratives, est accessible facilement et nous avons créé une terrasse ouverte à tous (accès par un ascenseur extérieur) qui offre une vision panoramique sur nos installations portuaires.

Le port accueille sur 250 hectares plus de 80 entreprises et 1650 emplois directs, sans oublier tous les indirects dans les métiers liés à nos activités portuaires (scieries, transports, travaux, etc).

Quelle est la stratégie de développement du Port ?

Depuis 125 ans le Port n’a cessé de croître, mais le passage en 2006 en port autonome puis en 2008 en Grand Port Maritime lui a donné la capacité de définir lui-même sa stratégie et d’être nettement plus réactif.

Le projet stratégique 2014-2019 vient d’être élaboré, il comporte 5 axes majeurs et a pour enjeux de poursuivre notre développement pour atteindre 18 000 emplois directs, indirects et induits et 12 millions de tonnes à horizon 2020, de progresser encore en matière de multimodalité en étant acteur de la logistique, et de préparer les conditions d’un développement durable partagé avec tous les acteurs et opérateurs du Port.

On ne pourra continuer à développer le port qu’en apportant une vraie valeur ajoutée économique et sociale, en minimisant les impacts environnementaux. Dans les appels à projet nous intégrons des critères de choix environnementaux. Au-delà de la charte de développement durable qui comporte 64 actions et engage le Port pour luimême, nous allons aussi signer avec l’Union Maritime une Charte qui sera finalisée d’ici l’été 2015 et à laquelle les Entreprises pourront adhérer de façon volontariste. Elles ont besoin de s’intégrer dans le territoire de La Rochelle-île de Ré qui a un fort patrimoine naturel.

Ainsi, dans les 5 années à venir nous n’étendrons plus le port, il n’y aura plus de consommation d’espace que ce soit à terre ou en mer, la surface maritime du port représente 210 hectares. Les espaces sont rares et le port s’est développé de façon très compacte, ce qui comporte beaucoup d’avantages et quelques inconvénients. Nous entendons gérer encore mieux le foncier, lui donner plus de valeur.

Le second volet stratégique concerne le développement logistique avec un accent très fort qui sera mis sur le transport ferroviaire, en massifiant les flux et les quantités de marchandises empruntant cette voie. Un train équivaut à 40 camions, et l’on a 14 % de report modal ferroviaire, contre 7 % il y a six ans, ce qui représente déjà une très forte croissance. Notre ambition est de porter la part du ferroviaire à 20 % dans cinq ans. A plus long terme, le contournement ferroviaire qui représente un investissement de 100 millions d’€ de l’Etat est indispensable pour accroître encore la part du train, qui représente l’autre énorme avantage de consommer 10 à 20 fois moins de gaz à effet de serre. Le contournement ferroviaire désengorgera aussi sensiblement la rocade.

Si nous voulons développer notre zone de chalandise, il nous faut continuer à améliorer la logistique, et regarder autant les flux maritimes que terrestres.

Quelles seront les activités d’avenir pour le Port ?

Nous nous intéressons fortement aux filières émergentes d’énergies renouvelables, comme l’éolien offshore et le 3è appel à projet qui se profile sur une zone potentielle au large de l’île d’Oléron. Les Ports de La Rochelle et de la Cotinière seraient les bases arrière pour l’acheminement du matériel. La biomasse constitue aussi un secteur d’avenir, le Port doit avoir la capacité à faire venir la marchandise pour le compte de ces filières, alors qu’aujourd’hui les hydrocarbures représentent 30 % de l’activité, les céréales 40 à 45%, le bois 30 %, le solde étant composé de pâte à papier, de vrac agricole, etc… Nous menons ce travail conjointement avec les opérateurs portuaires tels SICA Atlantique, Bolloré Logistique, Fast qui de leur côté vont directement prospecter des Entreprises susceptibles d’apporter un nouveau trafic, tandis que le rôle du Port est de bien dimensionner ses infrastructures pour accueillir ces nouvelles activités.

L’aménagement du quai de l’Anse Saint- Marc 2, dont la finalisation est prévue fin 2015, va dans ce sens, puisqu’il permettra d’accueillir le matériel lié à l’éolien off shore et à la bio-masse.

L’amélioration de la performance du Port et l’organisation de flux logistiques pertinents doivent permettre de développer notre « hinterland », c’est-à-dire notre zone de chalandise, d’autant que nos excellentes qualités nautiques liées à nos eaux profondes constituent un gros avantage sur les ports d’estuaires que sont ceux de Bordeaux et de Nantes. Un bateau qui arrive en pleine mer peut décharger en ¾ heure à terre, là où nos voisins ont 6 heures de navigation. Nous avons en outre très peu de dragage à faire, de l’ordre de 200 000 m3 de sédiments, là où Bordeaux drague 7 millions de m3 et Nantes 4 à 5 millions de m3.

A contrario, la faiblesse du Port de La Rochelle est que son « hinterland » proche est peu dense, le développement doit se faire sur des territoires plus éloignés.

Nos métiers ont glissé de la manutention vers la gestion du patrimoine et l’organisation de la logistique, sachant aussi que le passage en GPM nous a donné compétence sur 40 km de voies ferrées, ce qui nous a permis de faire aussitôt le pari sur le ferroviaire avec 14 millions d’€ d’investissements dans les infrastructures pour les rénover et les compléter.

Quels sont les autres projets en cours ?

Nous sommes au bout de notre schéma d’aménagement après avoir beaucoup investi entre 2007 et 2013. La période 2014 – 2019 sera une phase de consolidation et de digestion de tous ces investissements, avec une densification, une organisation plus intelligente, l’ouverture vers de nouvelles filières. Mais le Port ne s’étendra jamais au nord du Pont de l’île de Ré, ni plus à l’ouest du Môle d’escale, ni plus au sud que Chef de Baie.

L’aménagement du quai de l’Anse Saint-Marc 2 qui sera achevé avant la fin d’année nous permet de lancer un appel à projets pour des activités liées aux filières de vracs et aux collectivités locales pour l’éolien.

Les opérateurs privés ont bien entendu leurs propres projets, et en 2014 deux appels à projets ont vu le jour, celui du groupe Soufflet qui investit dans un silo à quai, au bout du quai de Chef de Baie, ce qui optimisera ses flux logistiques, et l’industrialisation de l’activité de Refit de méga-yachts sur le Pôle de réparation et de construction navale du Port avec l’équipe lauréate Eiffel Industrie et Atlantic Refit Center.

Comment réagissez-vous aux critiques parfois vives des associations de protection de l’environnement rétaises et rochelaises, et pourquoi montez-vous au créneau quand une Entreprise comme Holcim est sur la sellette ?

De manière générale le Port est garant de toutes les activités et si une Entreprise se comportait mal, cela rejaillirait sur toutes les autres activités. Concernant Holcim que vous évoquez, je voudrais préciser que s’ils avaient programmé dans le dépôt de permis quatre capacités de stockage, ils n’en ont construit que deux et n’ont pas aujourd’hui la volonté de construire les deux autres.

Je ne crois pas qu’il y ait d’opposition frontale entre l’île de Ré et le GPM, d’ailleurs plusieurs de nos cadres y compris moi-même habitent sur Rivedoux, La Flotte, Sainte-Marie et sont sensibilisés à la qualité environnementale de l’île. A contrario, le Port contribue à la vie permanente rétaise en fournissant des emplois. Nous rencontrons régulièrement les élus de la CdC et de Rivedoux.

Notre travail dans les trois ans va être de nous projeter dans les 20 prochaines années, jusqu’en 2040… Et bien entendu nous allons participer activement à la gouvernance du Parc Naturel Marin, afin de bien percevoir tous les enjeux de protection liés, les intégrer et les traiter pour éviter les conflits d’usage, et à l’inverse bien faire connaître aux autres membres du PNM ce qu’est un grand port maritime.

Je suis persuadé qu’un Port à La Rochelle a un impact écologique amoindri à l’échelle de la région comparativement à l’impact qu’ aurait un acheminement en super tankers ou en cargos depuis les ports d’Anvers ou de Rotterdam (450 millions de tonnes !) de marchandises dont notre région est consommatrice. La Rochelle, Nantes et Bordeaux sont engagés dans un même combat de ports à taille moyenne, avec un hinterland d’échelle régionale. Le maintien de ces ports me paraît plus favorable d’un point de vue environnemental que la création de grands ports tels ceux de Marseille ou du Havre…

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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