Environnement

Lettre ouverte de Dominique Chevillon

Plusieurs parcs éoliens prévus au large de Ré, les associations interpellent les élus

Le projet comporte « une grappe » de parcs éoliens qui vont s’étaler tout le long des côtes oléronaises, rétaises et vendéennes jusqu’aux Sables d’Olonne
Publié le 24/03/2021

Mesdames les Maires d’Ars-en-Ré, de Saint-Clément-des-Baleines, de Sainte-Marie- de-Ré, Messieurs les Maires des Portes-en-Ré, de La Couarde-sur-Mer, de Loix, de Saint-Martin-de-Ré, du Bois-Plage-en- Ré, de La Flotte, de Rivedoux-Plage…

Chères et chers élus du territoire insulaire,

Vous croyez à l’éternelle beauté d’une île qui fait rêver tant de visiteurs d’un jour, d’une semaine, ses résidents permanents comme ses résidents secondaires…

Une île où quelle que soit la portée du regard, l’immense beauté changeante des paysages marins nous surprend encore. Une île où l’on revient toujours. Une île où il fait si bon vivre !

Confiants dans la préservation unique et durable de ses paysages, de ses activités traditionnelles de pêche, d’ostréiculture, de viticulture, d’artisanats et de métiers divers, eux qui font la richesse touristique insulaire dont vous assurez depuis de nombreuses années la promotion, vous n’avez pas vu venir un gigantesque projet destructeur. Le projet de parc éolien offshore et ses mâts clignotants concernait jusqu’il y a peu de temps, un espace marin, loin là-bas au Sud-ouest, caché tout derrière l’île voisine d’Oléron !

Et puis en fin d’année 2020, les masques sont tombés et ont révélé l’annonce d’un programme orchestré par l’Etat et les lobbies puissants des Énergies dites Renouvelables.

Le très controversé parc éolien offshore d’Oléron qui n’a jamais fait l’objet d’une concertation, d’une centaine de Km2 pour une soixantaine de mâts, envisagé en 2015 au mépris des zones marines protégées ( et refusé par deux préfets et le Directeur des Aires Marines Protégées de l’époque) est devenu fin d’année 2020 un parc de 300 km2 annoncé par le premier Ministre Castex. Soit deux fois la surface de l’île d’Oléron et 4 fois la surface de l’île de Ré. Il cache une réalité bien plus grave encore ! Regardez ci-après, les deux cartes produites par l’Etat dans ses documents officiels du Conseil Maritime de Façade Sud – Atlantique, le 14 Décembre 2020 et par RTE (Réseau de Transport d’Électricité) plus récemment.

Carte 1 : Projet initial (100 km2 ) , i n t é g r é maintenant dans une zone de 300 Km2 annoncée successivement en séance du 14 décembre 2020 comme un projet qui faisait consensus, alors qu’aucune concertation n’a eu lieu sur ce projet, puis dans l’instant suivant comme un nouveau projet par la Préfète de Région. S’il n’épargnait pas Oléron et ses espaces marins, il restait au moins caché vu de l’île de Ré.

Carte 2 : Projets actuels, stupéfaction : la zone réservée aux futurs parcs offshores prévue couvre plusieurs milliers de km2. La zone prévue pour l’installation de plusieurs parcs éoliens flottants ou posés est la zone hachurée en jaune, partagée en deux par le couloir maritime d’accès au Port de La Rochelle. Vous noterez les options de raccordement des lignes électriques très haute tension des parcs à terre au nombre de 3 dont l’une passe au ras de Chassiron, traverse le pertuis d’Antioche, au ras du phare de Chauveau pour aller au Port de La Rochelle…

Cette novation révèle la réalité d’un futur proche, « une grappe » de parcs éoliens qui vont s’étaler tout le long des côtes oléronaise, rétaise et vendéenne jusqu’aux Sables d’Olonne

Pour occuper toute la côte ouest de Charente Maritime et de Vendée, plusieurs centaines de grands mats clignotants hauts de 220 mètres et plus encore…Une belle barrière lumineuse de plusieurs dizaines de kilomètres qui éclairera à l’Ouest le soleil couchant.

C’est le Projet tissé patiemment par l’Etat et les lobbies. Il rappellera aux plus anciens de notre territoire Insulaire le projet abandonné de parc éolien au large de l’île de Ré refusé par le Préfet de l’époque.

Le Compte-rendu du Comité Maritime de Façade du 14 décembre 2020, confirme complètement ce projet de plus grand parc éolien d’Europe. Vous pouvez télécharger ce rapport sur ce lien*.

En attendant je vous livre quelques morceaux choisis attestant de la triste réalité des manoeuvres de l’Etat :

*Mr le Préfet Maritime (p4 du compte rendu) : « l’Union Européenne élabore en ce moment, un projet de stratégie pour les énergies marines qui vise à augmenter de manière significative leurs capacités à l’horizon 2050. »

*Mr Jacques Regad, directeur adjoint de la DREAL Nouvelle Aquitaine (p.5 du CR) : « 3- Proposition de macro-zone pour la consultation du public. Des zones de potentiel technique éolien en mer (posé et flottant) sur la façade Sud-Atlantique ont été définies en 2019 :

1- une macro-zone à potentiel éolien posé, bathymétrie jusqu’à environ 50 m ;

2- une macro-zone à potentiel éolien flottant, plus grande et plus éloignée des côtes qui recoupe la macrozone éolienne posée.

La concertation qui sera conduite portera sur des secteurs inclus dans ces périmètres.

Le calendrier est le suivant : saisine fin 2020 de la commission nationale de débat public afin :

– de définir une première zone pour un parc posé, d’une puissance comprise entre 500 et 1 GW

– d’identifier une seconde zone pour une extension en posé, d’une puissance allant jusqu’à 1 GW avec raccordement électrique mutualisé avec le premier parc. »

*Mr Hervé Goasguen, DIRM SA (p.7 du CR) : « La consultation portera sur une zone beaucoup plus large. »

*Mme la Préfète Fabienne Buccio (p.7 du CR) : confirme que « la nouvelle zone retenue dans le cadre du débat public sera la plus large possible. »

*Mme la Préfète (p8 du CR)« il pourra être envisagé un ou des projets posés et ou flottants, sans en connaitre déjà le nombre. » Les intentions sont donc clairement affichées.

Le Barnum de l’éolien terrestre en Charente- Maritime sera complété par le Barnum de l’éolien marin. Ce projet gigantesque aura des conséquences importantes :

– Destruction des paysages marins,

– Destruction de notre imaginaire et de notre culture de la mer,

– Destruction des milieux marins d’intérêt communautaire (Natura 2000, Parc Naturel Marin, ZPS, ZSC…),

– Suppression de zones de pêche en plein Brexit alors que les ports de pêche de la Cotinière à Oléron et de Chef de Baie à La Rochelle font l’objet d’investissements publics extrêmement importants (plusieurs millions d’euros),

– Suppression de zones de navigation,

– Risques augmentés de pollutions et de naufrages dans ce parc industriel. En résumé, destruction ou graves altérations des vraies sources de valeurs qui font notre histoire, notre économie et notre qualité de vie depuis 50 ans, soit nos activités touristiques, fer de lance de notre économie littorale. Le baromètre de l’immobilier sur la côte sud et ouest de l’île de Ré va d’ailleurs être intéressant à suivre.Quels bénéfices à mettre en face de cette situation désastreuse ? De l’électricité que nous avons depuis plus de 100 ans, (il faut le dire à notre Premier Ministre qui veut produire 2 fois la consommation d’électricité de Charente-Maritime) ? Pour quoi faire alors que la France est le 1er ou 2ème exportateur net d’électricité ? Des poignées de cerises (taxes) pour les communes littorales ? De futurs emplois rêvés ? Mieux vaut préférer les vrais emplois des activités réelles !

Permettez-moi ce clin d’oeil naturaliste :

Pas sûr que ça plaise aux deux mouettes emblèmes de la Charente-Maritime qui symbolisent la réussite Terre et Mer du premier ou deuxième département touristique de France !

Mesdames les Maires, Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les élus de nos villages, puisse cette information nourrir votre conviction sur ce projet dévastateur.

Vous me connaissez, j’ai eu (encore aujourd’hui) le plaisir de diriger de grandes Organisations pendant de nombreuses années, avec succès, un grand groupe de l’industrie tertiaire, créateur de plus de 100 emplois nets par an pendant 30 ans. Ce n’est pas rien.

Si je prends la parole aujourd’hui et demain sur ces projets dénués de sens, c’est dans le strict intérêt général, sans ambition personnelle sinon de servir les territoires occupés par mes ancêtres depuis 1570…

J’espère simplement vous avoir informé des menaces qui se profilent devant nous.

Merci de votre attention.

A Sainte-Marie-de-Ré, le 7 mars 2021

PS : ceci est la lettre d’information n°1, d’autres suivront décrivant les effets très négatifs de ce projet éolien offshore sur les côtes charentaises et vendéennes.

*Intégralité du compte rendu : http://www.dirm.sud-atlantique.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/201214_cr-cmf-sa.pdf

Dominique Chevillon

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Vos réactions

  • Mirux
    Publié le 25 mars 2021

    Pourquoi l’île de Re? Volonté des Parisiens écolos ? L’électricité la plus chère pour tuer nos oiseaux et nos paysages? La honte!!!

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  • mimi17
    Publié le 27 mars 2021

    NON !
    Arrêter de dénaturer nos côtes !
    Pourquoi pas dans l’île Madame iu l’île d’Aix non plus !!!
    Je pense qu’il y a d’autres endroits pour installer ces parcs éoliens.
    Il faut aller les installer dans les deux-sèvres 😉
    En espérant que les Charentais et Autres Parisiens ne vont pas laisser faire cela sinon c’est la fuite des vacanciers et baisse de l’immobilier et des commerces en général…Il y a assez du Covid en ce moment 😡🤬

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  • Chantal Bourry
    Publié le 27 mars 2021

    L’éolien en mer : une chance pour l’île de Ré 😊 En voyant ces forts vents souffler régulièrement sur l’île de Ré, nous avons souvent pensé : quel dommage qu’ils ne puissent servir à produire de l’électricité ! Cet excellent projet permettra de bénéficier d’électricité sûre et propre, décentralisée. En mer, les éoliennes ont un bien meilleur rendement que sur terre, elles fonctionnent quasiment tout le temps. Quant à l’impact visuel, il sera tout à fait minime, voire inexistant, tant les éoliennes seront loin des rivages insulaires. La beauté de notre île est préservée, et ces éoliennes la rendront moins dépendante du continent. Ce sont les parcs éoliens japonais qui pendant la défection de la centrale nucléaire de Fukushima ont assuré l’alimentation en électricité de la région de Tokyo.

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  • JMB
    Publié le 28 mars 2021

    A lire cet appel, on croirait la République en danger ! alors que ce projet est une belle opportunité pour l’Ile de Ré. Les arguments évoqués relèvent de l’habituel catéchisme anti-éolien et tous sont spécieux.
    La production électrique se diversifie par les énergies renouvelables (ENR), l’Etat n’est plus le seul acteur, les ENR permettent l’accès à des capitaux privés, comme il en est pour le fonctionnement général de toute notre économie (industrie automobile par exemple). Ces capitaux sont sûrement mieux employés que dans la finance spéculative, et les sociétés impliquées dans les ENR adoptent les mêmes stratégies que dans les autres domaines économiques, dans le cadre du développement fixé par l’Etat et ses représentants. La compétitivité est au rendez-vous puisque les derniers appels d’offre se sont négociés à 45 euros le MW/h – parc offshore de Dunkerque- bien en deçà du nouveau nucléaire ou du nucléaire post carénage.
    L’impact visuel serait très limité en raison de l’éloignement et l’éolien flottant permettrait de repousser encore plus loin ce parc. Si les premières éoliennes sont à 15 km, cela équivaut à la taille d’une allumette à trois mètres de distance. Ce parc assurerait pour des dizaines d’années, et au-delà puisqu’en général les parcs sont renouvelés, l’alimentation électrique continue sur l’ile et sur La Rochelle car un parc éolien offshore fonctionne quasiment tout le temps. Il semble évident que ce parc ne va pas impacter les prix de l’immobilier ; mais même si c’était le cas, cela pourrait permettre aux Rhétais d’accéder plus facilement à l’immobilier insulaire dont les prix ne cessent de progresser. Quant au tourisme, on ne voit pas en quoi les estivants se détourneraient de Ré en raison d’éoliennes à peine visibles depuis les plages du nord de la commune des Portes en Ré. Quant à l’emploi, ce sont des recrutements dans des métiers pérennes et non délocalisables qui seraient ouverts, dans le prolongement de l’outil industriel mis en place sur le territoire français. Les Rhétais et Rochelais pourraient bénéficier de ces opportunités locales.

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  • ELJ
    Publié le 28 mars 2021

    Bonjour Monsieur,
    Merci pour cet article très intéressant et malheureusement fort alarmant. En effet, vous faites ressortir que le refus de deux préfets n’a eu aucun effet. Et pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette énergie soit disant écologique, cf la dénonciation de Michael Moore, reprise par le Point le 6 mai 2020. L’énergie nucléaire semble nettement plus propre, à condition d’être sûrs qu’on puisse réellement se débarrasser des déchets.
    Quel type d’action proposez-vous ?
    Bien à vous,
    Evelyne Laroche-Joubert

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  • Chantal Bourry
    Publié le 29 mars 2021

    @mimi17
    Ne vous inquiétez pas, vous les verrez à peine ces éoliennes, si vous arrivez même à les voir, sans jumelles. Les parcs éoliens en mer ne font ni fuir les vacanciers, ni fermer les commerces, pourquoi le ferait-il

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  • Chantal Bourry
    Publié le 29 mars 2021

    @ELJ
    La lettre ouverte de Dominique Chevillon se veut en effet « alarmante », comme vous dites. Il ne parle d’éolien qu’en termes négatifs, ce monsieur étant très hostile à cette énergie. Comme vous, il est pronucléaire, et on sait bien qu’une grande partie des anti-éoliens sont pronucléaires.
    Vous parlez des déchets radioactifs. A défaut de solution, on s’apprête à enfouir les plus dangereux à 500 mètres sous terre, à Bure dans la Meuse. Aux générations futures de s’en débrouiller ensuite…
    Par ailleurs, aucune énergie est « écologique ». Le plus écologique, c’est de dépenser moins d’énergie. Malheureusement, on assiste à un gaspillage en tout genre.

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  • zanzibar
    Publié le 29 mars 2021

    Bonjour,
    Je suis effarée de prendre connaissance de ce projet. D’autant plus, quand on connaît l’impact écologique de la construction et de l’entretien d’une éolienne. Et comme vous le dites très bien, la France exporte son électricité alors pourquoi en faire encore plus au détriment des gens, de leur qualité de vie et de la vie marine tout court. J’espère que ce projet non écologique créé sous des prétextes soi-disant écologiques ne verra jamais le jour.
    Christine

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  • Katedelagiraudiere
    Publié le 1 avril 2021

    En total accord avec votre prise de position….. Encore une ineptie et l’art et la manière de détruire l’environnement terrestre et marin., sans parler des conséquences économiques effroyables entraînées par ces fichues eoliniennes, horriblement coûteuses et dont le rendement est toujours à prouver,! . La rébellion s’impose !

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  • rose
    Publié le 7 avril 2021

    Quelles sont les associations qui s opposent a ce projet ?
    CE n est pas précisé dans l article.
    Merci .

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  • Fifi
    Publié le 30 mai 2021

    La population des iles a t’elle été consultée?
    Combien de tonnes de béton st elles utilisées par éolienne ? 1500 tonnes !
    Les conséquences sur les oiseaux et l’océan sont elles connues par la population?
    Et en cas de tempête majeure ?
    Implantation en zone sismique 3 ???

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