Enfants et jeunes

Collège des Salières

Au collège des Salières (St martin de Ré), des intervenants ont cherché à transmettre la mémoire de la déportation

Des « passeurs de mémoire » à la rencontre des élèves

Marcel Bayod, Claude Gorin, André Parise et Jeannine Bille
Publié le 31/05/2016

Ils sont venus témoigner de l’horreur, de la souffrance de la déportation, pour protéger la jeunesse de la banalisation des idées racistes, de la folie de bourreaux et de l’embrigadement.

Ils étaient quatre témoins, marqués pour toujours dans leurs chairs, leurs cœurs et dans leurs esprits. Ils se sont tus longtemps, pendant dix longues années. Aujourd’hui, avec l’énergie qu’ils vont chercher au plus profond d’eux-mêmes, ils témoignent pour avertir et protéger la jeunesse des dangers d’idéologies extrémistes qui conduisent à déporter hommes, femmes et enfants pour des motifs politiques ou raciaux.

Derniers témoins vivants de la barbarie des nazis

Moment rare et chargé d’émotion pour ces jeunes élèves de 3ème, qui ont écouté attentivement André Parise, Marcel Bayod, tous deux déportés, Jeannine Bille et Claude Gorin enfants de déportés, témoigner de leur souffrance ou de celles de leurs parents arrêtés par la gestapo française ou allemande, ou par les SS. Emprisonnés puis déportés, le récit de ce qu’ils ont vécu est terrible, émouvant. Certains élèves ferment les yeux, ces mots-là sont plus forts que des images et d’ailleurs aucune projection n’accompagne le témoignage. Une défroque rayée, avec son matricule, et une paire de galoche en bois posées sur une table, rappellent à eux seuls le dénuement et la déshumanisation des déportés. Les élèves sont silencieux, attentifs.

« Une jeunesse confisquée »

Comme dans son livre autobiographique« Une jeunesse confisquée », André Parise raconte les années terribles, le cheminement de camp en camp, les punitions infligées pour avoir appelé sa mère internée à quelques baraquements de lui dans le même camp, l’humiliation, la faim, la maladie, la violence quotidienne, les atrocités, l’odeur de la mort, la solidarité entre camarades, les appels interminables en soutenant les camarades malades ou morts. Avec une dignité qui force le respect, nos témoins ont parfois du mal à retenir des larmes à l’évocation du nom d’un camarade, d’un souvenir, de la fraternité qui unissait entre eux les déportés, au-delà des nationalités et des religions. Leur témoignage est un hommage à leurs parents, à leurs amis disparus. Il est porteur de valeurs, d’avertissements et d’espoir pour l’avenir. C’est un message humaniste et fraternel pour la jeunesse qu’ils veulent transmettre pour ne plus jamais revivre de telles atrocités. Mais l’actualité de ses dernières années n’est guère rassurante : la violence se banalise dans le monde entier. Les tristes leçons de l’histoire ne semblent guère être retenues.

Des élèves intéressés

Après l’intensité des témoignages, les élèves ont posé des questions pleines de sens, auxquelles André, Marcel, Claude et Jeannine ont répondu avec précision. Pourquoi à la libération des camps le tri des déportés se faisait nus les bras levés ? Réponse : pour repérer les SS infiltrés par leur tatouage sous l’aisselle. Quelles expériences étaient faites sur les déportés hommes et femmes à l’infirmerie ? Avec les caissons hyperbar, le bain de glaçons, les injections de virus etc. les analyses des expériences servaient à améliorer les performances des soldats allemands. Pourquoi les déportés étaient aussi transportés par bateaux ? Les services secrets allemands faisaient croire à du convoyage de munitions, et l’aviation alliée bombardait ainsi sans le savoir des milliers de déportés. Que signifiaient les différents sigles, les lettres ou la cible, peints sur les tenues des déportés ?… De nombreuses questions étaient encore sur les lèvres des élèves, mais l’heure des bus approchant, le principal adjoint, Mr Sanchez, remercia chaleureusement les invités pour leurs témoignages et leur disponibilité. Le travail effectué cet après-midi-là est en lien avec les programmes d’enseignement de l’histoire en classe de troisième.

André Parise, déporté pendant 3 ans à l’âge de 17 ans, aujourd’hui âgé de 91 ans, est toujours engagé politiquement, fidèle à ses convictions communistes. Marcel Bayod, arrêté et déporté à l’âge de 17 ans doit sa survie à son métier de coiffeur. Claude Gorin avait 4 ans quand sa mère fût déportée à Ravensbrück. Jeannine Bille est la petite fille d’un grand résistant du groupe Deflandre, fusillé par les Allemands. Merci pour ce que vous êtes et de ce que vous faites pour changer le monde !

 

Témoignages des derniers déportés.

La tenue des déportés

 

Michel Lardeux

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Vos réactions

  • Matt
    Publié le 17 juillet 2017

    J’ai assisté à ce témoignage, j’étais élève de 3ème à ce moment là. Je le confirme, tout le monde était choqué, on se lançait des regards choqués avec mes amis on en revenait pas, avec les cours on savait que c’était horrible, mais l’authenticité nous a montré que c’était bien pire que tout ce qu’on pouvait imaginer!

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