Environnement

Interview Dominique Chevillon

Opération Stop Affichages Sauvages 1 sur l’île de Ré

©maitre Jean Marc Guilllou
Publié le 03/09/2019

Après une première action de Ré Nature Environnement qui avait fait le tour de l’île de Ré en août 2018 pour faire des photos d’affichage sauvage, le président de l’association, Dominique Chevillon, a récidivé vendredi 23 août 2019 avec cette-fois-ci constat d’huissier pour des résultats plus probants. Il nous explique sa démarche.

Ré à la Hune : Que dénonce Ré Nature Environnement ?

Dominique Chevillon : Nous avons constaté avec Maître Jean- Marc Guillou, huissier de justice du cabinet Guillou-Terrien de Rochefort, plusieurs centaines d’infractions à la publicité en sites classés et inscrits, depuis la sortie du Pont de l’île de Ré jusqu’aux Portes en Ré, en passant par toutes les communes. Le même type d’opération avait été mené en août 2018 par Ré Nature Environnement, sans ministère d’huissier. De nombreuses photos avaient été prises et des articles de presse s’en étaient faits l’écho. L’ampleur des dérives publicitaires avait en effet atteint des records avec notamment pour un spectacle équestre (non présent sur l’île en 2019) et pour un cirque, plus de cent-cinquante affichages sauvages, rien que pour chacun de ses deux acteurs… dans une débauche publicitaire exponentielle sur le bord des routes et dans les espaces naturels de l’île de Ré.

Avez-vous le sentiment que ces pratiques se développent ?

Depuis plusieurs années avec une intensité très forte l’été et notamment l’été 2018, les affichages sauvages se sont multipliés dans l’île de Ré. Ils se matérialisent par l’apparition répétées et parfois durables, longtemps après la survenance des événements annoncés, de panneaux, pancartes, banderoles, annonçant une fête, un spectacle, une exposition, un loto, une manifestation sportive, ou même une activité durable, une offre de vente d’un bateau, d’une remorque, d’une voiture, sur le bord de la route…

Et ce, alors que la majorité des communes, se préoccupent de maîtriser tant bien que mal, l’occupation de l’espace visuel du long des route ou d’entrée des villages en ayant créé à cet effet un espace dans leur commune, aux entrées de leur village généralement. La profusion d’informations a atteint lors de l’été 2018 un niveau jamais atteint aux rondspoints et le long de la route départementale qui irrigue le territoire rétais, de Rivedoux aux Portes en Ré. Transformant l’île de Ré en un gigantesque « supermarché géant » d’annonces diverses occupant les bords de route ou les espaces naturels… Enlaidissant certes l’espace visuel mais aussi accaparant l’attention et occultant les panneaux d’orientation officiels et nuisant ainsi à la possibilité des automobilistes de trouver leur route.

Qui est à l’origine de cette « dérive publicitaire » ?

Des acteurs ponctuels ou durables du territoire insulaire : des particuliers qui vendent un bien ou qui informent l’exposition de leurs oeuvres telles que peintures, sculptures ; des associations annonçant leurs manifestations villageoise ou insulaire ; des activités professionnelles ponctuelles qui sur une durée courte annoncent les dates, la nature voire le prix d’entrée de leurs activités ; les exploitants de cirques, de marionnettes, spectacles divers sous chapiteaux y occupent une place très importante. L’affichage collé sur des vieux murs ou murs en parpaings abribus, ou cloués sur des arbres, ou collé sur d’autres pub ou panneaux d’affichages étant encore fréquents ; des activités professionnelles permanentes : plus rares mais existantes, elles finissent par obtenir légitimement des enseignes « officielles » des communes. Une attention doit être portée sur leur nombre et sur les enseignes notamment lumineuses dans les villages et les sites extérieurs aux villages.

Quel le est la protection réglementaire de l’île de Ré en la matière ?

L’île de Ré a su grâce à ses élus et à l’Etat mettre en place des protections diverses et nombreuses, en faisant l’un des territoires les plus réglementés en France mais aussi faut-il le dire l’un des plus attractifs et les plus « enviés ». Les prix généralement élevés, pratiqués par les activités économiques insulaires profitant de ce contexte favorable d’un territoire « d’excellence environnementale ».

Parmi les réglementations importantes, le territoire bénéficie du classement des sites (sites classés) pour la totalité de ses espaces naturels soit 95% des 80 % non bâtis de l’île de Ré et l’inscription au site (sites inscrits) pour l’intérieur de ses dix villages.

La publicité extérieure c’est-à-dire tous les supports (panneaux d’affichage par exemple, lumineux ou non) contenant une publicité destinée à informer le public ou attirer son attention et visibles d’une voie ouverte à la circulation publique fait l’objet d’une interdiction générale dans les sites classés et de réglementations très strictes en sites inscrits. En tous lieux, la publicité est interdite sur les arbres, sur les poteaux électriques ou de communication, les équipements publics de la circulation routière, les installations d’éclairage public…

Quel est votre constat et quelle sera la suite de l’opération SAS 1 du 23 août 2019 ?

Sur la route départementale, les communes de Rivedoux, Sainte-Marie et Loix présentent très peu voire pas d’affichages sauvages constatés dans les espaces naturels de leur commune et à l’entrée de leur village. Les affichages sauvages semblent même faire l’objet d’un ramassage quotidien (à vérifier). Pour l’ensemble de l’île, sur les bermes et dans les espaces naturels bordant la seule route départementale ce sont plus de cent-cinquante infractions qui ont été constatées rien que pour deux annonceurs qui rassemblent à eux seuls plus de la moitié des infractions.

Deux annonceurs rassemblent, à eux seuls plus de la moitié des infractions. Outre la presse qui en a été informée, les constats d’huissier seront portés à la connaissance de la Communauté des Communes et de chaque commune. Ré Nature Environnement et Nature Environnement 17 se réservent le droit de porter plainte contre X à l’encontre des annonceurs des infractions constatées ou contre personne dénommée.

Ré Nature Environnement espère qu’une attention particulière sera portée par les élus sur ce sujet opérationnel qui fait l’objet d’une orientation dans le PLUi, ce qui est très bien puisque ce sont les élus eux mêmes qui ont réfléchi et conçu cet important document d’urbanisme et d’aménagement. On assiste à une réelle prise conscience de nombreux habitants qui souhaitent être de plus en plus vigilants sur les différentes pressions qui touchent l’île de Ré et sa qualité de vie.

Une opération similaire concernant les centres d’hébergement et de loisir de plein air en site classé sera menée très prochainement. Les communes seront sollicitées pour instruire le dossier.

Cette opération SAS 1 est la première d’une intention de faire appliquer rigoureusement la loi « paysage » de 1930 sur les sites classés et inscrits qui est censée protéger les paysages de l’île de Ré. D’autres domaines concernant des altérations réelles des paysages rétais sont envisagés.

Ré Nature Environnement et Nature Environnement 17 visent bien, aux côtés des élus, à mettre un terme définitif et durable aux affichages sauvages.

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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Vos réactions

  • Eric
    Publié le 11 septembre 2019

    Excellente double initiative de la part de Ré Nature Environnement et Nature Environnement 17 !
    Je souhaite réagir à propos d’une autre nuisance importante sévissant sur Ré : celle des plastiques noirs volants (et non ramassés) dans les vignobles ! Il y en a partout ….!

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