Patrimoine

Portrait

Nicolas Baudin, un grand naturaliste

© Musée Ernest Cognacq, ville de Saint-Martin de Ré - Estampe de Nicolas Baudin, XIXe siècle.
Publié le 23/08/2022

La conférence donnée le 19 juillet par Sophie Muffat prend place dans le cycle des événements organisés par l’association Le Souvenir Napoléonien. Historienne spécialisée dans la Marine impériale, Sophie Mussat s’est attachée à retracer la période où Nicolas Baudoin s’intéresse et se forme à la botanique à l’époque du Directoire et du Consulat.

Sophie Murat, qui fera paraître à la rentrée une biographie de Nicolas Baudin, a prévu de lui consacrer deux conférences, la première, celle du 19 juillet, couvrant la période du Directoire et du Consulat durant laquelle Nicolas Baudin s’intéresse à la botanique et se forme au point de devenir un naturaliste reconnu. Une seconde, dont la date n’est pas encore fixée, mais qui aura probablement lieu lors du dernier trimestre de cette année, sera centrée sur l’exploration des Terres australes.

Nicolas Baudin est né le 17 février 1754 à Saint-Martin dans une famille d’armateurs et de négociants. Joseph François, son père, un homme des « Lumières » qui lit l’Encyclopédie, fait partie des notables de l’île et jouit d’une grande aisance financière, mais n’est pas noble. Cela pèsera sur la vie de son fils Nicolas, qui s’il avait été noble, aurait eu une carrière toute tracée dans la Royale et ne serait peut-être pas devenu un botaniste renommé. Alors que ses frères se destinent aux métiers du négoce, Nicolas choisit la marine marchande et rejoint la flotte de son oncle Peltier-Dunoyer, puis à 20 ans est engagé par la Compagnie des Indes Orientales.

Le clan Baudin-Peltier faisait partie d’une loge maçonnique et s’intéressait de très près à l’indépendance des Amériques. Ces notables éclairés n’étaient pas forcément complètement désintéressés et tablaient sur un développement des relations économiques avec les Amériques. En 1777, Nicolas Baudin rencontrera, à Paris, Benjamin Franklin en compagnie de l’homme politique Silas Deane, dont il espère obtenir l’aide pour travailler avec les Amériques.

Au printemps 1777, Baudin revient des Indes où il a servi dans le régiment de Pondichéry en tant que sous-officier. Il rêve de rejoindre l’Amérique, mais n’arrive pas à se faire engager. Cependant, en raison d’hostilités avec l’Angleterre, une catégorie d’officiers de marine roturiers, les auxiliaires, fut créée en novembre 1777. Cette mesure provisoire permit à Baudin de servir deux ans en tant qu’officier dans l’armée navale. Le problème est qu’à la fin du conflit sa qualité d’officier est remise en question, un auxiliaire ne pouvant être officier que dans le cas d’une seule campagne. Rétrogradé de fait, il quitte la Royale, reprend du service dans la marine marchande et devient capitaine le 2 mars 1780, à l’âge de 26 ans. Il est aux Amériques lorsque la marine de Rochefort lui confie le commandement d’une frégate chargée de l’escorte des convois. Mais le comte d’Hector, commandant la marine à Brest, lui retire ce commandement au profit d’un jeune officier de ses favoris appartenant à la noblesse. Blessé, Nicolas Baudin quitte sur le champ la marine Royale pour s’engager dans la marine marchande.

Cette humiliation l’amène à naviguer et commercer pour lui-même et au cours des années suivantes, il sillonnera les océans, transportant toutes sortes de marchandises, y compris des esclaves ce qui cadre mal avec les idées pratiquées par sa famille.

Rencontre déterminante avec le botaniste autrichien Franz Boos

C’est au cap de Bonne-Espérance, qu’il fait en 1787 une rencontre qui influencera son avenir : Franz Boos, botaniste autrichien, chargé par l’empereur Joseph II de rapporter des plantes présentant un intérêt économique pour l’empire. Luimême et son adjoint Georg Scholl, sont à la recherche d’un navire pour rapatrier leurs collections en Europe. Baudin aura l’occasion de conduire Franz Boos à l’île de France où il fera également la connaissance de Nicolas Céré, agronome et botaniste français, avant de le ramener à Trieste. Ces contacts jouèrent un rôle déterminant dans la formation de naturaliste de Nicolas Baudin et c’est grâce à eux qu’il mit au point des techniques innovantes pour transporter plantes et animaux tout en les maintenant en vie. L’empereur Joseph II, satisfait de la façon dont s’était soldé le voyage de Boos, propose à Baudin une mission d’exploration qui le mènera en Chine à bord de son bateau La Jardinière. Il reste au service des Habsbourg environ cinq ans, mais le trône de France s’étant écroulé, la nouvelle République Française est en guerre avec l’Autriche et Baudin se retrouve, malgré lui, dans le camp ennemi.

En 1795, il regagne Le Havre et sollicite sa réintégration dans la marine, au rang qu’il estime être le sien, mais sans succès. Il fait une offre astucieuse, en 1796, à Antoine-Laurent Jussieu, directeur du Muséum d’’Histoire Naturelle, et lui propose d’aller chercher une collection ramenée des Indes et laissée en dépôt par ses soins à la Trinité Espagnole. L’idée de Baudin au coût peu onéreux est évidemment acceptée par le Ministre à qui Jussieu l’a transmise avec un avis favorable. Le 30 septembre 1796, Nicolas Baudin quitte Le Havre à bord de La Belle Angélique pour un voyage de dix-neuf mois parsemé d’embûches, de complications et d’escarmouches avec l’ennemi anglais durant lequel, manquant de moyens financiers, il sera obligé de vendre sa bibliothèque.

© Musée Ernest Cognacq, ville de Saint-Martin de Ré – Maquette de transport de plantes sur les bateaux de Nicolas Baudin

Le triomphe de l’expédition du Muséum d’Histoire naturelle

Pour cette mission, Baudin est accompagné d’André-Pierre Ledru, botaniste, de René Maugé et de son adjoint Stanislas Le Villain, tous deux zoologistes, d’Anselm Riedlé, jardinier, d’Alexandre Advenier, minéralogiste, d’Antonio Gonzales, artiste peintre espagnol et d’un équipage de 108 personnes dont 5 officiers. L’ingéniosité, la ténacité, l’intelligence et le courage de Baudin font que le 7 juin 1798, malgré les maladies, les désertions et les abandons, il rentre dans le port de Fécamp, Le Havre étant sous blocus britannique, rapportant une fabuleuse collection qui va lui ouvrir bien des portes. Il ramène entre autres 450 oiseaux empaillés, 8 000 plantes en herbiers, 207 barriques contenant 800 plantes et arbrisseaux vivants… L’équipage a dû dormir dans la cale tant les ponts et autres lieux disponibles du navire étaient encombrés de caisses, barriques contenant des plantes et même d’arbres.

C’est un triomphe. La presse parisienne le sacre « le plus grand navigateur et le plus grand naturaliste de tous les temps » et le 4 août 1798, il est réintégré dans la marine avec le grade de capitaine de vaisseau. Le gouvernement manquant d’argent, il dut attendre deux ans avant de pouvoir se lancer dans l’aventure des mers australes que vous contera Sophie Mussat lors de sa prochaine conférence.

Catherine Bréjat

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