Culture

Interview - Portrait d'artiste

Nathalie Poline raconte des histoires en images

Nathalie Poline ou comment figer l’instant pour ne jamais oublier.
Publié le 09/08/2022

Après avoir eu un véritable coup de cœur pour La Flotte il y a plus de vingt ans, Nathalie Poline a définitivement posé ses valises dans ce village qu’elle affectionne tant. Depuis 2021, elle y exerce son métier passion de photographe. Entretien avec cette artiste qui fige les émotions.

Ré à La Hune : Nathalie, quel a été le déclic pour laisser plus de place à cette passion et en faire un métier ?

Nathalie Poline : la photo a toujours fait partie de ma vie. Mais en tant que mère au foyer avec quatre enfants et un parcours professionnel formaté et conventionnel, cela restait secondaire. Après mon divorce, j’ai décidé de prendre mon destin en main et de ne plus cocher toutes les cases. J’ai alors suivi une formation à l’Ecole des Gobelins pour acquérir de la technique et peaufiner mon savoir. Quelques mois plus tard, je créais ma société « RegArt éphémère ». Malheureusement, avec la pandémie, tous mes contrats ont été annulés et j’ai appelé au secours un couple d’amis propriétaires d’un bar à La Flotte pour trouver un job. Depuis l’année dernière, je vis de manière définitive sur l’île. L’activité économique étant repartie, la demande de reportage photo l’est aussi. Je suis une chasseuse d’émotions qui vit la photographie avant tout comme un moyen de capturer un instant éphémère et de l’immortaliser. Les photos familiales au moment des mariages ou des baptêmes, celles rattachées au monde de l’enfance, les portraits… sont toutes vivantes.

Y-a-t-il un peu de vous dans chaque shooting ?

Prises sur le vif, mes photos reflètent la vie, une ambiance, un sentiment qui créent en moi des émotions particulières. La conscience aigüe et précoce du caractère éphémère de toute chose m’a intuitivement conduite vers la photographie comme seul moyen de donner l’éternité à tous ces instants chargés d’une intensité particulière et dont on souhaiterait garder le souvenir éternellement. Qui d’entre nous ne s’est pas murmuré un jour : “comme j’aimerais ne jamais oublier la magie de cet instant !” Cette hypersensibilité, longtemps vécue comme un écueil, est en fait mon meilleur atout pour être le regard de la mémoire de ceux que je photographie. Deux mains qui se cherchent et se trouvent, la complicité des regards échangés, des éclats de rire, une larme aussi parfois… Je travaille sous forme de reportage pour capter et revivre au travers de mes photos ces beaux souvenirs.

Photo extraite de l’exposition « De tribord aux bâbords » Un tracteur rouge qui contraste totalement avec des fonds grisés de marée basse : une volonté de l’artiste photographe

Parce qu’il n’y a pas de hasard mais uniquement de belles rencontres, c’est un peu le thème de votre première expo « De tribord aux bâbords » ?

J’adore les voyages dans tout ce qu’ils offrent de découvertes de cultures, de traditions et savoir-faire différents. Aller à la rencontre de l’autre a toujours été le fil conducteur de toutes les actions que j’ai pu mener au cours de mon existence. L’année dernière, la vie a mis sur mon chemin quelqu’un qui est à l’origine des photos exposées actuellement « Aux Copains bâbord », la cabane de dégustation d’huîtres dans la zone du Préau à La Flotte. C’est un poissonnier mareyeur de renommée qui vit à Strasbourg et possède une maison sur l’île, que je connaissais et qui m’a commandé un reportage sur l’ensemble de ses partenaires : les criées, les mareyeurs, les ostréiculteurs, les pêcheurs… Je suis donc allée à leur rencontre aux Sables d’Olonne, à Royan, à Cherbourg, Port la Nouvelle… Un tour de France qui a duré deux mois et au cours duquel j’ai ramené plus de dix mille photos à traiter. Pour lui, le résultat de ce travail se traduira par un ouvrage recueil des photos qu’il a choisies et moi j’en ai extrait quelques-unes qui me touchaient particulièrement. J’ai alors eu l’opportunité de les montrer à la propriétaire des « Copains Bâbord » qui m’a invitée à exposer durant toute la saison.

Cette aventure est incroyable. Comme tout artiste, j’ai des doutes sur ma légitimité, sur mon travail et le fait de voir mes photos en grand format 120×80, imprimées sur de l’Alu-Dibond, de quoi leur conférer une haute qualité. Savoir qu’elles sont vues par un large public et en avoir vendu déjà une dizaine, c’est une magnifique reconnaissance. Ce sont vingtcinq photos qui sont exposées et ce choix de mettre en avant des photos de régions de France autre que l’Île de Ré est osé mais, comme la fréquentation de ce territoire est nationale voire internationale, a priori c’est une belle idée. Une expérience comme je les aime avec des rencontres humaines avant tout, des gens authentiques, vrais.

D’où vient l’inspiration et quelles sont vos influences ?

Sans aucun doute, mon inspiration est issue du feeling et de la connexion que je ressens avec l’autre. C’est une expérience unique où je viens découvrir ce que sont les êtres, une part d’eux-mêmes, ce qu’ils acceptent de me livrer. J’aime profondément l’humain. Quant aux influences, mes parents étaient de grands cinéphiles et j’ai été bercée toute mon enfance par le cinéma des années 1940 à 1960 et les films d’Hitchcock, de John Ford. Ce regard sur ces cinéastes hollywoodiens a sûrement, sans que je m’en rende compte, influencé ma façon de reproduire des images. Plusieurs personnes m’ont dit trouver dans mes photos un aspect très cinématographique, comme une mise en scène.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Me consacrer à 250% à la photo, faire une nouvelle expo « aux Copains bâbord » en mettant à l’honneur ce territoire sur lequel je vis, en allant rencontrer les saulniers, agriculteurs, vignerons, maraîchers, producteurs de fleurs, ostréiculteurs… qui vivent sur l’île et y travaillent.

Contact : www.regartephemere.fr
Instagram regart_ephemere
06 29 91 65 84

Florence Sabourin

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