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« Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? »
Dans cette pièce de théâtre, la compagnie Nandi revient sur ce fait divers de 2014 qui avait provoqué un scandale dans le monde entier, celui d’une ado américaine qui, profitant d’un voyage scolaire, posta sur les réseaux sociaux une photo d’elle tout sourire devant le camp de concentration polonais.
Entre devoir de mémoire, utilisation des réseaux sociaux et cyberharcèlement, cette pièce s’adresse aux adolescents dès l’âge de 12 ans. Son metteur en scène, Franck Régnier, répond à nos questions.
Ré à la Hune : Franck Régnier, quelle est la genèse de cette pièce ?
Franck Régnier : À l’époque, je cherchais à travailler autour des ados, ayant moi-même des enfants qui entraient dans l’adolescence. Je suis tombé par hasard sur le livre de Sylvain Levey, « Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? ». Le titre m’a d’abord interpellé, et à la fin de ma lecture j’ai su qu’il était particulièrement important de le montrer sur scène au vu des problématiques d’actualité qu’il soulève. La pièce a été créée en 2023 et depuis nous l’avons déjà jouée plus de quatre-vingts fois.
Quelle est la force du livre de Sylvain Levey ?
Ce que j’ai vraiment aimé dans ce texte, c’est que Sylvain Levey ne porte aucun jugement et amène le débat. Il se contente de relater les faits et de pousser à la réflexion. Il s’est inspiré de ce fait divers et l’a transposé sur des ados français, mais jamais il ne donne son avis ou ne juge la jeune fille. Il amène les spectateurs à réfléchir sur la thématique du devoir de mémoire, sur celle de l’utilisation des réseaux sociaux mais aussi sur celle du cyberharcèlement puisque cette jeune américaine, Breanna Mitchell, avait reçu des insultes et des menaces de mort sur son compte Twitter suite à sa publication. Dans son texte, Sylvain Levey ne contextualise même pas le selfie de Breanna Mitchell. Nous avons respecté tout cela, et nous proposons systématiquement à la fin des représentations des bords de scènes afin d’échanger avec les spectateurs, ce qui a beaucoup de succès car ils ont envie d’aller plus loin. C’est à ce moment-là que nous contextualisons ce selfie, ce qui fait souvent changer d’avis les ados sur la question.
Dans votre mise en scène, il n’y a pas d’écrans, pas de vidéos, mais de la danse. Pourquoi ?
Parce qu’on parle déjà beaucoup des écrans et des réseaux sociaux ! Avec la scénographe on a donc décidé de ne pas projeter, de ne pas montrer des écrans sur scène. En revanche, nous avons effectivement intégré beaucoup de danse. Nous avons travaillé sur le corporel, car je trouve que le corps amène beaucoup plus d’émotions que la parole. J’ai travaillé avec une chorégraphe et il y a notamment deux chorégraphies dans la pièce. On joue aussi beaucoup avec une balançoire, qui rappelle l’enfance et nous permet par exemple d’imager les déplacements. J’ai essayé d’amener de la poésie, justement parce que nous sommes déjà plongés dans des sujets très difficiles.
« Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? » de la Cie Nandi, à La Maline le 27 février à 20h30. Tarifs : de 8 à 16€. Dès 12 ans.
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