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Mer des hommes, au coeur de l’humain
Bénévole depuis une quinzaine d’années à la SNSM île de Ré, dont il est président depuis près de neuf ans, Denis Chatin nous livre au travers de ses récits de sauvetage une histoire très intime, celle de sauveteurs confrontés à la détresse humaine, au milieu d’une mer toute-puissante. Et celle de naufragés qui s’accrochent à la vie, face à la mort qui déferle, telle une lame de fond. Un livre poignant, où l’engagement et l’altruisme flirtent avec quelque chose relevant d’une respiration vitale pour ces hommes et femmes qui ne revendiquent surtout pas d’être des héros.
« Parfois le hasard et la compétence se rencontrent »
Et pourtant. Tous les récits de sauvetage au large et sur les côtes de l’île de Ré et de la Vendée, vécus par la SNS 458 et son équipage rétais révèlent le courage, la persévérance, la solidarité, l’esprit d’équipe. Et « la peur, bien tenue, qui est un merveilleux garde-fou. » « Chaque départ est une négociation avec le destin, et ici, on ne veut pas d’inconscients. Un sauveteur trop pressé, c’est un naufragé en puissance. »
Au fil des pages, le lecteur découvre que « le sauvetage n’est pas un geste héroïque figé sur une affiche, mais une suite de décisions prises dans le vent, parfois dans la peur, toujours dans l’urgence. Jusqu’ici, tu savais ce que les sauveteurs faisaient. Désormais, tu sais ce que ça coûte : en fatigue, en doutes, en nuits mangées par le vent. »
« Tu y trouveras de tout : des miracles, des naufrages, des destins rattrapés par le bout du cheveu et d’autres, que la mer a gardés pour elle. C’est ainsi, la vie décide, la mer exécute. Nous, nous tentons d’être là, entre les deux. Pour comprendre, il te faudra d’abord oublier la terre. Quand les côtes s’effacent, les repères s’effondrent. Il ne reste que le vent, les vagues, le froid et ce mince fil d’acier qui relie l’homme à sa volonté. C’est là que tout commence ! »
« La mer ne pardonne pas l’improvisation »
Au commencement, un signal du CROSS. « Une voix hachée. Un souffle trop court. Un silence trop long. Là où d’autres entendraient du chaos, le CROSS entend une situation. Il trie, il comprend, il réduit l’incertitude, il ordonne. Il transforme l’angoisse en coordonnées. La détresse en trajectoires. Le hasard en décisions, en vies possibles. Il devient ce chef d’orchestre de l’urgence. »
A toute heure du jour et souvent de la nuit, arrachés par une sonnerie à leur vie ordinaire, les femmes et les hommes de la SNSM appareillent dans des délais records – chaque seconde peut être vitale – guidés par le CROSS, accompagnés en mer par Guépard-Yankee ou Dragon 17 qui viennent dès que c’est nécessaire et possible en renfort… Tout cela on le sait.
Ce que l’on appréhende moins, ce sont les conditions météos et marines dans lesquelles se déroulent ces sauvetages, qui font prendre des risques énormes aux équipes des sauveteurs, en mer et dans les airs. Ce que l’on ne sait pas, c’est la détresse d’un homme envasé au milieu d’une mer montante lui frôlant les narines, la pugnacité d’un pêcheur accroché à son bouchot des heures durant, la témérité d’un pilote d’avion qui choisit de plonger son appareil dans l’océan plutôt que de faucher des vies sur terre, ses chances de survie étant pourtant infimes, ou encore l’inconscience de ce père parti chercher le ballon de son enfant au péril de sa vie ou celle de kayakistes en perdition, dans le cadre d’un séminaire d’entreprise… en plein mois de février. Ce qui nous indigne, ce sont ces plaisanciers, sauvés d’une mort certaine, qui reprochent aux sauveteurs une rayure sur leur coque de bateau. Ou encore ce proche qui accuse les sauveteurs de n’avoir pas pris assez vite les bonnes décisions. Et ce qui nous révolte, par-dessus-tout, ce sont ces badauds qui s’attroupent comme au spectacle, autour des services de secours revenus à terre. L’autre versant de l’âme humaine, le plus abject.
Ce que l’on ne peut imaginer, ce sont ces longues heures, suspendues entre la vie et la mort, au milieu de nulle part, où la vie humaine à sauver se résume à un petit point coloré à repérer au milieu de flots déchaînés. Ce que l’on ne peut ressentir, c’est la détresse de sauvetages qui virent au drame, pour les proches, bien sûr mais aussi pour les sauveteurs.
Un échange de regards, au bord de l’abîme
Ces scènes de sauvetage, Denis Chatin et ses hommes en vivent, bon an, mal an, près de quatre-vingts par an. Alors pourquoi l’auteur a-t-il sélectionné celles-ci, plutôt que celles-là ? « J’ai cinq cents sauvetages environ à mon actif. Certains m’ont particulièrement marqué, j’en suis imprégné au plus profond de ma mémoire et de ma chair. Ce ne sont pas forcément les sauvetages s’étant les plus mal terminés d’ailleurs ». On s’en doute bien, c’est d’abord une histoire humaine, un échange de regards au bord de l’abîme, c’est un naufragé qui n’est déjà plus ici, tout en n’étant pas encore tout à fait parti…
Ces vingt-et-un récits sont déroulés autour d’un fil conducteur : Joël, un « vieux » sauveteur en mer, immobilisé à terre à cause d’un mur mal négocié à vélo… regarde, depuis différents sites du port de Saint-Martin de Ré, la vedette SNSM et ses autres embarcations partir en mission au large, et raconte à un candidat bénévole potentiel, qu’il baptise « Noé » – parce qu’en mer, dans la tempête, il faut des prénoms qui claquent – ces sauvetages qui l’ont marqué. Il en profite pour lui faire visiter le « canote » (l’embarcation de sauvetage), la casemate où se trouve le QG, les remparts et les quais du port de saint-Martin, sans oublier tous les bistrots, depuis Le Bistrot marin jusqu’aux Colonnes… Du vécu ! Au coeur de l’intimité humaine C’est seulement dans les dernières pages que le lecteur découvre qui sont Joël et Noé. Que l’on comprend que ce livre est aussi une histoire de transmission familiale. Que ces récits révèlent bien ce que chacun de ces sauveteurs et de ces naufragés ont de plus profondément ancré en eux. Que Mer des hommes offre une plongée au coeur de l’intimité humaine. Et si, finalement, tous ces récits poignants révélaient la beauté d’âme d’un Rétais qui se croit « ordinaire », si fort et si fragile tout à la fois ? Qui a choisi par ce bénévolat « la liberté de choisir à qui l’on donne. »
Un ouvrage bouleversant d’humanité et de sincérité, des mots qui vous transpercent, des regards qui ont ceci de poignant qu’ils en disent parfois bien plus long que les mots…
Mer des Hommes
Un sauveteur de la SNSM raconte Préfacé par Violette Dorange la plus jeune navigatrice (23 ans) ayant bouclé le Vendée Globe (en 2024-2025) et par Emmanuel de Oliveira, président de la SNSM au niveau national.
Illustrations : Philippe Kermoal
Dessin de couverture : Pierre Joubert
Editions Saint-Mleux Format 21,5 x 14,5 cm 288 pages – 41 dessins
Prix de vente : 25 €
En prévente sur : www.editionssaintmleux.fr 20 % des bénéfices reversés à la SNSM
Un livre qui met en lumière toute l’équipe de la SNSM île de Ré et, plus largement, tous les sauveteurs en mer.

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