Environnement

Procédures juridiques

MAT-Ré : dix ans et une voix désormais entendue

Frédéric Jacq affirme que l’association ne baissera pas les bras face à la cimenterie, ex Holcim devenue propriété d’Eqiom
Publié le 04/11/2020

Format réduit pour l’Assemblée Générale de l’association MAT-Ré. Mais « la vie citoyenne doit perdurer » a rappelé son Président Frédéric Jacq

Vingt-cinq personnes présentes et quarante pouvoirs ont permis sa tenue et le Conseil d’Administration a travaillé pendant le confinement. Les procédures juridiques en cours se poursuivent. Et pour MAT-Ré, qui fête ses dix ans d’existence, 2020 est l’année d’une victoire significative.

Le Conseil d’État a tranché

« Qui aurait cru que quelques modestes résidents pourraient mener à terme une telle bataille ? », souligne Frédéric Jacq qui ne cache pas sa satisfaction de la décision du Conseil d’Etat ayant, en dernier recours, annulé la première autorisation d’exploitation de 2010 qui fut, à elle seule, la raison d’être de l’association et du collectif « Non à l’usine de broyage ».

Une prise de position « irrévocable et définitive » qui n’occulte pas la seconde autorisation donnée en 2016, qui avait, rappelle Frédéric Jacq, reçu l’avis favorable de la commune de Rivedoux. Pour information, le Président souligne que la cimenterie Eqiom, condamnée à verser à l’association la somme de 3 000 € au titre des dépens, n’a toujours pas obtempéré. Une attitude qui constitue pour Frédéric Jacq un « défi au Conseil d’Etat ». « Mais la loi est la loi » conclut-t-il.

Une bataille mais pas la guerre

Si cette victoire est une réelle avancée dans ce dossier épique, le combat continue. Évoquant « une prise de conscience citoyenne », Frédéric Jacq affirme que l’association ne baissera pas les bras face à la cimenterie, ex Holcim devenue propriété d’Eqiom. Une autre procédure est ainsi engagée auprès du Tribunal de Bordeaux contre la seconde autorisation d’exploiter.

En attente de la décision du tribunal pour la fin de l’année ou début 2021, MAT-Ré espère en une issue positive qui la mènerait de nouveau devant le Conseil d’Etat.

La question de la corruption

Se déclarant « ni moteur ni partie prenante » dans l’enquête relative aux montants versés à une avocate nantaise par la Communauté de Communes rétaise, « enquête dont le résultat se résumait à une amende pour erreur administrative », l’association s’est néanmoins engagée dans une procédure pénale avec une plainte pour corruption dans l’industrie cimentière. Et si la démarche a été frappée d’irrecevabilité, l’association étant trop récente pour bénéficier de l’agrément anti-corruption, reste la possibilité d’un relais, le dossier ayant attiré l’attention d’associations nationales elle-même habilitées.

Sans sortir de son objet principal, MAT-Ré affirme ainsi sa volonté d’être présente sur tous les fronts, de l’environnemental au pénal en passant par le politique et l’administratif.

Les inquiétudes se précisent face au GPM 

Née pour lutter contre la cimenterie rochelaise, MAT-Ré ne peut aujourd’hui s’en tenir à cette exclusivité et détourner les yeux du Grand Port Maritime. Une implication guidée par la lassitude « des injonctions contradictoires », attitude de notre temps plaidant simultanément pour la préservation de l’environnement tout en laissant exister des projets le mettant en péril.

Particulièrement impliqué, Michel Lardeux se félicite que la décision du Conseil d’Etat ci-dessus évoquée, ait apporté à l’association un crédit et une considération lui permettant de faire entendre sa voix. Et sur le GPM, le Vice-Président a beaucoup à dire.

Un port en mutation

Sujet de préoccupation important, la mutation du port de commerce rochelais, devenu « plateau industriel accueillant cinq sites classés Seveso haut ». Et Michel Lardeux de détailler, mettant en parallèle le risque explosif des 6 250 tonnes de nitrate d’ammonium pouvant être stockées par les entreprises d’engrais avec les 2 700 de la catastrophe ayant récemment touché la ville de Beyrouth ou encore les 300 tonnes de l’usine AZF de Toulouse. Sans oublier gaz, hydrocarbures, méthanol ou encore sodium, également présents sur la zone.

Quatre associations mobilisées

Dans la ligne de mire des associations RESPIRE La Rochelle, Nature Environnement 17, Ré Nature Environnement et MAT-Ré, les travaux de déroctage prévus sur les fonds marins du Pertuis charentais, assortis du dragage de quelques 550 000 m3 de sédiments. Une opération lourde pour l’environnement selon Michel Lardeux, ayant pour objectif l’accès au port de bateaux toujours plus grands.

Outre la mise en suspension des particules, un dépôt d’environ 1,5 cm serait à prévoir selon les études du Professeur Le Gall de Ré Nature Environnement 17, là où le GPM annonce seulement 1 à 2 millimètres de hauteur. Une différence exprimant, selon l’association, l’insuffisance de l’étude d’impact potentiel sur ce bassin d’ostréiculture et de mytiliculture.

C’est ainsi que le dernier Conseil d’Administration de MAT-Ré a voté en faveur d’un recours commun contre l’arrêté préfectoral du 20 juin dernier, valant autorisation environnementale du projet global Port Horizon 2025. Un accompagnement moral pour l’association qui ne peut faire plus, ses finances étant absorbées par les procédures en cours.

« On ne peut pas constamment en vouloir à l’Etat, mais force est de constater de nombreux dérapages ces dernières années » conclut Michel Lardeux, rappelant in fine que l’association est « au service de l’intérêt général », avant de laisser la parole à Frédéric Jacq pour clôturer la séance.

 

Pauline Leriche Rouard

Réagir à cet article

Je souhaite réagir à cet article

* Champs obligatoires