Patrimoine

Récit

Mais où est-elle passée ?

Le port de Saint-Martin
Publié le 04/02/2021

Ils étaient une vingtaine de jeunes gens qui débarquaient en cette année 1948 sur l’ile de Ré, une vingtaine de Corses

Ils avaient posé leurs valises et étaient partis se promener sur le port de Saint-Martin. Le soleil se couchait au loin reflétant ses couleurs rougeâtres dans les flots, où les bateaux de pêches s’étaient posés tranquillement. Dans les rues pavées, on entendait leurs pas alertes. Leur langage si différent du cru résonnait dans les ruelles étroites.

Fatigués par le voyage, ils ont dû se réfugier dans leur chambre d’hôtel pour fermer les yeux et retrouver dans leurs rêves leur île natale et leurs familles.

Le lendemain matin ils ont descendu la rue de Sully, tous ensemble pour aller prendre un café sur le port. Et là… Ils n’en revenaient pas. « – Mais où est-elle passée ? – Ce n’est pas possible, elle n’est plus là ! – Ce n’est pas ça qu’ils appellent les marées ? – la mer a disparu ».

Et ces jeunes hommes de 20 à 30 ans, marchaient le long des bites d’amarrages, surpris, ébahis de ne plus voir l’océan. Au lieu des flots rougeoyants de la veille, il n’y avait que de la vase où quelques bateaux étaient posés. Ils n’avaient jamais rien vu de tels. Alors d’un pas décidé, sous l’oeil surpris et curieux de quelques passants qui partaient travailler, oubliant leurs cafés, ils sont allés chercher l’objet perdu ! La plupart de ces hommes ont épousé des autochtones, et si je vous raconte aujourd’hui, cette histoire, c’est en leur honneur. Ils étaient 20, ils ne sont plus, mais loin de leur île, sur une autre île, ils ont trouvé le travail et l’amour.

C’est avec un sourire, le coeur battant de tendresse que je me remémore ce récit de mon géniteur, éducateur, premier homme de ma vie. Je le revois, racontant avec son accent charmeur, ses gestes à la Pagnol, son regard pétillant. Et oui… Vingt corses devenus rétais, avec un océan qui s’en va et qui revient.

Nicole Renaudin

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