Environnement

Rencontre

Lionel Quillet interrogé par les associations environnementales au sujet de l’éolien off-shore

© Nathalie Vauchez - Les associations environnementales, représentées par de gauche à droite Jean-Roch Meslin (Ré Nature Environnement), Gérard Frigaux (Nature Environnement 17) et Dominique Chevillon (LPO) entourés de Gisèle Vergnon et Lionel Quillet
Publié le 11/06/2021

Le président de la CdC, Lionel Quillet, et la vice-Présidente déléguée à l’environnement, Gisèle Vergnon, également directrice générale de Destination Île de Ré, ont été sollicités par Nature Environnement 17, Ré Nature Environnement et la LPO pour donner leur position quant au projet de parc éolien marin au large de nos côtes charentaises-maritime. Ré à la Hune a pu assister à cet entretien

Gérard Frigaux, président de Nature Environnement 17, Jean-Roch Meslin, membre de Ré Nature Environnement et Dominique Chevillon, vice-président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) les ont ainsi interrogés, rappelant que le Conseil Maritime de la Façade Sud- Atlantique a dans son compte-rendu du 14 décembre 2020 confirmé la nouvelle configuration du parc éolien, qui s’étendrait du sud-ouest d’Oléron aux Sables d’Olonne, annonce également confirmée par la Préfète de Région Nouvelle-Aquitaine, le Préfet maritime et la DREAL (lire nos précédentes éditions).

Lionel Quillet : « Ce qu’il est fondamental de comprendre au sujet d’un tel projet est que quand on discute éolien au Département avec les opérateurs industriels on n’a aucune maîtrise de l’implantation et du nombre d’éoliennes. On est parti de 100 éoliennes terrestres, puis 110 et on a aujourd’hui plus de 200 éoliennes en instruction, qui porteraient le nombre total d’éoliennes terrestres en Charente- Maritime à 430. Voyant qu’on allait être totalement débordés, Dominique Bussereau a créé le 26 octobre 2018 l’Observatoire de l’éolien dont il m’a confié la présidence. Afin d’avoir le temps de travailler au mieux, nous avons fait voter – à une large majorité de 35 voix sur 54 – un moratoire sur le terrestre éolien en mars 2019 et avons décidé d’élaborer un Schéma de Développement Durable, que j’ai remis au président à la fin mai 2021.

« Lorsque l’on crée des éoliennes on crée de facto un potentiel infini de développement éolien »

Mon expérience de trois années sur le sujet des éoliennes m’a fait parfaitement comprendre, notamment quand on est allé au Sénat (NDLR : Lionel Quillet est rapporteur auprès du Sénat pour l’ADF – l’Assemblée des Départements de France) en présence de producteurs éoliens, de représentants de l’Etat, que le débat n’est pas dans les arguments et contre-arguments scientifiques, dont on ne sort pas, mais dans le fait que lorsque l’on crée des éoliennes on crée de facto une zone réservée aux éoliennes. Même si les autorisations sont longues à venir, rien n’arrêtera les projets, ni le Maire, ni le Département, ni la Région puisqu’il n’y a plus de possibilité contentieuse au Tribunal Administratif, mais seulement directement en Cour d’Appel, on n’a jamais vu une facilité aussi déconcertante.

Avec les éoliennes, on ne définit jamais un projet. A partir de trois éoliennes autorisées au départ on se retrouve à l’arrivée avec un champ industriel d’éoliennes. Le danger du projet de parc éolien off-shore repose sur ce postulat de base. Des Maires se retrouvent avec un village cerné de toutes parts par des éoliennes, les gens ont un impact visuel énorme devant leur maison, sur leur territoire, j’ai reçu 80 Maires de Charente-Maritime tous inquiets. L’impact est paysager mais aussi sur la vie quotidienne, les habitants ne vivent plus sur le même territoire.

Concernant l’éolien off-shore, le projet initial présenté au Département en 2015 comportait 30 éoliennes sur 60 km2 au large d’Oléron. Les élus oléronais se sont déclarés très clairement intéressés. Puis silence radio. Puis des bureaux d’études – et non les industriels – sont revenus vers nous non plus avec un projet localisé et bien défini mais avec un potentiel de développement d’éoliennes en mer, visant à résoudre les difficultés de plus en plus grandes rencontrées par l’éolien terrestre, en termes d’acceptabilité. Nos quatre départements d’ex Poitou-Charentes représentent 80 à 90 % des éoliennes implantées en Nouvelle-Aquitaine et, avec 400 éoliennes, la Charente-Maritime est particulièrement concernée.

« Le projet est d’emblée positionné au niveau national »

Le Préfet de Charente-Maritime a mis la pression à la CdC de l’île de Ré, il y a quelques semaines. RTE, qui présente le projet, le positionne tout de suite à un niveau national, le débat public sera fondamental dans ce projet d’une très grande ampleur, l’un des plus grands voire le plus grand parc éolien off-shore d’Europe. On ne nous donne jamais de nombre indicatif d’éoliennes, RTE raisonne en Mégawatts et en Gigawatts, il y a déjà deux raccordements prévus, l’un qui passera via la Presqu’île d’Arvert, l’autre au raz de l’île de Ré, au niveau du Phare de Chauveau, du Grand Port Maritime et ira jusqu’à Châtelaillon-Plage.

Ce projet pose trois problèmes majeurs. Nous ne sommes plus du tout dans le projet de départ. Son positionnement géographique de Cordouan au Sud- Vendée nous enferme entre un espace industriel à l’ouest et le Grand Port Maritime. Le projet se fait au détriment des îles, des estuaires nourriciers, du Parc Naturel Marin. Enfin, l’implantation, la gestion, l’entretien, le renouvellement des centaines d’éoliennes – à la durée de vie limitée à 15 ou 20 ans maximum du fait de la corrosion – feront qu’on sera dans un chantier permanent.

A chaque fois qu’on nous avance les arguments de l’argent et de l’emploi c’est que le projet est dangereux pour l’environnement. On est donc passés d’un « Oui, mais… » de départ à un « Non, mais… », le « mais » renvoyant à la nécessité d’un débat public, et à la connaissance des moyens mis en oeuvre pour faire aboutir ce projet. C’est d’une grande maladresse d’interroger les Maires avant même que le Débat public n’ait commencé. Au Département, ce sujet dépasse les clivages politiques, le développement des éoliennes fait disparaître la ruralité. Il ne respecte pas les protections Natura 2000, les directives oiseaux et mammifères marins… »

Gérard Frigaux et Dominique Chevillon ont rappelé les nombreux impacts d’un tel projet (lire les lettres du collectif NEMO publiées intégralement sur nos précédents numéros de Ré à la Hune et sur www.realahune.fr) Ils ont interpellé Lionel Quillet et Gisèle Vergnon : Êtes-vous pour l’énergie durable éolienne ?

« Nous voulons comprendre ce qu’il se passe », ont répondu les deux élus, « nous ne sommes pas contre le principe de l’éolien, mais contre des champs industriels d’éoliennes et nous souhaitons un vrai débat. Le problème est que les pro-éoliens fustigent systématiquement ceux qui s’interrogent sur l’opportunité d’un tel projet, allant jusqu’à les accuser d’être des « pro-nucléaire ». Et que le débat est très politisé, le rendant encore plus compliqué. Une association comme Ré-Avenir, présidée par une déléguée de LREM, est en service commandé et tente d’influencer le débat. »

« Un débat qui risque d’être biaisé »

« Le débat cet été risque fort d’être biaisé, si sur les plages et les marchés on ne parle pas aux gens de parc industriel, ni du fond du projet, mais en leur demandant juste s’ils sont pour l’éolien. Tout le monde est pour l’éolien au départ, mais pas devant chez soi et pas à tel niveau de gigantisme. Les personnes interrogées, venant d’ailleurs, ne seront pas concernées au premier chef par ce projet au large de nos côtes. J’ai pu constater qu’on cherche à approcher les Maires un par un, j’ai demandé à ce que la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) rencontre les dix Maires ensemble, je n’ai pas eu de réponse » s’inquiète Gisèle Vergnon.

« L’exemple du solaire est frappant » renchérit Lionel Quillet, « nous avons ouvert les possibilités d’installations solaires dans le SCoT et le PLUi* afin de développer le solaire sur l’île de Ré, mais dans la pratique tous les projets sont retoqués au nom de leur impact visuel, du paysager ou encore du respect de l’Architecture rétaise. Nous avons lancé il y a trois ans un projet de ferme solaire d’un hectare, à mi-hauteur, avec du pâturage en dessous. Très rapidement les Services de l’Etat s’y sont opposés au nom de Natura 2000 et des sites classés ! Il y a deux poids et deux mesures et ce n’est pas acceptable » concluent le président et la vice-présidente de la CdC.

*Schéma de Cohérence Territorial et Plan Local d’Urbanisme intercommunal

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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