Environnement

Lettre ouverte N°10 du Collectif NEMO

Publié le 09/12/2021

L’INDUSTRIALISATION ÉOLIENNE DE LA MER ET DES PAYSAGES MARINS : une atteinte grave aux valeurs paysagères patrimoniales, artistiques, mémorielles, touristiques, culturelles de la Charente-Maritime

 

APRÈS LES LETTRES OUVERTES DU COLLECTIF NEMO : N° 1, INFORMANT NOS LECTEURS DU PROJET D’UNE « GRAPPE » DE PARCS ÉOLIENS OFFSHORE QUI S’ÉTALERAIENT LE LONG DE CÔTES OLÉRONAISES, RÉTAISES ET VENDÉENNES, JUSQU’AUX SABLES D’OLONNE ; N° 2, EXPLIQUANT EN QUOI CONSISTE UN PARC ÉOLIEN ; N° 3 PRÉSENTANT LES PHASES DE CONSTRUCTION, D’EXPLOITATION, PUIS DE DÉMANTÈLEMENT DES ÉOLIENNES ; N° 4 METTANT EN ÉVIDENCE « LES MANIPULATIONS DE L’ETAT » TOUT AU LONG DE L’ÉVOLUTION DE CE PROJET, PUIS L’INTERVIEW DU PROFESSEUR LAURENT BORDEREAUX SUR LES ENJEUX JURIDIQUES DU PARC ÉOLIEN OFF-SHORE, SUIVIES DE LA LETTRE NEMO N° 5 : « VERS LA DESTRUCTION D’UNE ZONE CÔTIÈRE ET MARINE RECONNUE UNIQUE EN EUROPE » PUIS DE LA LETTRE N° 6 : « PARCS ÉOLIENS : QUELLE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ ? », LA LETTRE N° 7 : « LA PÊCHE MENACÉE DE DISPARITION PAR L’ÉOLIEN INDUSTRIEL MARIN D’OLÉRON », LA LETTRE N°8 : « LAFRANCE ET L’ÉOLIEN : DROITS ET DÉMOCRATIE BAFOUÉS ? », ET LA LETTRE N° 9 : «RÉUNIONS «GRAND PUBLIC» DU DÉBAT PUBLIC : UN ÉCHEC TOTAL MALGRÉ LES RECOMMANDATIONS DE LA CNDP…», NOUS PUBLIONS CETTE LETTRE N° 10. LE COLLECTIF NEMO PRÉCISE QU’IL N’EST PAS OPPOSÉ PAR PRINCIPE AUX ÉNERGIES ÉOLIENNES, MAIS À CONDITION QUE LES PROJETS NE SOIENT PAS SITUÉS EN ZONE NATURA 2000 ET AIRES MARINES PROTÉGÉES.

 

Information sur un projet dévastateur de plusieurs parcs éoliens industriels dans le Parc Naturel Marin, au coeur d’une zone Natura 2000, du sud d’Oléron aux Sables d’Olonne.

La pétition contre les projets éoliens sur les côtes charentaises (www.change.org/ NonAuProjetEolienAuLargeD_Oleron) atteste du refus des citoyens d’accepter les conséquences environnementales et socio-économiques de ces projets. Elle confirme aussi leur profond attachement aux paysages marins encore vierges de toutes pollutions et nuisances visuelles. Une culture qui doit beaucoup à la beauté sauvage des lieux, côté mer, aux protections du Littoral, aux classements des paysages, sites et monuments à Ré, Oléron, Aix, La Rochelle, Royan, etc. A la promotion d’un tourisme Nature, riche de Réserves Naturelles, de 14 sites « les Échappées Nature » à découvrir en famille. Promus par les acteurs du territoire, élus, socio-professionnels ou simples résidents…Un patrimoine naturel aux paysages admirés de tous, atout original et originel de notre département. NEMO soulignant d’ailleurs que quelques dizaines d’emplois éoliens présumés pour le Grand Port rochelais ne compenseront jamais la perte de 10 % des 9 600 emplois de la filière pêche ou seulement 1 % des 14 à 15 000 emplois du tourisme !

1. L’AVIS SUR L’ÉOLIEN MARIN DE LA COMMISSION SUPÉRIEURE DES SITES, PERSPECTIVES, PAYSAGES (CSSPP)1

Morceaux choisis :

« Les paysages littoraux se caractérisent par un rapport unique entre un trait de côte fini et un horizon marin infini, une harmonie du mariage entre la terre et la mer. En s’imposant entre les deux, les éoliennes modifient radicalement la nature et la valeur de ces paysages maritimes, jusqu’alors non industrialisés. Visibles depuis la côte, nos eaux territoriales participent pleinement à la qualité de nos paysages terrestres côtiers. Les paysages marins et leur littoral, peints par les plus grands artistes tels Monet, Maufra, Moret, Gauguin, Turner, ont une valeur artistique, touristique, et mémorielle inestimable. »

« Le développement de l’éolien en mer a un impact important sur le paysage, en raison de la taille des éoliennes, de leur mouvement et de l’absence d’écrans végétaux ou de reliefs contrairement aux paysages terrestres qui les rendent visibles jusqu’à 70 km. Le clignotement des éoliennes, les effets de reflets sur l’eau entrainent une pollution visuelle et lumineuse notamment nocturne. »

En conclusion :

« La Commission estime que la transition énergétique ne doit pas conduire à porter gravement atteinte au littoral français dont la valeur paysagère, artistiques, mémorielle et touristique est au premier plan en Europe, sous peine de remettre en cause plus d’un siècle d’efforts constants de protection du littoral par l’Etat. »

2. LA SOCIÉTÉ POUR LA PROTECTION DES PAYSAGES ET DE L’ESTHÉTIQUE DE LA FRANCE (SPPEF) DANS SA REVUE SITES ET MONUMENTS2 SUR L’ÉOLIEN

  • Son sentiment :

Fondée en 1901 et d’utilité publique, la SPPEF a un objet social, dit son Président Julien Lacaze, « qui nous place, que nous le voulions ou non, dans une position de résistance sur de nombreux fronts. Les paysages déjà compromis par l’agriculture intensive et l’urbanisation, tendent malheureusement à devenir des zones industrielles d’énergies renouvelables. Comment agir face à cette déferlante et cette incurie ? Il faut médiatiser inlassablement les effets de notre politique énergétique sur les patrimoines. Le vandalisme qui en découle doit apparaitre au grand jour ».

  •  Sa contribution au débat public d’Oléron :

Pour la SPPEF, défenseur du patrimoine paysager, ce choix de localisation côtière n’est pas adapté. La vision de machines tournantes le jour et de lumières rouges clignotantes la nuit, détruit les paysages d’horizons marins constitutifs de notre patrimoine métropolitain, cet horizon appelé « le lieu du grand large et des espaces ouverts ». Cette identité à la fois réelle et qui nourrit notre imaginaire est mise à mal.

Paradoxe de la loi Littoral qui encadre l’aménagement de la côte pour la protéger des excès de la spéculation immobilière… qui laisse se construire des rangées d’éoliennes en visibilité de la côte.

L’association Site et Monument émet un avis négatif sur ce projet.

3. L’ÉCLAIRAGE TECHNIQUE DE NEMO SUR LES IMPACTS VISUELS DES PARCS ÉOLIENS INDUSTRIELS D’OLÉRON…

Quasiment aucun point du littoral n’évitera la vue des éoliennes. Les photomontages proposés par l’État (site eolien-en-mer-sud-atlantique. geophom.info) ne donnent pas l’impact visuel réel des parcs. Nous avons plusieurs critiques :

3.1. Sur la trop faible définition des images proposées sur le site ci-dessus : avec seulement 7390 pixels pour couvrir un angle de vue de 180° (soit 41 pixels par degré), l’espace concerné par les éoliennes est représenté par très peu de pixels. De ce fait, les éoliennes ajoutées aux photomontages sont intrinsèquement floues.

3.2. Sur l’introduction d’une visibilité atmosphérique limitée pour beaucoup de ces montages. Elle n’a pas grand sens pour l’observateur qui verra parfaitement les éoliennes par temps clair, et moins dans le brouillard. C’est l’impact visuel par beau temps qui sera retenu par le citoyen.

3.3. Sur la perception de la visibilité des éoliennes sur écran : les préconisations de l’Etat pour regarder ces photomontages peuvent paraitre complexes à mettre en oeuvre pour les citoyens. On constate sur des exemples que les mâts ne sont représentés au mieux que par un flou de 2 à 3 pixels ce qui réduit leur perception. Dans la réalité, l’oeil humain et son processeur, le cerveau, agrandit virtuellement l’objet qu’il fixe pour en augmenter la perception. Ce « zoom » utilise en fait les images captées par la fovéa, petite zone à forte résolution de l’oeil dont l’angle de vue n’est que de 3 à 5 degrés.

3.4. Sur notre acuité visuelle : un oeil parfait à 10/10es est capable de distinguer 2 objets bien contrastés séparés par un angle d’une seconde d’arc. Cet oeil est capable de distinguer un mât d’une dizaine mètres de diamètre à plus de 30 km. De plus la perception des parcs éoliens est amplifiée par l’accumulation d’éoliennes (70 ou 140 sur quelques dizaines de degrés), leur mouvement permanent et, la nuit, par leur guirlande de feux clignotants. NEMO a demandé semaine 47 à l’Etat de fournir les photomontages originaux dont la définition est 4 à 5 fois meilleure que celle mise à disposition aujourd’hui afin de mieux étayer notre évaluation de l’impact visuel des parcs éoliens en projet.

4. CE QUE VOUS VERREZ DE LA CÔTE : QUELQUES SIMULATIONS SUR LES 2 PREMIERS PARCS À PARTIR DE L’EMPLACEMENT DES PARCS SUR LA CARTE DE L’ÉTAT

Les visuels en page suivante sont ceux proposés sur le site référencé par l’Etat après application des remarques formulées dans le paragraphe 3.

 

1 Séance du 16 juin 2021 – Cet avis est intégré au rapport traitant des impacts du développement de l’énergie offshore en France sur la biodiversité, le patrimoine naturel et les paysages de juillet 2021 du Conseil National de Protection de la Nature( CNPN p 51 et 52)

2 N° 227 année 2020

Noter que les éoliennes sont tellement hautes qu’elles surplombent le relief de l’île d’Oléron, vues depuis Sainte- Marie-de-Ré et de la tour Saint- Nicolas de La Rochelle.

 

Le Collectif NEMO

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Vos réactions

  • Chantal Bourry
    Publié le 10 décembre 2021

    Bonjour,
    Il est consternant que Ré à la Hune fasse la propagande des anti-éoliens, publiant chaque lettre du collectif d’opposition NEMO et montant la population contre les éoliennes.
    Des champs ont remplacé prairies et forêts pour assurer notre alimentation, routes et ponts facilitent la circulation, maisons et autres bâtiments nous servent de lieux d’habitation et de travail.
    Des éoliennes peuvent avantageusement assurer notre production électrique. Elles utilisent le vent, énergie gratuite (tandis que nous importons l’uranium pour les centrales nucléaires), et particulièrement abondante aux alentours des îles de Ré et d’Oléron. Elles sont en grande partie recyclables, et les déchets restant sont inertes (tandis que les réacteurs génèrent des déchets hautement radioactifs). Elles peuvent être placées de sorte de ne pas gêner les pêcheurs, et fonctionner de sorte de ne pas impacter la faune volante.
    Comme on aime distinguer un phare au large, on pourra apercevoir au loin, par temps clair, quelques mâts d’éoliennes, en regardant bien. Et être fiers de ces machines productrices d’électricité renouvelable.

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  • Mjg
    Publié le 14 décembre 2021

    Après des dizaines d’années de laxisme sur l’agriculture intensive profondément toxique et la pollution immobilière hideuse, ces sortes de grands oiseaux blancs ne méritent pas cet acharnement à les dénigrer au prétexte de leur atteinte à l’esthétique paysagère. Qu’il faille contrôler leur localisation et leur extension exponentielle, certes, mais leur existence, non, ce n’est pas possible.

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  • CS
    Publié le 19 décembre 2021

    Bonjour,
    Il est clair que votre journal a pris le parti d’un NON sans appel aux projets de parcs éoliens offshore en Charente Maritime .
    Mais votre publication N°234 me laisse perplexe , et je suis saisie de doutes .
    Savez-vous , je pense que oui , que ces photomontages n’ont de sens que si elles sont examinées dans leur intégralité , au format d’origine , à la même échelle , et avec le même angle de vue de 50° ?
    Cela ne semble pas le cas dans la lettre ouverte que vous publiez .
    Car si l’on examine les photomontages sur le site de la CNDP et sur l’exemplaire papier mis à disposition lors des réunions , on ne voit pas vraiment la même chose que sur votre journal …
    Bien sûr , chaque partie dans un débat a des angles de vue différents , mais pour les photomontages , les angles de vue photographiques devraient être les mêmes ?
    Merci de nous rassurer .
    Vive la démocratie.

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  • IV
    Publié le 22 décembre 2021

    Les photomontages parus dans le dernier numéro de « Ré à la Hune » sont un détournement des photomontages publiés sur le site de la CNDP.
    Lettre ouverte N°10 du Collectif NEMO – Ré à la Hune (realahune.fr)

    Les montages de la CNDP sont basés sur un angle de vision de 50° qui est l’angle normal pour un humain.
    Némo a choisi un angle de 16° environ pour focaliser la vision juste sur les champs d’éolienne. Ils ont donc pris les montages du site et ont zoomé jusqu’à obtenir environ 16° de champ de vision.
    Pour avoir un angle de 50° comme recommandé, le zoom de l’écran doit être sur 67% (au moins sur mon écran), par contre pour avoir un angle de 16% il faut le mettre sur 200% (sur mon écran), soit 3 fois plus environ.
    C’est comme si on regardait le champ éolien avec des jumelles qui grossissent 3 fois.
    Pour la pointe de Grignon, comme on ne voyait pas assez les éoliennes, Nemo a zoomé à 250 % pour un angle de 14% : jumelle à grossissement 3,73.
    Conclusion : avec des jumelles on voit mieux et donc Némo présente le champ éolien vu à travers des jumelles pour faire amplifier l’effet visuel

    Cette falsification grossière de la vérité montre bien la réserve avec laquelle il faut prendre les informations publiées par ce collectif depuis 6 mois

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  • Mamyjo
    Publié le 26 décembre 2021

    C’est hallucinant la vue de c’est horreurs qui ne produisent rien !!! Coûtent très cher et ne sont pas recyclables !!! Elle est pas belle leur promesse d’ecologie

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  • kasoar
    Publié le 12 janvier 2022

    je tiens a apporter ma contribution pour un NON face au projet économiquement, environnementalement, socialement, sociétablement absurde et gouverné par des idéologues sans aucune connaissance scientifique.
    Dépenses démentielles
    Zéro emploi créés
    Destruction du paysage
    Amputation de l’activité de pêche
    Dégradation visuelle
    Bilan Carbonne très mauvais
    Profits d’exploitation à destination de structures financières étrangères.

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  • Karine
    Publié le 5 février 2022

    Hello, Savez vous que ces éoliennes doivent être entretenues donc nettoyées très régulièrement avec des produits hautement nocifs qui sont des poisons pour les poissons les algues bref la faune et la flore ????
    Il n y a pas que l aspect esthétique à considérer loin de là !
    La mer est habitée d êtres vivants comme on le sait…. Non ????

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  • bob
    Publié le 30 avril 2022

    Sérieusement, avec ça il n’y a plus une vague qui passe. C’est vrai que le surf paraît un peu dérisoire face à l’enjeu énergétique mais bon, on ne viendra plus dépenser nos sous chez vous si on ne peut plus surfer. Vous pensez vraiment qu’on est trop peu nombreux pour avoir un impact économique?

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