Culture

Salon du livre de l'île de Ré 2016

L'écrivain Camille Laurens sera au salon L'îlle aux Livres 2016 au Bois-Plage

L’Île aux Livres, des auteurs d’ici et d’ailleurs

Camille Laurens remet les hommes et la dictature du jeunisme en place
Publié le 02/08/2016

Pour la 10ème année, l’incontournable salon du livre de l’île de Ré, dont Ré à la Hune est partenaire depuis ses débuts, offrira les 5, 6 et 7 août prochain de multiples opportunités d’échanges avec les auteurs, lors de dédicaces, débats, tables rondes et conférences. Comme dans notre précédent numéro, nous vous présentons trois auteurs et ouvrages sélectionnés parmi la centaine qui seront présents.

 

Camille Laurens : Celle que vous croyez

Un réquisitoire très remonté

C’est l’histoire de Claire, quarante-huit ans, qui afin d’espionner Jo, l’amant volage de 36 ans, se fabrique une identité virtuelle pour entrer en contact avec son colocataire. 12 ans de plus ou 12 ans de moins ? Ce sera 24 ! Facebook permet tous les anonymats ! Ni une ni deux, elle balance la photo d’une jolie brune (sa nièce Katia) de la moitié de son âge et parvient à devenir super « friend » avec Christophe, le pote photographe qui répond au doux pseudo de KissChriss sur la toile.

La relation se noue, crée des noeuds indémêlables entre tricherie et mensonge, et la mère de deux ados, divorcée, en recherche d’émotions disparues va déraper, jusqu’à ne laisser aucun des personnages de ce thriller psychologique indemne.

Comme dans Marivaux, Claire croit tenir les ficelles d’un jeu de l’amour aux multiples rebondissements. Un jeu qui va se révéler très dangereux car vient toujours le moment où la marquise de Merteuil doit retrouver sa blondeur et son âge.

Entendue par son psy à l’hôpital où elle est incarcérée, l’héroïne malgré un traitement thérapeutique lourd ne perd rien de sa verve et (porte-parole dont la folie autorise tout les excès) livre un plaidoyer contre la dictature de l’âge qui cantonne les femmes au rôle de spectatrices bienveillantes passé la cinquantaine.

Une réflexion sur la relation que nous entretenons avec l’image

« Mais dites-moi, pourquoi une femme devrait-elle, passé quarante-cinq ans, se retirer progressivement du monde vivant, s’arracher du corps l’épine du désir ?…alors que les hommes refont leur vie, refont des enfants, refont le monde jusqu’à leur mort ? Cette injustice nous dévore très tôt, bien avant d’en avoir l’expérience nous en avons l’intuition ».

Au delà de l’intrigue amoureuse, avec ce roman rythmé, vrai au point d’être parfois cru, voire cruel, Camille Laurens (qui d’ailleurs s’appelle en réalité Laurence Ruel !) nous interroge sur notre rapport à l’image, à l’écran et aux réseaux sociaux qui permettent d’avancer masqué.

Dans une société qui a érigé le jeunisme en religion, travesti les fausses confidences en promesses, comment redonner du sens à la relation, en marge de la dictature des nouveaux codes sociaux ?

Entre fiction et réalité, l’auteur (qui a fait face aux assignations en justice pour atteinte à la vie privée de son ex mari débouté) est rompue à l’exercice. Évoquant les problèmes juridiques que poseraient trop de personnages « authentiques », Camille Laurens prend la voix de Claire Millecam (Camille… Calmant… l’auteur joue de tout avec son pseudo qu’elle entremêle à son héroïne dans un presque anagramme), pour brouiller un peu plus les pistes.

Entre faux-semblants et reflets du miroir, on balance sous la plume incisive d’une femme qui se sent vivante dans le désir.

Marie-Victoire Vergnaud

 

« Celle que vous croyez »,

de Camille Laurens, éd. Gallimard

192 pages, 17,50 euros.

 

Qu’est-o qu’tu m’chantes

Une présentation collective et en chansons du livre du CRICRI

Mercredi 27 juillet, dans le jardin enchanteur du musée Ernest Cognacq, Michel Fruchard, président du COREPOR* et le groupe des bénévoles du CRICRI** ont présenté et dédicacé Qu’est-o qu’te m’chantes ?, leur recueil des plus belles chansons rétaises en patois et traduit en français.

Ce livre n’aurait pas vu le jour, a expliqué Michel Fruchard aux visiteurs réunis sur les pelouses, sans le concours de l’association des amis du Musée dont le collectif fait partie depuis 2009.

Un Travail d’entraide

« C’est une oeuvre commune et de longue haleine » a-t-il avoué avec le sourire, « car ce recueil de chansons nous a pris sept années pour aboutir ».

En effet, les bénévoles du Cricri ont fait un travail de recherches immense de tous textes, en français ou en patois, qui pouvaient avoir trait à l’île de Ré, à condition qu’ils soient en rapport avec l’oralité. C’est chez les habitants qu’ils sont allés fouiller, dans les fonds de placards, les vieux journaux, dans des livrets de chants plus ou moins bien conservés, qu’ils ont déniché les précieux morceaux. La récolte fut abondante : 30 chansons et 7 comptines patois, 58 chansons en français, 25 monologues ou poésies en patois et 85 monologues en français.

La deuxième partie du travail, certainement pas la plus facile, fut la transcription écrite d’un patois oral. On dit qu’il y a autant d’orthographes que d’auteurs dans les parlers locaux, sans compter les différentes interprétations possibles d’un même terme, les variantes, les références locales etc…

C’est pour cela que le Cricri a augmenté son ouvrage d’un CD qui nous transmet directement l’oralité d’un patois que pratiquement plus aucun Rétais, même s’il lui en reste des souvenirs, n’utilise.

Chaque chanson est déclinée en trois volets : en patois, en français et en musique, bien souvent sur des airs connus de l’époque. Les illustrations, qui traduisent souvent le sentiment d’auto dérision du paysan rétais transplanté en territoire inconnu, c’est à dire su’l’ continent, sont signées « d’un certain Lafruche » qui ne manque pas d’humour !

Puisque le public s’était rassemblé ce soir-là autour du thème des chansons rétaises, les chanteurs se sont exécutés, on a entendu « le tube » d’Edmond Héraudeau : Célina, ou l’Aéropiane, d’après Goulebenéze sur l’air de la tonkinoise, et encore Le chant du coq, un témoignage du XVème siècle, époque à laquelle, si l’on en croit les paroles, les combats de coqs faisaient oublier, aux Rétais comme aux Anglais, l’idée de se battre, il fut interprété par Françoise Fruchard qui a fait la prouesse, faute d’indication, d’en composer la musique sous forme d’un lai du moyen âge.

A l’issue du récital et des dédicaces, les éditions Bordessoules offraient un pot amical fait d’pineau pour sceller la mémoire do Rétas, « car o l’est li qui charme les drôlesses : le pineau, le pineau »

Véronique Hugerot

 

*Collectif pour le Recueil du Patrimoine Oral Rétais

**Comité pour le Recueil et l’Inventaire des Chansons Rétaises Introuvables

 

Michel Fruchard, président du COREPOR* et le groupe des bénévoles du CRICRI ont présenté et dédicacé Qu’est-o qu’te m’chantes ?, leur recueil des plus belles chansons rétaises en patois. Ils seront au salon L'île aux Livres

 

Qu’est-o qu’te m’chantes ?

Les plus belles chansons rétaises, 2016 aux Nouvelles éditions Bordessoulles.

A lire également : les Portes et le ressac du temps, autoportrait d’un village rétais : collectif sous la direction de Michel Fruchard

 

Voir le précédent article consacré à L’Île aux Livres et le programme Voir le bilan de l’édition 2016

 

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