Patrimoine

Cimetière de la Flotte

L’histoire de La Flotte à travers son cimetière

Simon-Pierre Berthomès expliquant les nombreux symboles apposés sur les tombes lors de la visite du cimetière de La Flotte dans le cadre des Journées du Patrimoine.
Publié le 13/10/2020

Vingt-deux personnes ont répondu présent à la proposition du Musée du Platin de visiter le cimetière de La Flotte en compagnie de Simon-Pierre Berthomès. Une visite érudite qui a intéressé le public

Simon-Pierre Berthomès a en projet d’éditer un livre sur le cimetière de La Flotte pour faire partager au public la documentation qu’il a rassemblée au fil des années et dont il nous a donné un avant-goût le 19 septembre. La Flotte occupait une place importante dans l’île, nous l’apprenons grâce aux sépultures découvertes dans la nécropole du Puits Lizet. Les lieux évoluant, notamment en raison de l’assèchement des marais, le cimetière moderne s’est créé à côté de l’agglomération. Les premiers registres de l’État-Civil indiquent que le cimetière catholique(1) servait déjà de lieu de sépulture en 1620.

François 1er avait édicté une loi en 1539 dont le décret d’application n’interviendra que soixante-dix ans plus tard (!) repoussant les cimetières à l’extérieur des communes pour des raisons de salubrité et d’hygiène. Des améliorations intervinrent grâce à des arrêtés du Parlement assurant « plus d’ordre, de décence et d’hygiène dans les cimetières » ainsi que l’explique Baptiste Bernard, ancien secrétaire de mairie à La Flotte et auteur d’une intéressante monographie sur la commune. C’est en 1842 que furent établies les premières concessions au cimetière de La Flotte et, en 1884, un plan des lieux et des concessions existantes fut dressé. Ces améliorations changèrent totalement l’aspect du cimetière et, entre autres, les tombes des pauvres ne furent plus séparées de celles des riches !

Tombe de la famille Favreau-Bidaud

Des tombes qui racontent l’histoire de la commune

Le cimetière initial, correspondant à une première acquisition de terrain vers 1620, fut agrandi une première fois en 1894 et puis en 1965. 1992 vit l’installation du Columbarium et du Jardin du Souvenir. On découvre dans ce cimetière trois types de monuments : des pierres tombales, des stèles ou des chapelles, les plus ouvragées appartenant aux familles aisées. Ces tombes à la forte symbolique chrétienne racontent l’histoire des familles de la commune, de leurs activités principales, des liens qui les unissaient à leurs épouses et à leurs enfants.

La première tombe qui attire le regard n’est pas la plus ancienne puisqu’il s’agit de celle de Jean-Pierre Corset, artiste plasticien décédé en 2015. Elle est recouverte de cailloux en forme de coeur, ramassés sur les plages et peints en rouge par ses petits-enfants qui viennent régulièrement les déposer. Un peu plus loin, deux pierres tombales côte à côte, appartenant à la famille Remigereau, famille de viticulteurs, nous remémore la crise du phylloxera dans l’île. Rappelons que le phylloxera n’aime pas les sols sablonneux. Les vignes plantées dans les sables résistèrent et les Rétais l’ayant constaté consacrèrent au vignoble des terres qui n’avaient aucune valeur avant la crise mais vont en prendre. Par ailleurs, la demande en vin est telle sur le continent que leurs ventes s’envolent. On assiste à l’émergence de fortunes locales qui s’accompagnent de la construction de grandes et belles maisons « les maisons du phylloxéra » associées dans l’éternité à d’imposantes tombes sculptées.

À quelques pas, la tombe de la famille Bede avec son ancre sculptée et son aussière brisée indique qu’il s’agissait de gens de mer. Tombe maçonnique, celle de la famille Favreau-Bidaud, est un bel édifice avec une colonne très travaillée comportant un sablier et une faux en son milieu et un serpent qui se mord la queue pour former le rond parfait de l’éternité. C’est la sépulture d’un tailleur de pierre appartenant à la loge « Fraternité Universelle ». Il y a plusieurs autres tombes maçonniques dans le cimetière dont celle d’un monsieur Cuvin sur laquelle on aperçoit le triangle maçonnique, les rayons lumineux et l’oeil du Grand Créateur.

Les idées, comme les marchandises, circulent. Le port de La Flotte, ainsi que les deux autres ports rétais d’Ars et de Saint-Martin ont favorisé la pénétration des idées nouvelles et d’une franc-maçonnerie qui arrivait de Londres via La Rochelle. À un autre endroit du cimetière, on trouve un bonnet phrygien sur une stèle. Dans le domaine des corporations, la concession avec trois tombes parallèles, dont la première à gauche, celle de Paul Sejourni, comporte un compas, une équerre et une coquille Saint-Jacques et d’autres symboles indiquant qu’il était charpentier de moulin.

Les trois tombes de la famille Sejourni

Il ne s’agit ici que de quelques exemples. Le cimetière en comporte d’autres qu’il serait difficile de tous énumérer, mais c’est avec impatience que nous attendons la parution de l’ouvrage de Pierre-Simon Berthomès recensant les sépultures remarquables de ce lieu.

(1) N’ayant pu être enterrés pendant de longues années dans un cimetière catholique, les protestants s’organisèrent. Étienne-Laurent Dechézeaux, négociant et consul des Pays-Bas, fut exceptionnellement autorisé, sous Louis XVI, à acquérir un jardin pour en faire un lieu de sépulture. Il existe donc également à La Flotte un cimetière protestant.

Catherine Bréjat

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