Nature

Préservation de la Faune et de la Flore

Les Evières : à la recherche du Pipit Rousseline

Elu ou pas, pour apercevoir le Pipit Rousseline, il faut de la patience
Publié le 27/04/2021

Dans le petit matin froid et ensoleillé, la lumière tombant sur la vaste clairière est magnifique. Dûment équipés, les écogardes tentent de repérer le Pipit Rousseline

Le Pipit Rousseline n’en a cure mais ce matin, il monopolise l’attention. Au rendez-vous de l’opération de suivi des oiseaux nicheurs le Président de la CdC, Lionel Quillet, et le Maire du Bois- Plage, Gérard Juin, accompagné du garde-champêtre de la commune fraîchement arrivé, Anaïs Barbarin, Directrice Adjointe du Pôle Environnement, Adeline Florance, Responsable de la communication et la presse. Une occasion aussi de faire le point sur le plan de gestion de la globalité du site des Evières.

« Un acte fondateur de protection »

C’est ainsi que Lionel Quillet définit la politique engagée : « Le premier acte de préemption avec rachat systématique des terrains à hauteur de 65% autour des Evières ». Des acquisitions faites par le Département, celui-ci en déléguant la gestion au Conservatoire du Littoral qui en reste l’acteur principal bien que l’on soit ici en secteur ‘terrestre’. « Une configuration particulière aux Evières », explique le Président de la CdC qui voit dans cet acte de défense « l’action la plus forte et la plus entière ».

Patrimonial, le site des Evières l’est au même titre que Lilleau des Niges et l’Écomusée du Marais Salant, territoires préemptés, gérés soit par le Conservatoire du Littoral soit par des associations. « Accord dans l’accord », précise Lionel Quillet, « les bâtiments très anciens présents sur les sites sont pris en charge par la CdC ».

Le 1er plan de gestion de l’Ile de Ré*

Les 705 hectares des Evières (mixte de parcelles publiques et privées) sont l’objet d’un plan de gestion ambitieux autour de trois enjeux : la conservation des habitats naturels et des espèces protégées, la valorisation de ses espaces naturels et l’amélioration des connaissances. « Beaucoup de choses peuvent être faites sur ce site extraordinaire et emblématique, au coeur du massif forestier du Bois-Plage », explique Lionel Quillet. « L’enjeu est ici à la fois naturaliste et économique ». Ainsi des conventions en location agricole « sont systématiquement passées quand c’est possible ». Une stratégie qui a du sens pour accompagner « la mutation agricole évidente et qui se prépare », conclut le Président de la CdC.

Gérard Juin est satisfait des actions engagées, celle-ci correspondant à ce qu’il souhaite pour le Bois- Plage. « Plusieurs actions ont été menées par la commune et il avait été envisagé d’entrer dans la gestion », explique-t-il. Rappelons que le Maire du Bois vient d’engager un garde-champêtre car « le secteur naturel du Bois doit être protégé ». Le but de Gérard Juin est clair : il souhaite « travailler avec la CdC pour gérer en bonne intelligence, de l’entretien à la surveillance en passant par le développement ».

Dix ans d’actions

Finalisé fin 2019, le plan de gestion des Evières déroulera ses actions jusqu’en 2029. « La première consiste à maintenir de grandes zones ouvertes », explique Anaïs Barbarin. Corollaire inévitable, il s’agit aussi d’éviter la prolifération de la forêt par des opérations de bûcheronnage. Donc de couper des arbres et voilà qui risque de provoquer des remous. Mais comme le précise Anaïs, c’est une question d’équilibre et il est infiniment subtil et complexe. Alors bien sûr, rien à voir avec les abattages d’arbres hasardeux que l’on peut hélas parfois constater.

Également au programme, un travail sur des vergers, récupérer des arbres fruitiers favorisant le développement de certaines espèces, et déterminer des axes permettant une découverte du site aux promeneurs. « Nous devons réfléchir à peut-être fermer certains sentiers pour les laisser à la forêt et en ouvrir d’autres pour mieux encadrer les visites », explique Anaïs Barbarin. Là aussi il s’agit d’équilibre, la présence humaine pouvant amener son lot de nuisances. Enfin, tout ce travail permettra évidemment d’élargir la connaissance naturaliste du site. Voilà qui nous ramène à notre visite.

La nidification des oiseaux

C’est en ce moment que cela se passe. Pour la suivre, des points précis ont été déterminés en vue de mener des écoutes de 10mn par points deux fois par an. En charge de cette mission, les écogardes sont en lien étroit avec la LPO. Sont particulièrement ciblées les espèces prairiales et patrimoniales, tel le fameux Pipit Rousseline mais aussi l’Alouette des champs, le Petit Duc et des rapaces comme l’Autour des Palombes. « En fonction de ce que l’on voit et entend, cela donne un code sur la reproduction », expliquent les écogardes. Après un premier passage en avril, ils reviendront en juin pour un état des lieux. Il s’agit d’évaluer l’évolution de la population en cohérence avec d’autres espèces mais aussi de mesurer l’impact des actions de gestion entreprises.

Et bien sûr, quand d’autres missions les mènent sur le site, les écogardes en profitent pour noter tout ce qu’ils entendent et voient. De précieuses informations qui viendront nourrir un précieux recueil de données.

Le Pipit Rousseline se laissera entrevoir fugitivement par le bout de la lorgnette. Petit oiseau beige se confondant avec le sol de la clairière, son origine est méditerranéenne et son habitat spécifique. Oiseau de prairie nichant au sol, il se plaît sur l’Atlantique exclusivement en milieu dunaire. Sa présence sur la pelouse sableuse de la clairière est une bonne nouvelle car il est le thermomètre de la biodiversité sur les Evières, expliquent les écogardes sans omettre de nous signaler simultanément le chant nuptial d’un rouge-gorge tout proche. Mais pour la photo du Pipit Rousseline, on repassera…

*Lire sur realahune.fr notre article très complet paru en mars 2020 : “Un plan de gestion ambitieux pour restaurer et valoriser Les Evières”

Pauline Leriche Rouard

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