Patrimoine

Histoire protestante - Ile de Ré

Les dramatiques conséquences de la révocation de l’Édit de Nantes

Le port de St Martin vu au-dessus du grand Balay, tirage sur papier d’une gravure sur cuivre, de Lomet et Le Gouaz en 1786 - (Coll. Musée Ernest Cognacq – Ville de Saint-Martin-de-Ré).
Publié le 17/07/2018

Le 13 avril 1598, Henri IV, en avance sur son temps, imposait non sans mal aux Français, l’Édit de Nantes. Moins d’un siècle plus tard, le 17 octobre 1685, l’Édit de Fontainebleau révoquait celui de Nantes. Les conséquences humaines et économiques furent dramatiques.

Lorsqu’Henri IV promulgue l’Édit de Nantes, la division religieuse de l’État est une notion d’avant-garde, difficilement envisageable dans cette Europe du tout début du XVIIe siècle et restant synonyme de décadence. La question qui se pose, dans une France loin d’être homogène en 1598, est de savoir si la tolérance en matière de religion est compatible avec l’unité nationale ?

Il semblerait que non. Le règne bienfaisant d’Henri IV n’a représenté qu’une courte parenthèse dans le conflit religieux qui n’a plus grand’ chose à voir avec la spiritualité. En revanche, le jeu des clans aristocratiques se battant pour obtenir les faveurs du roi et les avantages financiers qui l’accompagnent, ne saurait être minimisé. La politique de Louis XIV mènera à la révocation de l’Édit de Nantes par celui de Fontainebleau, en 1685, interdisant l’exercice du culte protestant. Les pasteurs ont pour obligation d’émigrer et les fidèles de se convertir. Ne pouvant plus ni vivre, ni travailler, nombreux sont les protestants qui, malgré l’interdiction royale, s’expatrient.

Les historiens s’accordent pour considérer que cette décision politique est l’une des plus grosses erreurs du règne de Louis XIV. Il est intéressant de remarquer que, dans une France où les catholiques applaudissent cette révocation, Vauban est le seul, dans un mémoire adressé à Louvois, alors ministre de la guerre, à en souligner les effets négatifs sur le plan économique, regrettant le départ d’une main d’oeuvre qualifiée ainsi que la fuite des capitaux.

Le pouvoir également conscient du problème économique que suscite cette émigration ne cède pas pour autant et met en place des mesures coercitives destinées à convaincre les protestants de se convertir. Parmi celles-ci, l’arrivée dans l’île de Ré des compagnies de dragons d’Asfeld, logées chez les protestants récalcitrants, fait merveille et donne lieu à des conversions massives ! « Dans le seul mois d’octobre 1685, remarque Marcel Delafosse, il y eut en effet au moins trois cent vingt-trois conversions à Saint-Martin et à la Flotte. » Cependant, ces conversions de façade furent, la plupart du temps, suivies d’un départ vers l’étranger.

Le Port de La Flotte, tirage sur papier d’une gravure sur cuivre, Le Gouaz 1787 - (Coll. Musée Ernest Cognacq – Ville de Saint-Martin-de-Ré).

Le Port de La Flotte, tirage sur papier
d’une gravure sur cuivre, Le Gouaz 1787
– (Coll. Musée Ernest Cognacq – Ville de
Saint-Martin-de-Ré).

Le Refuge

L’exode, qui s’étalera sur pratiquement un siècle et ruinera l’ouest de la France, touche durement l’île de Ré : les deux pasteurs s’embarquent pour les Provinces-Unies et les laïcs émigrent en masse pour la Hollande, la Grande-Bretagne et le nord de l’Europe. Les plus audacieux rejoignent l’Amérique du Nord où les Anglais promettent de grands avantages à ceux qui s’établiraient dans leurs colonies.

Ces départs ne se font pas aisément car le pouvoir tente de retenir les fugitifs en renforçant la surveillance des côtes et en inspectant les bateaux dans les ports ; lorsqu’ils sont découverts, les candidats à l’émigration sont emprisonnés sans aucun ménagement. Les protestants rétais réussissent néanmoins à quitter l’île. Bénéficiant de solides relations commerciales avec les pays protestants du nord, les négociants et les marins sont à même d’organiser leur évasion à bord des navires étrangers fréquentant quotidiennement leurs ports. Une partie des forces vives de l’île s’en va ainsi enrichir des pays étrangers qui sont heureux de les accueillir ainsi que leurs biens et leur savoir-faire.

Certains tentent de contrer la confiscation de leurs biens et donc de leur « mise en régie » en laissant un membre de leur famille sur place pour gérer leurs affaires. L’examen de cette régie permet d’identifier précisément dans l’île 203 réfugiés. Ce chiffre est en-dessous de la réalité car il ne tient compte ni de ceux qui réussissaient à aliéner leur domaine quand ils décidaient de partir, ni des commerçants possédant une fortune mobilière qui ne laissait pas de trace dans la liste de la régie, ni des pauvres qui n’avaient rien. Pierre Dez estime le nombre de réfugiés entre 1 000 et 1 500. Marcel Delafosse quant à lui évalue le nombre des réformés dans l’île à 3 000, qui « par des pertes dues tant aux départs qu’à des conversions venant de la lassitude passèrent à moins de 1 000 ». Un chiffre important de toute manière par rapport à une population qui à l’époque était de 16 500 habitants.

Ré : 1ère étape vers le Refuge

La persécution dura jusque tard dans le XVIIIe siècle. L’île offrait des côtes sauvages et moins bien surveillées que celles de La Rochelle qui de plus étaient fort inhospitalières. L’intense trafic des navires étrangers dans le port de La Flotte en fera une sorte « d’agence d’évasion », première étape vers le Refuge grâce à des commerçants protestants qui désiraient aider les émigrés à quitter le pays.

Les persécutions s’apaisèrent dans l’île plus tôt que sur le continent et curieusement certains candidats au départ, originaires du Poitou et de Saintonge, qui s’étaient installés provisoirement dans l’île s’y fixèrent définitivement. Ils contribuèrent à redonner à l’île un peu de son ancienne prospérité, lui évitant de connaître la ruine et la désolation comme certains lieux de la région.

Catherine Bréjat

 

Bibliographie :

Histoire protestante et de l’église réformée – Pierre Dez – Editions des Régionalismes.

L’Édit de Nantes – Guy Saupin – Geste édition.

Petite histoire de l’île de Ré – Marcel delafosse – Ed. Rupella.

Histoire de l’île de Ré de Mickaël Augeron, Jacques Boucard et Pascal Even – Ed Le Croît Vif -GER.

 

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Vos réactions

  • Claudie j
    Publié le 27 juillet 2018

    Un très bon article. J’aime cette belle île et il est toujours très intéressant d’en apprendre sur le présent et sur le passé.
    Merci !

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