Environnement

Interview

« Les conséquences potentielles du parc éolien offshore ne sont jamais abordées »

Dominique Chevillon.
Publié le 21/01/2022

Dominique Chevillon et Bruno Toison réagissent sur les journées Environnement (5 janvier à Rochefort) et localisation (14 janvier à L’encan de La Rochelle).

Ré à la Hune : Quels enseignements tirez-vous des journées organisées à Rochefort et à La Rochelle ?

Bruno Toison : L’Etat a fait travailler lui-même, pendant plus de dix ans, des centaines de personnes de ses administrations, du Muséum d’Histoire Naturelle, des Universités, de ses Etablissements publics (Office français de la biodiversité (OFB), Agence des aires marines protégées, Ifremer…), des associations, etc. pour déterminer les zones les plus riches et les plus représentatives du littoral français. Ce travail de fond, une sélection nationale et européenne a débouché sur la création des zones Natura 2000 et du Parc marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des pertuis.

Ces zones sont exceptionnellement riches, d’une grande complexité, la localisation de leurs richesses varie suivant les espèces étudiées, les saisons et les apports d’eau douce et de nutriments du plus grand estuaire d’Europe, la Gironde.

Quid de la localisation envisagée pour les parcs éoliens off-shore ?

Bruno Toison : L’Etat cherche maintenant à revenir sur ce travail en mettant en place il y a six mois un nouveau Conseil Scientifique aux faibles moyens. Il semble avoir pour mission de déterminer des zones de moindre impact dans un espace, le panache de la Gironde, où tout est interconnecté et fluctue chaque jour.

Cette démarche est invraisemblable, dangereuse, irresponsable et provocatrice.

La mer est grande. Pourquoi localiser sans concertation le plus grand Parc éolien d’Europe au coeur des zones dont il a consacré la richesse et décidé de la protection ? C’est un mépris pour tous ceux qui ont travaillé sur le sujet et pour sa politique de protection de la biodiversité dont il ne cesse d’annoncer que c’est une de ses priorités.

Ça ouvre d’ailleurs la possibilité d’une action contentieuse contre la France devant les juridictions françaises et Européennes. Laurent Bordereaux, Professeur d’Université (Droit de la mer et du Littoral) a expliqué un risque réel d’invalidations en justice (NDLR : lire notre article sur realahune. fr).

A-t-il été question des conséquences potentielles de l’implantation d’éoliennes sur ces zones ?

Dominique Chevillon : Les conséquences de ces implantations industrielles ne sont jamais abordées. L’Etat n’instruit pas, ne décrit pas les impacts que vont subir les milieux du fait des éoliennes. Comme s’il n’y avait pas de lourdes transformations physiques des habitats marins. C’est faire abstraction des modifications des conditions de vie des espèces qui y vivent. Les courants créés par les mâts d’éoliennes, les effets des sédiments et des débris de roches libérés par les forages, les courants aériens créés, les pollutions, les bruits et vibrations…. Tout cela n’est pas abordé alors que c’est perturbateur, destructeur du vivant !

Bruno Toison : Comme, d’ailleurs, l’évidente évolution à 8/10 ans des technologies des éoliennes ! L’Etat n’aborde jamais ce sujet. On est dans le noir absolu. Raison pour laquelle la CNDP, par sa Présidente Chantal Jouanno, vient de demander le 12 janvier à l’État un complément d’expertise portant sur les technologies qui seront utilisées dans 5 à 10 ans. A quelles profondeurs, à quel coût ? Plus loin des côtes ?

Bruno Toison

Dominique Chevillon : Au lieu de cela, l’Etat paye très cher des Youtubeurs, qui dans des vidéos débiles, racontent les pires âneries et inexactitudes sur les conséquences des éoliennes en mer ! Pitoyable, scandaleux et finalement bien triste de promouvoir ces vidéos ! Ça nous donne autant de raisons pour nous battre contre ces projets destructeurs.

Expertise complémentaire demandée par la CNDP

Dans le communiqué de ses décisions prises en séance plénière, en date du 12 janvier 2022, la Commission Nationale du débat Public annonce sa décision, concernant le Projet de parc éolien en mer Oléron Atlantique Sud (17), d’engager une expertise complémentaire portant sur les évolutions à cinq ou dix ans des profondeurs admissibles pour l’implantation d’éoliennes posées en mer et les évolutions des écarts de coûts entre les technologies des éoliennes posées et flottantes en mer.

 

Reportage de France Inter

Le reportage de France Inter du 13 janvier 2022 est édifiant, Francis Beaucire, président de la Commission Particulière du Débat Public, s’y interroge ouvertement sur la localisation et l’obsolescence dans dix ans de ce projet, en clair sur le bien-fondé de la démarche de l’Etat :

https://www.franceinter.fr/ emissions/le-zoom-de-laredaction/ le-zoom-de-la-redactiondu- jeudi-13-janvier-2022

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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