Patrimoine

Histoire économique

Les Colonnes : une saga familiale

© Collection André Diédrich - Le Café des Colonnes en 1930 avec sa véranda et ses colonnes.
Publié le 21/07/2020

Depuis maintenant 115 ans, l’établissement Les Colonnes est entre les mains de la famille Cochard. Une troisième génération est aux commandes et perpétue une gestion familiale faite de prudence et de réussite.

Marcel et Madeleine Cochard, arrière grands-parents de Caroline et Sophie, les actuelles directrices de l’établissement, acquièrent en 1905 le Café des Colonnes se trouvant quai Job Foran, à Saint-Martin. Le port, s’il a déjà sa configuration actuelle, n’était pas aussi touristique que de nos jours et déployait une véritable activité économique. On trouvait sur ses quais plus d’entrepôts que de restaurants et de boutiques et plus de dockers que de touristes. Des années plus tard, en 1923, le couple Cochard s’agrandira en achetant l’Hôtel de France à la famille Massin.

Jean-Lou et Danièle apportent à l’établissement sa renommée

À l’origine, le Café des Colonnes était séparé de l’Hôtel de France par une grange qui brûlera en 1966. Incendie à l’origine de longs travaux et d’une reconfiguration totale des lieux. La grange disparue laissera place à un restaurant, nommé L’Écailler de Saint-Martin avant que l’ensemble ne porte le nom d’Hôtel-Restaurant Les Colonnes. Seul le bar reste ouvert pendant les travaux. C’est Jean- Lou Cochard, qui refusant un poste de barman dans un établissement huppé des Champs-Elysées, le tiendra et le fera vivre. Sa grand-mère, « la mémé Cochard », débordée par l’ampleur des travaux – tout a été rasé –, l’a appelé à la rescousse. En 1975, une seule entité s’ouvre face à la mer, comprenant dans l’ordre et en ligne sur le quai Job Foran : un café, un restaurant et un hôtel. La véranda est refaite à l’identique en intégrant les deux colonnes et les portes d’origine du Café des Colonnes. Jean-Lou et Danièle, son épouse depuis 1967, tout en lui conservant un esprit Bistrot, vont apporter à l’établissement la renommée que l’on sait, grâce à leur travail et à leur affabilité.

En ligne sur le quai Job Foran, le Café des Colonnes, l’Écailler de Saint-Martin
et l’hôtel de France.© Collection André Diédrich

Situé en plein coeur du port, le Café des Colonnes a toujours connu une activité intense grâce entre autres, aux pêcheurs. Le temps, la distance ne signifiaient pas la même chose qu’aujourd’hui ; il n’y avait ni portable, ni pont et on prenait le temps de vivre. En revanche, les valeurs sûres que sont les huîtres, crevettes, coquillages et poisson étaient déjà là. Havre chaleureux ouvert non stop en plein coeur du port, le Café des Colonnes n’échappera pas à la peopolisation et Claude Nougaro, Johnny Halliday, ou Jean-Jacques Goldman le fréquentent lorsqu’ils sont dans l’île. Jean-Louis Foulquier, homme de radio, bien connu des Rétais, qui anima avec succès une série d’émissions sur France Inter, était un fidèle et venait rarement seul. Refuge des marins et des joueurs de cartes, le Café des Colonnes accueillait aussi les représentants de commerce qui appréciaient la cuisine soignée, passaient la nuit à l’hôtel et organisaient des animations pour promouvoir leurs produits. Toute une série de manifestations, boudées de nos jours, animaient les lieux, telles les élections des reines de beauté locales !

Nostalgie, nostalgie…

Lorsque Danièle Cochard en parle, on sent une pointe de nostalgie pour cette époque d’avant le pont où il y avait moins de distanciation entre les classes sociales et où tout le monde se retrouvait à l’apéritif dans son bar chaleureux, autour d’un pastis qui ne rencontre plus aujourd’hui le succès d’antan. Malgré le travail, le temps restait léger et on s’amusait beaucoup. Les restaurateurs et hôteliers qui travaillaient sur le port étaient amis avant d’être concurrents. Le travail terminé, ils se retrouvaient au Bastion et s’attardaient autour d’un verre, bien qu’ils soient obligés de se lever tôt le lendemain pour se rendre à l’Encan où se trouvait l’ancienne criée de La Rochelle. Daniel Massé du Chat Botté, Léon Gendre du Richelieu et Jean-Lou Cochard se retrouvaient ainsi le matin à bord du premier bac pour La Rochelle où ils allaient faire leurs achats

Caroline et Sophie aux commandes

Les représentants ont disparu ; les bacs aussi, mais, préservant l’authenticité du lieu, la fibre relationnelle de la famille Cochard a su développer de génération en génération des relations privilégiées avec une clientèle d’habitués composée aussi bien de Rétais que de touristes français ou étrangers. Des clients anglais qui devaient fêter leur anniversaire de mariage aux Colonnes en mai dernier n’ont pu se déplacer en raison du coronavirus. Ils se sont fait prendre en photo avec un verre de vin à la main et ont adressé celle-ci aux Cochard avec la mention : « Nous ne sommes pas aux Colonnes, mais nous pensons aux Colonnes ! »

Les Cochard sont entourés d’une équipe fidèle et efficace : Alexandra est là depuis 29 ans, Cris depuis 9 ans et Aurore, à la crêperie, depuis 10 ans. Et les liens perdurent avec ceux qui ne sont pas restés : un jeune homme, qui officiait en tant que serveur pour financer ses études de médecine, a accouché Sophie !

Danièle, Caroline et Sophie Cochard : une équipe de charme et de choc !

La dernière génération aux commandes a hésité avant de reprendre l’affaire. La gestion d’un hôtel-restaurant exige beaucoup de temps et d’abnégation. Sophie a quitté le confort d’une grande entreprise parisienne pour rejoindre sa soeur qui elle-même avait abandonné l’espoir de faire un stage aux États-Unis. Heureusement, car cette maison, comme le dit Danièle Cochard, a une âme, et personne n’a assez d’argent pour acheter une âme et de la chaleur humaine.

Catherine Bréjat

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Vos réactions

  • Brigitte
    Publié le 28 juillet 2020

    Mes meilleurs souvenirs de jeunesse. La famille Cochzrd à été une deuxième famille

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