Environnement

Etudes scientifiques

L’éolien à grande échelle facteur du dérèglement climatique ?

“Une augmentation importante de la traînée va certainement créer des modifications du climat” selon une étude américaine de 2004, corroborée par une étude allemande de juin 2021
Publié le 03/11/2021

Pour Sylvain Berjon, le postulat que l’énergie éolienne est inépuisable est « gravement discutable » dès lors que l’on se situe sur un développement à grande échelle de cette source d’énergie. Après ses interventions lors des réunions-débats de Sainte-Marie et du Bois-Plage, qui n’ont reçu ni réponse satisfaisante, ni même une réelle écoute, Ré à la Hune l’a rencontré.

Ancien ingénieur hydraulicien, ayant participé à de nombreux projets de production hydraulique au sein d’une entreprise française et aujourd’hui à la retraite, installé à Saint-Martin de Ré, Sylvain Berjon affiche d’emblée la couleur : « Je ne suis pas véritablement opposé à l’éolien, mais je me pose des questions, corroborées par deux études importantes qui traitent du sujet. Je joue en quelque sorte le rôle de lanceur d’alerte, je ne prétends pas les choses, j’interroge, car il y a peut-être un risque, qui n’a pas été mesuré et j’estime qu’il faudrait approfondir les recherches sur le sujet. »

Un lanceur d’alerte

« Les grands échanges atmosphériques assurent transferts thermiques, d’humidité, variations des champs de pression… Si au niveau continental, les énergies en jeu dans ces grands échanges sont colossales, elles ne sont pas infinies. Les ordres de grandeurs des énergies en jeu dans le déplacement des fronts nuageux qui traversent les régions françaises sont encore importants mais sont de même ordre que les niveaux des productions industrielles d’énergie ; Quant au niveau local (brises côtières ou thermiques par exemple), les énergies en jeu sont limitées. »

Or « Une éolienne est un « capteur » d’énergie. L’énergie captée (qui « disparait » sous forme électrique) ne participe plus aux transferts ci-dessus. Une éolienne est aussi une machine qui brasse l’air entre les couches basses et celles du sommet de ses pales, et crée de vastes champs de turbulences jusqu’à des altitudes importantes. »

L’énergie éolienne est-elle vraiment inépuisable ?

« L’affirmation que l‘énergie éolienne est inépuisable est au centre des représentations sur la transition énergétique. Cette perception, quasi unanimement partagée, sous-tend les choix, discours, engagements en faveur de cette énergie. Si cette affirmation pouvait être acceptable avec un éolien local et de faible puissance, le développement à grande échelle de cette source d’énergie rend cette affirmation effectivement discutable. »

« Avec les grands champs éoliens existants et projetés, les ordres de grandeur de cette captation (détournement) d’énergie ne sont plus négligeables. Cette altération des flux d’énergie cinétique ne peut qu’avoir des effets sensibles sur : le comblement et les déplacements des dépressions qui pourraient être perturbés, et les masses nuageuses associées qui ne se déplacent plus aussi loin ; la répartition des précipitations qui pourrait donc être modifiée ; Et plus localement, par exemple, les effets rafraîchissants (entre autres !) des thermiques côtiers qui seraient réduits, voire annulés… »

Les perturbations climatiques, sujet de préoccupation des scientifiques

Les perturbations importantes provoquées par les grands champs d’éoliennes deviennent aujourd’hui un sujet de préoccupation des milieux scientifiques. Les études menées (lire notre encadré « bibliographie ») « montrent que ces perturbations sont importantes et s’étendent à 35, 40 km et parfois jusqu’à 100 km ; le développement à grande échelle des champs éoliens entraîne un réchauffement global non négligeable du fait de la traînée de ces grandes installations. »

Les milieux scientifiques s’accordent aussi à penser que : « La réduction des vitesses à la surfaces des mers et océans devrait avoir un effet sensible sur les échanges air/eau : nutriments, captage CO2, libération O2… » ; « Les champs éoliens importants peuvent provoquer des changements climatiques non négligeables à l’échelle continentale » ; « l’altération des flux énergétiques cinétiques peut avoir des effets climatiques importants » ; et donc qu’il est nécessaire que des études soient entreprises dans ce sens pour évaluer ces impacts sur le climat.

Toute la façade Atlantique sera impactée

Tout ceci conduit Sylvain Berjon à s’interroger sur l’impact de ces prélèvements énergétiques et ces trainées sur les conditions aérologiques, d’humidité, d’ensoleillement… sur les marais salants et les cultures iliennes et continentales comme la vigne ou la pomme de terre, voire sur la production viticole du pays Cognaçais.

« Au risque d’être un brin provocateur, ce qui me motive n’est pas tant ce qu’il se prépare au large des îles de Ré et d’Oléron, mais bien sur toute la Côte Atlantique. RTE parle de 22 GW de plus d’éolien a minima et de 45 GW dans le scénario haut, toute la façade Atlantique serait bardée d’éoliennes, avec plus au large des éoliennes flottantes. La météorologie va évoluer différemment, avec ou sans éolienne, il y a un vrai risque d’un impact régional, il est nécessaire de se poser ces questions… » Et d’y apporter des réponses scientifiques, avant de se lancer dans de gigantesques projets d’éolien offshore.

Or, lors de la réunion « débat public » qui s’est tenue à Sainte-Marie de Ré sous l’égide de la CNDP, le représentant de l’Etat, Pierre-Emmanuel Vos (directeur du projet à la DREAL Nouvelle-Aquitaine) a apporté à cette interrogation sur l’impact de l’éolien à grande échelle sur les circulations atmosphériques une réponse pour le moins décalée : « Un groupe de travail « Ecume » a été mis en place, au niveau du Ministère, afin d’étudier l’effet cumulé des parcs en termes de biodiversité, à partir des retours d’expérience étrangers ». Lors de la réunion publique organisée par la CdC de l’île de Ré au Bois-Plage, Sylvain Berjon n’a pu développer cet argumentaire de façon complète, le temps imparti pour les interventions étant insuffisant au regard de la complexité du sujet.

Afin que ces interrogations, corroborées par deux études dont l’une menée pour le compte d’exploitants des champs éoliens en mer du Nord et en Baltique, soient intégrées de façon officielle dans le débat et dans le rapport que la CNDP fera à l’Etat, Sylvain Berjon entendait qu’elles soient relayées noir sur blanc.

Bibliographie

– Etude de juin 2021 du Helmboltz Zentrum Héreon (Allemagne), à la demande des exploitants des champs éoliens en mer du Nord et en Baltique, qui observent une baisse importante de la production de champs existants lors de la mise en exploitation de nouveaux champs. www.sciencedaily.com/releases/ 2021/06/210603171247.htm

– Etude de l’académie de Sciences des Etats Unis : « The influence of large-scale wind power on global climate (2004) » www.pnas.org/content/ 101/46/16115

 

Le rapport RTE du 25 octobre 2021

– Les scénarios les plus onéreux sont ceux qui mettent le plus l’accent sur les énergies renouvelables.

– RTE le réaffirme également : les émissions de gaz à effet de serre associées aux énergies renouvelables et au nucléaire seront très faibles, même en tenant compte de l’ensemble de leur cycle de vie. Le scénario engendrant le plus d’émissions serait celui du… « 100 % renouvelables »

Informations recueillies par Nathalie Vauchez

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Vos réactions

  • meteore
    Publié le 12 novembre 2021

    C’est bien que Ré à la Hune ait permis à Monsieur Berjon de développer ses arguments .C’est beaucoup plus clair et compréhensible. L’éolien avec son faible rendement et ses besoins énormes en terres rares que nous ne produisons pas n’est il
    pas en train de devenir une escroquerie!

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