Enfants et jeunes

Pédagogie par la nature

L’école Buissonnière : bientôt une école alternative dans les bois ?

Caroline, Nancy et Sophie, trois passionnées de la pédagogie par la nature
Publié le 15/09/2020

Depuis 2016, Caroline Cartalas a fait un sacré bout de chemin et son projet d’école alternative des bois pourrait enfin aboutir en 2021. Samedi 12 septembre elle accueillait sur son terrain des Grenettes des familles sympathisantes, ainsi que Nancy Balivet et Sophie Biguet, qui ont construit le projet de l’école de la forêt de Chantemerle, à Marsac et sont venues témoigner de leur expérience

Educatrice diplômée en Allemagne, Caroline s’est installée en 2006 sur l’île de Ré. Avec dès le départ la forte envie d’y créer une structure d’accueil des enfants dans la nature : les jardins d’enfant en forêt sont très développés en Allemagne, mais aussi en Suisse, en Grande-Bretagne ou encore en Nouvelle- Zélande. Quand elle commence à en parler aux élus, elle sent bien que le projet est trop innovant. Alors qu’elle travaille au Jardin d’éveil de La Flotte, elle crée en avril 2016 l’association « l’Ecole Buissonnière », et commence à accueillir, le mercredi ou le samedi des enfants à partir de 2 ans, avant d’étendre ensuite son concept aux enfants plus grands.

Des sorties dans les bois aux stages d’une semaine

Assez vite, Caroline organise pendant les vacances scolaires les Stages Petits Robinsons, sur une semaine, le matin ou l’après-midi. Puis elle propose l’organisation d’anniversaires, toujours dans les bois. Son but ultime est, en se faisant ainsi connaître, de créer une école alternative. La pédagogie par la nature, consiste à accueillir par n’importe quelle météo, quatre jours par semaine, les enfants dans les bois : il s’agit d’une école « hors les murs ». De nombreuses études ont prouvé qu’une telle pédagogie qui donne beaucoup de liberté aux enfants, dans le cadre de règles bien définies, et leur donne la place d’être un enfant, en explorant le monde selon leurs envies et en connexion avec la nature, apaise les enfants et les aide dans les apprentissages de la vie. Ce lien très fort avec la nature les incite aussi une fois devenus adultes à la protéger.

En attendant de voir aboutir son concept, Caroline s’en rapproche pas à pas : depuis l’an passé elle propose des sorties nature aux écoles maternelles de l’île et a signé un contrat avec celle du Bois-Plage. Après avoir exercé ses activités aux Gouillauds, puis non loin du Camping la Belle Etoile (Gros Jonc), elle est partie à la recherche d’un terrain doté d’un local : elle souhaitait se mettre aux normes, or pour cela il faut disposer d’un local pour abriter les enfants en cas d’avis de tempête.

Une mise aux normes françaises drastiques

A force de persévérance, elle a trouvé aux Grenettes un tel terrain jouxtant une maison dont la propriétaire met à disposition une pièce tant que de besoin, sur lequel elle a déménagé en février 2020, la présence d’un local étant de nature à rassurer la DDCS.

Dans le contexte que l’on connaît, Caroline a consacré l’année 2019/2020 à la mise aux normes de ses activités et a travaillé à une VAE, son diplôme allemand n’étant pas reconnu en France. Son oral étant prévu la 3ème semaine de septembre, elle débutera ses sorties nature le 23 septembre.

Cette année, elle accueillera les enfants à partir de 6 ans avec Héléna, rompue aux pédagogies alternatives et qui a cocréé à La Rochelle une école Montessori : elle finalise une formation BAFA. Elles pourront ainsi accueillir 14 enfants.

Une école alternative des bois pourrait bientôt voir le jour

Pour ce qui concerne les 2-6 ans, l’agrément PMI de l’Ecole Buissonnière est en attente, Caroline a eu la visite d’une conseillère ce début septembre. Pour les sorties, les parents devront accompagner les petits, il est possible qu’en cours d’année Caroline et Hélène puissent les accueillir seules.

Caroline souhaite vraiment créer son école maternelle de plein air, pour suivre les enfants tous les jours dans leurs apprentissages et qu’ils bénéficient des bienfaits de la nature. « Gisèle Vergnon, maire de Sainte-Marie, est assez ouverte à notre projet et j’ai également des discussions avec une autre mairie, favorable à ce type d’idée, la difficulté étant aussi de pouvoir implanter une roulotte sur le terrain… » explique Caroline, qui espère voir son projet prendre forme pour la rentrée 2021, voire en cours de printemps 2021.

Un modèle : l’école maternelle de Chantemerle à Marsac

Nancy Balivet et Sophie Biguet, respectivement éducatrice spécialisée et psychologue pour enfants et adolescents ont à leur tour présenté l’école maternelle de Chantemerle, à Marsac (à 15 km d’Angoulême) qui accueille, depuis trois ans déjà, seize enfants de 2 à 6 ans. Après un an de préparation et d’un gros travail administratif de 7 mois, elles ont pu ouvrir à la rentrée 2018 leur école de la forêt, école privée hors contrat mais autorisée par l’Etat.

Elles n’ont pas eu à chercher de terrain avec local, puisque c’est Davina Weitowitz, une Allemande qui a installé une « écurie active » permettant aux chevaux de vivre de façon proche de chevaux en liberté et ne souhaitait pas inscrire son fils dans une école classique, qui est venue leur proposer ce projet.

« L’intelligence naît de l’action »

L’école est implantée sur un terrain de 30 ha et bénéficie d’une pièce du grand corps de ferme, transformée en salle de classe. Les deux comparses, accompagnées d’Hannah, petite chienne « protocolisée » comme elle le dit tant elle fait partie du projet, sont convaincues qu’apprendre avec son corps, ses émotions, les odeurs permet d’ancrer les apprentissages qui sont naturels. « L’intelligence naît de l’action, de l’expérimentation corporelle et motrice », l’assistance, venue avec ses enfants, en est convaincue.

Nancy et Sophie ont accueilli les enfants en garderie et école à partir de 7h30 et jusqu’à 18h30 la première année, elles ont ensuite réduit un peu les horaires d’accueil de la garderie.

« Depuis l’été 2019 et l’instauration de l’instruction obligatoire à partir de 3 ans (au lieu de 6 ans) tout s’est un peu durci, l’Etat est plus dans le contrôle. Par ailleurs, certains parents ayant des demandes d’enseignements académiques pour les plus grands, nous dispensons aussi ceux-ci, nos diplômes et expériences nous le permettant ».

Evoluant en liberté dans la nature, au milieu des noisetiers, amandiers, et autres trésors du potager, les enfants sont très vite responsabilisés et acteurs de leurs apprentissages. Autonomie, entraide, respect des autres et des animaux constituent des principes essentiels inculqués aux enfants.

Les deux jeunes femmes, qui ont cette année passé le relais à une nouvelle équipe, ont créé une association dont Davina est la présidente : « La forêt du JE libre ». Si l’équipe pédagogique est à l’écoute des demandes et suggestions des parents, l’association est volontairement à statut fermé, c’est elle qui prend in fine les décisions, ceci pour « éviter les discussions sans fin sur la couleur du rideau ou tel détail, comme on a pu le voir ailleurs. Nous ne souhaitions pas voir notre projet dénaturer ».

Evidemment c’est « financièrement compliqué », nous avons cinq tranches tarifaires selon le niveau d’imposition des parents (et non du coefficient CAF qui a deux ans de décalage sur la réalité des revenus d’une année n), nous avons démarré avec le tarif de base à 166 € mensuel sur 12 mois, c’était impossible. Aujourd’hui le tarif de base est à 300 € minimum x 10 mois.

Un groupe de travail pour aboutir

Devant un auditoire très attentif, Caroline a expliqué qu’elle a créé un groupe de travail qui l’aide à monter son projet : « J’ai bien en tête le projet pédagogique, j’ai besoin d’aide pour avancer sur les aspects pratiques et administratifs et ce groupe de travail, ouvert à toute personne intéressée, m’accompagne. Plein de personnes se greffent sur le noyau dur composé de Camille, Alexandra, Coralie. »

« Il est difficile de rentrer dans les cases, il faut abattre un travail administratif phénoménal en paperasses, ce qui en décourage plus d’un » confirment les deux pionnières en France, Nancy et Sophie.

On ne peut qu’espérer que l’opiniâtretéet la passion de Caroline permettront de proposer prochainement aux petits Rétais une école alternative dans les bois.

Pour Les sorties Nature du mercredi, pour les stages Robinson de la Toussaint (19 au 23 octobre) ou pour en savoir plus sur le projet d’Ecole alternative dans les bois, contactez Caroline au 06 52 13 29 60 Conditions et tarifs sur resortiesnature.blogspot.de

Nathalie Vauchez

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