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Le sel de l’île de Ré obtient enfin sa double IGP !

Louis Merlin (à gauche), président de l'APSIR, s'est battu auprès de tous les sauniers pendant 13 ans pour obtenir cette double IGP. Crédit photo : Nathalie Vauchez
Publié le 27/11/2023

Les dénominations « Sel de l’île de Ré » et « Fleur de sel de l’île de Ré » sont officiellement reconnues en Indication Géographique Protégée (IGP) par la Commission européenne. C’est l’aboutissement de treize longues années de travail pour l’APSIR*, dont Louis Merlin est le président. Nous lui avons posé quelques questions.

 

Ré à la Hune : L’annonce a été faite le 24 novembre, vous y attendiez-vous ?

Louis Merlin : Non, on ne nous avait pas prévenus que cela tomberait maintenant, c’est une belle surprise. C’est comme avoir un bébé, t’as un peu d’attente mais tu es toujours un peu désemparé quand ça arrive pour la première fois ! D’autant plus que là, la gestation a duré treize ans ! Mais ce temps-là n’a pas été inintéressant, il a permis de discuter autour du cahier des charges, de bien définir nos spécificités, celles de nos marais et de nos savoir-faire. C’était finalement le temps nécessaire pour impliquer le maximum de monde dans la démarche, petits comme gros producteurs. 80% des producteurs de sel font aujourd’hui partie du processus, et je pense que maintenant que l’IGP est en vigueur, d’autres vont nous rejoindre.

Pourquoi cela a duré aussi longtemps ?

Non seulement on a dû établir un cahier des charges interne à la profession, mais aussi négocier avec l’INAO. J’ai perdu le compte précis, mais on est bien au-delà des cinquante versions. Ça c’était l’étape française, qui nous a permis ensuite d’accéder à l’étape européenne, et là encore nous avons dû répondre à de nombreuses questions.

L’unanimité au sein de la profession a-t-elle été difficile à obtenir ?

En fait ce qui a été compliqué, c’est de se mettre d’accord sur un produit hétérogène comme le nôtre, avec plusieurs producteurs et de multiples organisations. Et ça, par rapport à un système agricole de plus en plus normatif, ce n’est pas évident. Ça a été compliqué de garder un système souple tout en instituant de moyens de suivi et de contrôle.

Pourquoi vous êtes-vous battus aussi longtemps pour l’IGP?

L’IGP est un signe de qualité bien reconnu par les consommateurs en France et en Europe, à côté du Label rouge par exemple, et, en plus, il n’est pas forcément associé à des surcoûts, ce qui est intéressant dans un contexte d’inflation. Et cela va dans le bon sens : notre notoriété restait à développer. On a de belles marges de développement au niveau national et on pourra mieux vendre notre sel, et mieux rémunérer nos producteurs. L’IGP raconte une histoire, cela va clairement indiquer aux consommateurs qui sont loin de nous, dans les supermarchés ailleurs en France, qu’on est un savoir-faire traditionnel sur une île aux paysages bien particuliers, avec de l’authenticité et des méthodes traditionnelles. C’est ça qui transpire dans le label IGP.

C’est une double récompense, une double IGP qui met l’accent également sur la fleur de sel. C’est un plus ?

Oui, le fait d’avoir obtenu aussi une IGP pour la fleur de sel nous rassure énormément pour l’avenir. Car cela fait des années qu’on bataille avec Guérande et Noirmoutier pour définir une réglementation sur la fleur de sel, en opposition notamment à des industriels qui récoltent une fleur qui a coulé et qui continue à cristalliser au fond de l’eau, qu’ils récoltent ensuite à la pelle sous la forme d’un cristal très proche de notre gros sel. Nous ne sommes pas la 1ère IGP fleur de sel, mais le fait qu’un nouveau cahier des charges sur la fleur de sel ait été défini, nous rassure sur un futur cahier des charges européen respectueux des méthodes traditionnelles.

Quand l’IGP va-t-elle entrer en vigueur ?

En fait depuis 2016, nous réalisons déjà des contrôles afin d’être sûrs que tout ce qu’on a en stock ait une bonne traçabilité, un bon suivi. Du coup, maintenant qu’on a l’IGP, on va pouvoir certifier le contrôle qu’on a fait jusqu’à présent pour que tout le sel en stock puisse être commercialisé en IGP. Sinon il aurait fallu attendre la prochaine récolte 2024. La récolte 2023 portera donc déjà le tampon IGP !

 

*APSIR : Association des producteurs de sel de l’île de Ré

Aurélie Bérard

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