Environnement

Protection contre les submersions

Le chantier de protection au Nord de La Couarde est lancé

Patrick Rayton et Lionel Quillet, devant la digue des Rétais. Presque dix ans après Xynthia, la protection de La Couarde par le Nord va enfin devenir réalité.
Publié le 16/10/2019

La Couarde-sur-Mer a été durement touchée par Xynthia en 2010, avec 470 maisons inondées et de l’eau dans ses rues et ses vignes pendant une semaine, compliquée à évacuer. Le chantier de protection de la Fosse de Loix au Nord de La Couarde a officiellement démarré mercredi 9 octobre 2019.

Il était temps, alors qu’au mois de février prochain le Département marquera par une grande exposition et autre communication les dix ans de ce vimer, traumatisant pour les populations. C’est du moins ce que pensent bon nombre de Couardais, qui « trouvent que cela ne va pas assez vite », comme l’a rappelé Patrick Rayton, Maire de La Couarde, qui se souviendra longtemps de cette nuit-là, tout comme Lionel Quillet, maire de Loix. Les deux Maires ont en effet vécu de très près, y compris au plan personnel, ce drame climatique et n’ont pas ménagé leurs efforts dans la nuit du 28 février 2010 pour venir en aide à leur population.

La Mission Littoral, pour une stratégie départementale de gestion du trait de côte

Et si cela ne va pas assez vite aux yeux de la population, force est de constater que le Conseil départemental de Charente-Maritime s’est emparé à bras le corps de la protection de ses côtes (sa façade maritime est longue de 463 km, dont 225 km de littoral historiquement aménagés avec des ouvrages fixant le trait de côte), en créant dès le 25 juin 2010, sur proposition de son président Dominique Bussereau, la Mission Littoral, dont il confie la vice-présidence à Lionel Quillet, aujourd’hui premier vice-président du Département.

L’objectif de cette Mission est d’élaborer une stratégie départementale de gestion du trait de côte pour l’ensemble de la Charente-Maritime. Le Département est ainsi le premier en France à assumer la maîtrise d’ouvrage des travaux de protection et ce travail concerté permet de disposer d’une forte expertise, d’un outil commun et d’une méthodologie de priorisation des travaux à réaliser. La Mission Littoral a aussi pesé de tout son poids face aux péripéties étatiques…

Grâce à ce dispositif d’avant-garde, et à une volonté politique forte des élus territoriaux, le Plan Digues de Charente-Maritime devient le plus ambitieux de France : un programme d’ouvrages de protection contre les submersions marines de deuxcents millions d’euros est réparti entre huit PAPI, avec un plan de financement fixe (40 % Etat, 20 % Région, 20 % Département, 20 % Communes et EPCI). En outre, au titre de la solidarité territoriale, le Département a souhaité continuer à jouer un rôle majeur dans la mise en place du Plan Digues en accompagnement des intercommunalités au-delà de l’échéance du 1er janvier 2020 fixée initialement par la Loi pour le transfert de la compétence GEMAPI à celles-ci. Le Département a ainsi conventionné avec les intercommunalités en 2019, garantissant ainsi la continuité du Plan Digues au-delà du 1er janvier 2020.

Le PAPI de l’île de Ré, l’un des premiers et des plus avancés

Dans ce cadre le PAPI 1 de l’île de Ré, qui fait partie des premiers PAPI de Charente-Maritime labellisés par la Commission Mixte Inondations du 12 juillet 2012, prévoit un programme de travaux de 45 millions d’euros. A fin 2018, 32,5 millions de travaux étaient achevés ou en cours, soit 73% de ce Plan Digues île de Ré, et si l’on rajoute les 9,8 millions de travaux engagés sur 2019-2020, 95 % du PAPI 1 de l’île auront été finalisés et engagés avant la fin du mandat.

La protection de la Fosse de Loix à La Couarde (8,4 M€) est le sixième chantier de l’île de Ré, dans l’ordre chronologique de réalisation, après ceux du Boutillon (réception 2016, 10,4 M€), du Port de La Flotte (réception 2017, 4,8 M€), de la reconstruction des digues de Saint- Clément (réception 2017, 11 M€), du renforcement des digues de Loix (4,8 M€, réception 2018) et de la protection du village de Rivedoux (2,5 M€, réception 2019). Restent à venir la protection de Montamer à Sainte-Marie (1,4 M€, travaux en 2020), la protection du Fier d’Ars, Ars-en-Ré/Les Portes dont les études sont en bonne voie (2019/2020) dans le cadre d’un PAPI 3. Restera la protection du secteur du Port de Saint-Martin, où l’idée d’une porte (comme à La Flotte) a été abandonnée au profit de protections individuelles.

Le chantier de protection de La Couarde : près de 5 km de protections, 26 ouvrages hydrauliques, 5 batardeaux

La Couarde est submersible par le sud et par le nord. Elle a bénéficié d’enrochements dans le cadre des travaux dits d’urgence (PSR) sur sa côte sud, notamment au Peux Ragot. Le chantier Nord dit de La Fosse de Loix concerne 4,9 km de côté et comporte tous les aspects de défense contre la submersion marine : enrochement, batardeaux, palplanches, reprofilage, murets… Il a nécessité trois ans de procédures administratives et de travail environnemental et est particulièrement complexe puisqu’il se situe à la fois en zone touristique, agricole, salicole et ostréicole.

La Mairie de La Couarde est pleinement impliquée sur les aspects techniques et sur les modalités et périodes des travaux.

Le chantier comportera trois tronçons sur les secteurs dits de La Percotte, du Goisil et de La Moulinatte. Les travaux commencent en ce mois d’octobre 2019 du côté de La Moulinatte, ils seront provisoirement suspendus au printemps. Pour la partie des marais (La Percotte), les travaux auront lieu de septembre 2020 à mars 2021 afin d’éviter la période de nidification et en veillant à ne pas perturber les activités des professionnels. Les cyclistes nombreux à passer sur la piste cyclable des marais, devront éviter le secteur pendant cette période, pour des raisons de sécurité. Des échanges ont eu lieu avec les ostréiculteurs et sauniers afin de bien identifier les prises d’eau et enjeux de pompage, ainsi qu’avec les agriculteurs : à cet égard, la Commune de La Couarde a acheté des vignes en friche afin de donner un accès au chantier en arrière de la route.

La protection du Fier d’Ars en bonne voie

Ce chantier vital pour la protection des trois communes du Nord de l’île est d’une complexité phénoménale selon Lionel Quillet, puisqu’il doit être élaboré dans le cadre d’un PAPI 3, qui nécessite de concevoir un système de défense totalement intégré (si l’on protège d’un côté, il faut justifier que l’on protège aussi de l’autre, facile pour une île !), de prévoir par avance l’ensemble du financement et le calendrier complet du chantier.

Une étape essentielle a été franchie avec l’avis favorable du CEREMA*, puisque la DGPR** suit généralement son avis. Le projet a encore évolué et une réunion de travail est prévue cette fin d’année. Il devrait être présenté au CMI (Comité Mixte Inondations) en février ou avril 2020. Soit dans le timing annoncé par Lionel Quillet qui s’est fixé pour objectif la fin de ce mandat pour sa validation. Il est vrai que les projets du Nord de l’île sont quelque peu suspendus à la protection du Fier d’Ars…

*Le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement ou Cerema, créé le 1er janvier 2014, est un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle conjointe du ministre de la transition écologique et solidaire, et du ministre de la cohésion des territoires. Le Cerema développe des relations étroites avec les collectivités territoriales qui sont présentes dans ses instances de gouvernance.

**Direction générale de la prévention des risques, rattachée au Ministère de l’Ecologie.

Nathalie Vauchez

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