Environnement

Protection des cordons dunaires

L’arrachage des Yuccas sur les dunes en débat

Au Gros-Jonc, le 5 novembre 2019, la pelleteuse en action sur la dune.© Jean-Roch Meslin
Publié le 05/12/2019

Scandalisés par l’arrachage de Yuccas dans les dunes boitaises, avec une pelleteuse, début novembre, Gérard Juin et Jean-Roch Meslin, président et membre actif de Dunes Attitudes, s’insurgent de façon passionnée contre ces pratiques. Sylvie Dubois, directrice Environnement de la CdC leur répond avant tout sur un plan technique.

« Ces plantes font partie depuis des années du paysage rétais, même si elles ont été introduites par des jardineries ornementales. La reproduction en France ne peut se faire que par « bouturage » et aucunement par pollinisation. Les Yuccas ne modifient en rien la biodiversité des espèces locales et ne sont en aucun cas invasifs. Tout au plus, on peut les qualifier d’exotiques.

L’image choc d’une pelleteuse sur la dune

Des associations et des élus communiquent depuis années sur le fait qu’il faut sensibiliser le grand public à la protection dunaire en interdisant leurs accès et en insistant sur le fait que tout piétinement fragilise le milieu végétal. L’objectif étant bien sûr de limiter son érosion et de fixer le sable le plus possible. Alors comment peut-on arracher à l’aide d’une pelleteuse ces plantes, labourer la couche végétale, faire des trous béants pour les déterrer, et même ébouler la dune pour arracher ceux qui étaient proche du côté plage ?

Sachant que les rejets de ces plantes, présents tout autour des sites concernés repousseront, il faudra tout recommencer dans deux ou trois ans… à la pelleteuse… L’ONF qui exécute ce travail avec l’accord de certaines instances de l’Etat ne trouve rien de choquant dans cette destruction incompréhensible ; L’utilisation d’une pelleteuse est la seule méthode possible selon lui.

Au lieu de s’acharner sur ces plantes, il serait peut-être temps de réfléchir aux conséquences de telles pratiques. Arracher les silhouettes très graphiques des yuccas qui font partie intégrante du décor naturel rétais et martyriser le fragile cordon dunaire qui fait office de barrières naturelles pour protéger nos villages des tempêtes et des submersions marines est un nonsens, quand on parle de protection de sites naturels… » écrivent les membres de Dunes Attitudes dans un communiqué.

« Une espèce non invasive » selon la Société Botanique du Centre-Ouest, auprès de laquelle Jean-Roch Meslin s’est renseigné. « Cela reste à voir », rétorque Sylvie Dubois, directrice Environnement de la Communauté de Communes, en écho de l’ONF qui estime que si le yucca s’étalait sur 400 m2 en 2002, il envahit 3 000 m2 aujourd’hui.

« En outre, renchérit Jean-Roch Meslin, pour évacuer les quinze tonnes de Yuccas arrachés, ils vont devoir venir avec des gros tracteurs. On fait de la pédagogie pour expliquer aux Rétais et aux touristes qu’il ne faut pas piétiner les dunes, et l’ONF laboure tout avec une pelleteuse dont les chenilles ont laminé le terrain et y creuse des trous, demain ce seront les tracteurs, c’est incompréhensible ».

« Des habitats naturels dunaires rares et menacés »

« Je m’étonne du débat lancé par Dunes Attitudes via les médias, alors que tout le monde a mon téléphone et que nous sommes sur un petit territoire sur lequel on devrait pouvoir se parler ». Si elle reconnaît qu’il y a eu déficit de communication et d’explication de la part de l’ONF dans cette opération, la directrice Environnement l’assume en revanche parfaitement :

« Oui bien sûr la CdC cautionne cette action, puisqu’elle subventionne l’ONF pour notamment entretenir les cordons dunaires. Il faut rappeler que le Yucca est une espèce exotique originaire du Mexique, splendide dans nos jardins, mais qui n’a rien à faire dans les milieux naturels. Elle devient envahissante au même titre que le Baccharis et l’Ailante. L’île de Ré abrite des habitats naturels dunaires d’un grand intérêt patrimonial, prioritaires dans le cadre de la Directive Européenne des habitats rares particulièrement menacés. Il est inconcevable de laisser des plantes exotiques s’installer sur de tels habitats rares et menacés. En outre, les racines pivotantes des Yuccas font qu’ils n’ont aucun rôle de maintien et de stabilisation de la dune. Et oui la seule façon de les arracher est de recourir à des moyens mécaniques, au regard de la dureté, des piquants et du caractère compact des Yuccas. Cette intervention en milieux sensibles et tout à fait exceptionnelle ».

Un combat contre les espèces invasives perdu d’avance ?

Dunes Attitudes estime de son côté que ces actions ne servent à rien puisque là où des Yuccas ont été arrachés, par exemple aux Petites Folies à La Couarde il y a un an, ils repoussent. « Oui c’est vrai pour le Yucca comme pour le Baccharis et l’Ailante, on sait qu’il faut revenir plusieurs années de suite, a fortiori pour une espèce exotique envahissante aux grandes qualités de reproduction par bouturage, il faut être sérieux au plan technique » répond Sylvie Dubois. « D’ailleurs nous avons édité un petit livret l’an passé téléchargeable sur notre site dans lequel nous recensons les trente espèces exotiques envahissantes, le Yucca en fait partie. Il doit rester une espèce de jardin ».

A la question posée par Ré à la Hune de savoir si le combat mené depuis plusieurs années contre les plantes envahissantes de type Baccharis et Ailante gagnait du terrain, Sylvie Dubois reconnaît qu’il est difficile voire impossible : « Nous dépensons du temps et de l’argent pour l’arrachage de ces plantes sur les parcelles du Conservatoire du Littoral, mais nous ne pouvons agir sur les parcelles privées qui souvent les jouxtent ». Les Yuccas ayant envahi les jardins, il est à craindre qu’il n’en soit de même…

Au-delà de ce débat, Dunes Attitudes regrette de n’être jamais consultée ni associée : « Nous étions une association boitaise, on nous a encouragés dans l’opération des Sapins, demandé de devenir Dunes Attitudes île de Ré, mais on ne nous sollicite jamais » regrette le président, Gérard Juin. « Nous allons nous rencontrer très prochainement pour évoquer tout cela » temporise Sylvie Dubois.

Pour le moment chacun campe sur ses positions.

Nathalie Vauchez

Réagir à cet article

Je souhaite réagir à cet article

* Champs obligatoires

Vos réactions

  • dede
    Publié le 13 décembre 2019

    c’est du n’importe quoi.comme vous le dites il ne faut pas detruire les dunes qui sont tres fragiles.c’est le chat qui se mord la queue.je suis contre cette operation etant resident secondaire a st martin

    Répondre
  • Yuccaandco
    Publié le 13 décembre 2019

    Article : Une plante pas si méchante que ça ! Yucca gloriosa – Patrick Bouraine
    (paru Phare de Ré il y a quelques semaines)

    Lassé au plus haut point de voir, dans le domaine des plantes invasives, qu’on met tout dans le même sac. Je pense notamment à notre yucca si commun dans tous les jardins de France, où sa rusticité et son exotisme en font un végétal de choix. Il est devenu tellement fréquent que certains n’hésitent pas à se l’approprier en affirmant qu’il est « de chez nous », ce Yucca gloriosa !
    Originaire du Sud-Est des Etats-Unis, de la Louisiane à la Caroline du Nord, son habitat naturel se situe sur les dunes côtières qu’il contribue à protéger, sa fonction première étant de contenir le sable avec ses rhizomes et ses racines. Sa taille adulte, entre 2 et 4 m, forme un premier barrage à la saltation.

    Bizarre, de notre côté de l’océan, dans un environnement dunaire identique, on lui attribue tous les maux et on l’arrache. Son invasivité est pourtant très limitée car l’insecte pollinisateur n’existe pas en France ; sans graines, sa multiplication est limitée aux morceaux de troncs détachés qui s’enracinent ici ou là.
    Pourtant, il présente beaucoup de propriétés intéressantes : ses touffes de feuilles semi-rigides, allongées en forme d’épée, sont persistantes et robustes, résistantes aux embruns et à la sécheresse ; elles bloquent à ses pieds le sable transporté par le vent, et ses racines maintiennent le sol ; or, dans le cas de nos dunes, c’est un atout majeur. Peu dangereux, Yucca gloriosa pique suffisamment avec l’extrémité de ses feuilles pour empêcher le passage, et donc le piétinement des zones fragiles.
    Pourquoi des campagnes d’arrachage sont-elles organisées, notamment sur notre fragile île de Ré ? Je n’ai jamais eu l’impression d’en être vraiment envahi au cours de mes balades, contrairement à d’autres taxons beaucoup plus invasifs : les ailanthes (Ailanthus altissima), les herbes de la Pampa (Cortaderia selloana), ou encore les séneçons en arbre (Baccharis halimifolia). Toutes plantes dont les nombreuses graines sont autant de dangers, qui pendant un certain temps furent combattues mais à la présence desquelles, maintenant, on semble s’être résigné – malgré une manifeste recrudescence …

    Pour la petite histoire, ce sont les Allemands qui, pour cacher les blockhaus, l’ont introduit en nombre pendant la seconde guerre mondiale.

    NB : Pour les gourmands, il est possible de manger ses fleurs, en entrée, en légume, ou en dessert ; blanchies ou non, farcies ou en beignet, en salade, en brouillade… et si vous y trouvez un peu d’amertume, ne gardez que les pétales.

    Répondre
  • léontine
    Publié le 18 janvier 2020

    ¤ Quel est le problème ? A cause des vagues et du vent, les dunes reculent.
    ¤ Conséquences : des habitations, des routes, des forêts… sont menacées d’ensablement.
    ¤ Une solution : essayer de fixer ces dunes. L’utilisation des sapins de Noel après les fêtes est une idée géniale. Il est aussi possible de couvrir le sol des dunes avec des branchages, et surtout, de favoriser et des végétaux avec des racines traçantes et ceux avec une racine pivot. Comment peut-on écrire qu’une racine pivot n’a aucun effet de stabilisation du sol ? Il faudrait lui faire un petit dessin à Sylvie.
    ¤ Quel est maintenant son projet environnemental après la créations des trous en bord de mer ?

    Léontine

    Répondre