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L’aéroport de La Rochelle-île de Ré en question

Sur les 233 000 passagers accueillis par l’aéroport La Rochelle-île de Ré en2019, 50 % étaient Britanniques
Publié le 08/03/2021

Un communiqué d’EELV soulève différentes questions quant à la rallonge accordée en 2020 à l’aéroport. État des lieux

Europe Écologie Les Verts Charente-Maritime (EELV) a publié le 3 février un communiqué de presse soulignant la rallonge consentie à l’aéroport La Rochelleîle de Ré de « 544 000€ pour abonder un financement déjà très conséquent, soit au total 3 millions d’euros en 2020, à un moment où il nous faut inverser les priorités ».

Catherine Desprez, vice-présidente du Département et Présidente du Syndicat Mixte gérant l’aéroport, explique la nécessité de cette « rallonge » par la situation exceptionnelle et imprévisible dans laquelle s’est trouvé plongé l’aéroport à la suite de la crise sanitaire du Covid. L’exploitation de l’année 2020 de l’aéroport avec des mois complets de fermeture et une reprise difficile se situe par rapport à l’année précédente aux environs de moins 80%. Par ailleurs, Catherine Deprez ajoute que sans les aménagements de la salle d’arrivée, l’aéroport serait dans l’impossibilité d’accueillir les passagers britanniques cette saison. En effet, le Brexit étant entré en vigueur, il est nécessaire de recevoir séparément les voyageurs en provenance de l’Union européenne. Les voyageurs hors Europe doivent passer par une zone spécifique où l’on procèdera aux contrôles douaniers éventuellement aux fouilles de bagages, ce qui a nécessité également une augmentation du personnel douanier. Il en va de même pour les départs pour lesquels des aménagements de la salle d’embarquement ont été nécessaires.

Une baisse dramatique de fréquentation de tous les aéroports

Tous les aéroports français ont fait face à une baisse d’activité en raison du Covid et à des aménagements de leurs locaux pour recevoir les passagers britanniques, tous ont subi en 2020 une baisse dramatique de leur fréquentation et tous sont déficitaires. Pour l’année 2021 et les suivantes, car il faudra plusieurs années selon les experts pour retrouver un niveau d’activité d’avant la crise sanitaire, deux simulations seront faites pour l’aéroport : l’une basse, l’autre intermédiaire. Il y a des compagnies qui reviennent, ce qui est bon signe selon Catherine Desprez et le Syndicat Mixte gérant l’aéroport mise sur une évolution de celui-ci dans laquelle la dimension écologique est une préoccupation constante.

Le communiqué de presse d’EELV pose un certain nombre de questions, soulignant les contradictions qu’il y a à vouloir faire de La Rochelle un territoire zéro carbone à l’horizon 2030 tout en programmant « plus de 2 millions d’euros d’investissement pour agrandir les espaces voyageurs de l’aéroport » et « en dépensant chaque année près de 2 millions d’euros à la promotion de lignes aériennes ». Vouloir augmenter chaque année le nombre de passagers et parier sur 260 000 passagers en 2021 contre 233 000 en 2019, « est-ce vraiment avoir en tête l’urgence climatique ? », s’interroge EELV.

Pour Bertrand Ayral, vice-président de l’Agglomération de La Rochelle en charge de l’aéroport, outre les aménagements néces s i tés par l e Brexit, il ne s’agit pas de développer l’aéroport, mais de le maintenir, car il permet de désenclaver notre territoire, ce qui est important à plus d’un titre. L’aéroport nous offre ce que ne nous apporte pas le ferroviaire : une manière rapide de rejoindre Lyon ou Nice. Il nous permet également d’atteindre les capitales européennes dans un minimum de temps. Il facilite les regroupements familiaux de notre communauté portugaise et simplifie les allées et venue des étudiants suivant un programme Erasmus. Sur un plan économique, les dépenses des passagers sur notre territoire ont représenté 37,5 M€ en 2019, ce qui est un facteur non négligeable. Le but est donc d’utiliser l’avion là où il n’y a pas d’alternative crédible. Il n’est pas en contradiction avec la volonté de faire de La Rochelle un territoire zéro carbone à l’horizon 2030. Il y a besoin d’accompagner le changement et de prendre le temps nécessaire pour apporter des offres alternatives mais il faut également laisser le temps à tous les secteurs de se remettre de ce qu’ils viennent de vivre et subissent encore.

Deux conceptions différentes

Tous sont d’accord sur le fait qu’il faille réduire les gaz à effets de serres (GES) dans les dix ans à venir. Mais on est face à deux conceptions qui s’opposent : pour les uns l’aviation n’est pas condamnée. Il faut certes, qu’elle évolue, mais on a le temps de la faire progresser et elle demeurera un moyen de transport important. Pour EELV, il faut changer de modèle :

« Il nous faut inverser les priorités : accélérer la transition écologique qui crée les emplois non délocalisables de demain et la réduction des inégalités par des investissements ciblés sur notre territoire : réduction de la précarité alimentaire et de l’isolement social comme territorial, sobriété énergétique, efficacité énergétique et développement des ENR, réouverture de gares et modernisation des lignes ferroviaires, soutien aux paysans bio et préservation de la ressource en eau ». Selon Jean-Marc Soubeste, il faut cesser de croire au mirage d’un aéroport attirant de plus en plus de touristes internationaux et sortir d’une dynamique de court-terme.

Rappelons que le trafic passagers avait déjà subi une baisse avant la crise sanitaire entre 2018 (240 154) et 2019 (233 000). Il faut également avoir à l’esprit que sur les 233 000 passagers accueillis en 2019 à l’aéroport, 50% étaient Britanniques. Si l’on sait que notre destination est très appréciée de ces derniers, il est plus difficile d’apprécier si la situation économique les autorisera à nous rendre visite à nouveau.

EELV indique : « Le développement de l’aéroport La Rochelle-île de Ré n’est pas notre priorité » et il y a fort à parier que nous verrons ressurgir cette thématique lors des prochaines élections départementales.

Catherine Bréjat

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