Environnement

Lettre ouverte n°7 du Collectif NEMO

La pêche menacée de disparition par l’éolien industriel marin d’Oléron

Publié le 01/09/2021

APRÈS LES LETTRES OUVERTES DU COLLECTIF NEMO : N° 1, INFORMANT NOS LECTEURS DU PROJET D’UNE « GRAPPE » DE PARCS ÉOLIENS OFFSHORE QUI S’ÉTALERAIENT LE LONG DE CÔTES OLÉRONAISES, RÉTAISES ET VENDÉENNES, JUSQU’AUX SABLES D’OLONNE ; N° 2, EXPLIQUANT EN QUOI CONSISTE UN PARC ÉOLIEN ; N° 3 PRÉSENTANT LES PHASES DE CONSTRUCTION, D’EXPLOITATION, PUIS DE DÉMANTÈLEMENT DES ÉOLIENNES ; N° 4 METTANT EN ÉVIDENCE « LES MANIPULATIONS DE L’ETAT » TOUT AU LONG DE L’ÉVOLUTION DE CE PROJET, PUIS L’INTERVIEW DU PROFESSEUR LAURENT BORDEREAUX SUR LES ENJEUX JURIDIQUES DU PARC ÉOLIEN OFF-SHORE, SUIVIES DE LA LETTRE NEMO N° 5 : « VERS LA DESTRUCTION D’UNE ZONE CÔTIÈRE ET MARINE RECONNUE UNIQUE EN EUROPE » PUIS DE LA LETTRE N° 6 : « PARCS ÉOLIENS : QUELLE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ ? », NOUS PUBLIONS CETTE LETTRE N° 7. LE COLLECTIF NEMO PRÉCISE QU’IL N’EST PAS OPPOSÉ PAR PRINCIPE AUX ÉNERGIES ÉOLIENNES, MAIS À CONDITION QUE LES PROJETS NE SOIENT PAS SITUÉS EN ZONE NATURA 2000 ET AIRES MARINES PROTÉGÉES.

Nous publions la lettre ouverte n°7 du Collectif NEMO au sujet du projet de plusieurs parcs éoliens industriels dans le Parc Naturel Marin au coeur d’une zone Natura 2000, du sud d’Oléron aux Sables d’Olonne

1) LA FILIÈRE PÊCHE

La pêche au large des côtes de Charente Maritime est une filière économique, structurante, traditionnelle et polyvalente. Elle exploite depuis des temps anciens des lieux convoitées aujourd’hui par le projet d’Oléron et ses extensions. Ses pêcheries dépendent des ressources halieutiques (poissons, mollusques et crustacés) et des faunes et flores algales associées qui peuplent les habitats marins, principalement des vases, des sables fins ou grossiers, des graviers. Ces zones sont très proche des ports Charentais (8000 tonnes pêchées en 2016, sources PNM) pour 71 bateaux à la Cotinière, 44 à La Rochelle, 27 à Royan, du port Girondin d’Arcachon(2000 tonnes) pour 52 bateaux. Mais aussi hors Région Nouvelle Aquitaine, des ports Vendéens (15 000 tonnes pêchées) pour 60 bateaux aux Sables d’Olonne, 50 à Saint-Gilles Croix de Vie, 40 à Yeu, 50 à Noirmoutier, et des ports de Loire-Atlantique (9500 tonnes pêchées) par les 50 bateaux de la Turballe et du Croizic.

La forte productivité de ses écosystèmes est due aux riches vasières nourricières littorales et aux apports en nutriments des fleuves côtiers et de la Gironde, plus grand estuaire d’Europe (voir carte 1, zone de pêche et carte 2, navires, ports et débarquements).

Les emplois de la pêche, ont été évalués par le Parc Naturel Marin à 900 marins actifs pour 350 bateaux pêchant dans les eaux du parc. Nous retiendrons 3 emplois à terre (mareyeurs, transformateurs, fournisseurs de biens et services) pour un marin embarqué soit 3600 emplois pour autant de familles.

La macro-zone d’environ 3000 km2 retenue par l’État pour futurs parcs éoliens dépasse la surface du Parc Naturel marin d’environ 66%. Ce sont donc beaucoup plus d’emplois qui seraient directement impactés. La filière Pêche de Nouvelle Aquitaine pèse 2355 marins embarqués pour 529 bateaux de pêche professionnelle soit 9420 emplois locaux et permanents qui pourraient être déstabilisés.

Les activités charentaises fortement ancrées au territoire, seront les premières touchées. Alors que le Département soutient légitimement ces vrais emplois locaux et permanents en investissant dans le port de la Cotinière pour une accessibilité augmentée (approfondissement du chenal, digue protectrice, nouvelle criée, environ 88 millions d’€). Est prévue aussi une modernisations du port de La Rochelle (environ 22 millions d’€).

Une pêche sacrifiée par l’Etat sur l’autel d’une production d’électricité française en surproduction

2) LES ESPÈCES PÊCHÉES ET LES PÊCHERIES PRATIQUÉES :

La riche mosaïque des milieux marins offre une diversité d’une soixantaine d’espèces « nobles » à forte valeur ajoutée économique, comme les soles, bars, merlus, lottes, seiches, calmars, maigres, cétaux, dorades royales, les espèces de thonidés, comme les bonites, thons rouges, thons germons, les appréciés poissons bleus comme les sardines, anchois, maquereaux et pour les crustacés, langoustines, crabes tourteaux, araignées, homards, crevettes… Ces apports d’une grande fraîcheur, pêchés à une poignée d’heures, sont destinés strictement à la consommation humaine des ménages et restaurants. Les pêcheries artisanales pratiquent les métiers des chalutiers, fileyeurs, ligneurs et palangriers, caseyeurs, dragueurs, expliquant que les pêcheurs font selon les saisons 2,5 métiers en moyenne.

Les lieux de frayères et de nourriceries (alevins et juvéniles) [voir carte N° 3 frayères] sont importants pour l’ensemble du golfe de Gascogne pour les soles particulièrement. Les tout derniers Esturgeons sauvages d’Europe (protégés), les Aloses, Lamproies, Maigres, sont les poissons migrateurs emblématiques d’une zone reconnue NATURA 2000, de 7 Réserves Naturelles Nationales et d’un Parc Naturel Marin !

3) L’ARTIFICIALISATION, DÉGRADATION, POLLUTIONS À RÉPÉTITION DURANT 60 ANS, DES FONDS MARINS, DE LA COLONNE D’EAU, DE LA COLONNE D’AIR …

Les dizaines puis centaines de gigantesques éoliennes Haliades jusqu’à 280 m de haut, aux nacelles de 700 tonnes, pales de 107 m et 50 tonnes chacune, les pieux de 150 t chacun quelles que soient les techniques d’ancrages artificialiseront après arasement les fonds marins sur une surface au moins égale à 8 000 m2 pour chaque éolienne. S’ajouteront les sous-stations, les centaines de km de câbles enfouis ou enrochés (relire les Lettres 1 et 2 de NEMO) … Avec leurs pollutions associées (huiles, détergents, produits chimiques, métaux lourds, bruits, vibrations, modification du champ magnétique) et leurs inévitables accidents d’exploitation.

Pour le Conseil National de Protection de la Nature (rapport du 6 juillet 2021, p 23), « La construction puis la présence en mer de structures permanentes, nombreuses (50 à 100 par parc), de grande dimension, à la fois immergées et émergées, provoque des changements physiques, hydrobiologiques du milieu marin et aérien. Ces changements multiples ont été observés sur d’autres structures offshores telles les platesformes pétrolières ou gazières ».

Ces bouleversements formidables d’un gigantesque chantier permanent (renouvellement des éoliennes nécessaire sur la durée moyenne d’un parc 40 ans, plus vraisemblablement 60) affecteront les fonds marins, la colonne d’eau entre fonds et surface et le milieu aérien au-dessus de la surface de l’eau.

Et les « effets récifs » évoqués par les porteurs de projet, sont ridiculement anecdotiques pour les écosystèmes vaseux où seront implantées les éoliennes.

Pour le Comité Régional des Pêches Maritimes de Nouvelle Aquitaine, « la pêche est dépendante du Bon État Écologique du milieu marin. Dérégler et détruire les équilibres écosystémiques, c’est hypothéquer tous les services rendus par ces zones marines ».

La dénaturation des fonds par arasement, par création de panaches turbides des pieux résistants aux courants, les rejets chimiques, les remplacements réguliers des mâts et structures d’ancrage et les éventuels démantèlements seront destructeurs. En zone NATURA 2000, dans le Parc Naturel Marin, pêché depuis des temps très anciens, « Le projet entre ainsi en conflit direct avec la vocation même de cette zone Natura 2000 », pour reprendre l’avis du CESER Nouvelle Aquitaine du 16 juillet 2021.

Aucune étude d’impact environnemental n’étant faite à ce jour ! Comment le Débat Public qui va commencer le 30 septembre peut-il espérer une réponse pertinente de l’opinion publique, des acteurs professionnels et des élus sur les lieux d’implantation de ces champs industriels alors qu’aucun éclairage sur leurs conséquences n’est donné ? Simulacre de consultation, fausse implication, démocratie bafouée ?

La France est le seul pays européen à implanter des Parcs industriels marins en zone NATURA 2000.

4) EN EUROPE LES PARCS ÉOLIENS MARINS SONT TOUS INTERDITS À LA PÊCHE

Tordons le cou à l’idée que les parcs seraient ouverts à la pêche et à la navigation ! Aucun engagement de l’État français n’a été pris à ce sujet malgré les questions pressantes des pêcheurs. La raison en est simple :

Les parcs éoliens européens ne sont pas ouverts à d’autres activités à cause de leur dangerosité :

– l’océan Atlantique en toutes saisons, a fortiori le dangereux golfe de Gascogne, vit les contraintes des vents, houles, précipitations, tempêtes …De rudes conditions de vie pour le matériel et les hommes… un bateau moins manoeuvrant, une erreur humaine, des conditions météo cataclysmiques et les mâts d’éoliennes sont des obstacles mortels pour la navigation.

– les grands parcs éoliens offshores voient chaque jour les équipes des bateaux, hélicoptères de maintenance, effectuer des interventions in situ. C’est une clef de réussite de la production des aéro-générateurs. Les pertes de production dues aux pannes, aux bris de pales, aux arrêts planifiés, aux bridages, au défauts de performance, aux causes extérieures sont nombreuses. Il y a donc quotidiennement des activités sur place. La concomitance avec d’autres acteurs est donc proscrite (source industrie éolienne).

Quand un parc en Europe a été ouvert à la pêche, au début de l’aventure éolienne offshore, l’équivalent du Préfet Maritime l’a toujours fermé définitivement au premier accident. Le parc de Thanet (GB) cité par les promoteurs, était un parc ouvert aux seuls pêcheurs caseyeurs, il n’est plus fréquenté aujourd’hui (source pêche).

Au premier parc prévu de 300 km2 pour 1 GW, sans aucune concertation avec les pêcheurs à ce jour, cette surface proches des ports sera interdite à la pêche. Les 300 km2 du 2ème GW suivront. Puis les macrozones couvrant plusieurs milliers de km2 seront interdites pour les parcs suivants. Sans compter les pièges des croches sur les lignes de câbles tirés des parcs vers les 2 à 3 raccordements à terre !

Pour le CRPM de Nouvelle Aquitaine « compte tenu des emprises spatiales cumulées des projets successifs sur les zones de pêche, c’est le devenir du métier de pêcheur qui est en jeu ! ».

5) LES RISQUES FORTS D’INSÉCURITÉ MARITIME POUR LA NAVIGATION ET POUR NOS CÔTES !

La dangerosité de tels champs industriels en mer constitue autant d’écueils à la navigation avec leurs risques de collisions et de sinistres pétroliers ou chimiques particulièrement. Les flux de transport des ports 2019 de La Rochelle (9,7 Mt dont 3 Mt de produits pétroliers) et Bordeaux (7 Mt dont 0,4 Mt pp) mais aussi Nantes-Saint-Nazaire (31 Mt dont pp 7,8 Mt en import et 4 Mt en export) seront augmentés des flux des énormes bateaux de transports d’éoliennes et de maintenance .

Ces très nombreux bateaux passeront donc entre les parcs éoliens, dans les couloirs de navigation prévus [voir carte N° 4 Densité de trafic bateaux munis d’AIS]. En cas d’avarie de propulsion, aucun moyen de secours ne pourra éviter la dérive du navire vers les parcs éoliens, surtout en période de tempête.

Notre Département occupe la première place européenne de la conchyliculture, possède le premier port de plaisance d’Europe (La Rochelle), investit dans une pêche nourricière, s’enorgueillit d’être le 2ème Département touristique de France.

Le Département de Charente- Maritime, les communes littorales et collectivités locales sont-elles conscientes des risques majeurs que leurs activités et leur image vont courir ? Celui d’un beau pétrolier ouvert, dans un champ d’éoliennes répandant ses fuels sur nos plages de sables fins.

Et on ose nous proposer la mise en place d’un « tourisme éolien » ?

On comprend pourquoi le Comité Régional des Pêches Maritimes de Nouvelle Aquitaine a voté à l’unanimité de son Conseil d’Administration contre ces champs industriels éoliens destructeurs et que le collectif NEMO soucieux des équilibres socio-économiques- environnementaux de notre beau Département dans un contexte de Brexit réducteur des zones de pêche, informe et alerte sur les menaces pesant sur la filière pêche, ses emplois, ses activités permanentes, nourricières, historiques, ancrées sur notre territoire et … sur les autres risques dévastateurs de ce barnum industriel éolien !

PS : NEMO organise à partir du 26 aout une tournée de Projection suivie d’un débat autour du film OCEAN 3 de Mathilde Jounot (1ère projection à Saint-Clément des Baleines, puis Oléron, Ré, Presqu’île d’Arvert, Pays Royannais, Aunis). Ce film relate le combat des pêcheurs contre la privatisation et la destruction des milieux marins.

Le Collectif Nemo

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Vos réactions

  • Oursin17
    Publié le 3 septembre 2021

    Absolument contre ce projet destructeur à tous niveaux

    Répondre