Nature

Biodiversité marine

La pêche illégale, ce fléau écologique

« Les infractions d’une minorité sont lourdes de conséquence et altèrent l’image de l’ensemble des pêcheurs », constate Dominique Chevillon.
Publié le 24/10/2019

Qu’ils soient pêcheurs amateurs, professionnels ou plaisanciers, les usagers de la mer le savent bien : de nombreuses infractions sont commises sur les eaux rétaises. La pêche illégale s’avère lourde de conséquences pour la biodiversité marine. Un enjeu environnemental majeur dont se sont emparé plusieurs associations de défense de la nature.

« Concernant la pêche pélagique, la politique européenne en matière de TAC* (Taux admissibles de capture) et de quotas a eu du bon », rappelle Dominique Chevillon, président de Ré Nature Environnement, vice-président du Parc naturel marin et vice-président de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux). À titre d’exemple, le « quota 0 » mis en place face à la baisse de population de thons rouges, très présents dans l’Atlantique, a eu les résultats escomptés. Les consommateurs, tout comme les professionnels de la restauration, ont approuvé cette décision, manger ou servir ce poisson était devenu tabou. Depuis 2018, la pêche du thon rouge est à nouveau autorisée, avec des quotas bien sûr, et l’espèce n’est plus menacée.

Protéger la ressource

Le constat est le même avec les anchois, qui ont vu leur population s’effondrer. Leur pêche a été interdite et la ressource en anchois s’est rétablie en quelques années. « Nous retrouvons depuis deux ou trois ans beaucoup d’anchois, avec des spécimens adultes, dans les écluses à poissons de l’île de Ré. C’est la même chose avec le merlu, qui a vu sa population augmenter grâce aux quotas, ou encore avec les coquilles Saint-Jacques. Avec des gisements surexploités, ces dernières étaient devenues rares et chères. Désormais avec l’encadrement de leur pêche, les gisements sont reconstitués, elles sont aujourd’hui nombreuses et peu chères », commente Dominique Chevillon. « Ces différents exemples attestent de l’effet positif de la politique des interdictions complètes ou des quotas qui permettent de maintenir la ressource », ajoute-t-il. Si la pêche encadrée est vertueuse en termes de protection de la ressource, des pratiques constatées sur l’île de Ré menacent considérablement certaines espèces de poissons et de mollusques.

Des pratiques hors-la-loi

Au sein du pertuis breton, si la majorité des pêcheurs respecte la législation, une minorité demeure hors-la-loi et impunie. « Le comportement de l’ensemble des pêcheurs dans le pertuis ne peut être critiqué, mais il y a quelques brebis galeuses qui abusent », soulève Dominique Chevillon. Des pêcheurs sans scrupule utilisent par exemple des longueurs de chaluts allant jusqu’à trois ou quatre fois la longueur autorisée. Un bateau, bien connu dans le pertuis pour utiliser davantage que les 2,5 kilomètres de chaluts légaux, laisse ses filets à la dérive, alors que la loi prévoit de les laisser fixés au navire par un bout. « C’est ainsi que l’on retrouve des filets sur les plages de l’île de Ré, avec des bars, des dorades ou encore des seiches emprisonnés ». Certains bateaux abandonnent ainsi leurs filets alors même qu’ils sont récupérables. Des filets qui continuent évidemment à tuer des poissons tout au long de leur dérive. Un autre bateau, lui aussi bien connu des usagers, bloque le courant du Fier d’Ars avec ses filets, et ce quasiment chaque jour. Du côté de la fosse de Loix également, cette pratique est constatée.

Vers une disparition de certaines espèces ?

« Plusieurs centaines de kilomètres de filets sont présents autour de l’île de Ré, notamment à des endroits où les seiches se reproduisent. Par ailleurs, de nombreuses étrilles, une espèce qui remonte la côte, sont prises dans ces mêmes filets ». Et les conséquences sont inquiétantes : la population de seiches et d’étrilles a considérablement diminuée depuis quelques années. « Vers une disparition des seiches et des étrilles sur l’île de Ré… ? », interpelle Dominique Chevillon. D’autres infractions sont constatées sur l’île de Ré : la sur-motorisation des bateaux, qui parcourent ainsi davantage de chemin que les autres ou encore la pêche sur zone interdite, sous le pont à l’entrée du port de La Pallice par exemple. Des pratiques le plus souvent commises la nuit, comme si tout y était permis.

Mais que fait la Police ?

« Ces pêcheurs en infraction bénéficient d’une impunité puisqu’ils ne sont jamais contrôlés. Personne ne voit jamais la police des Affaires Maritime alors que les plaisanciers font l’objet de nombreux contrôles par la Gendarmerie par exemple », souligne le vice-président du Parc marin. « Le Parc marin a été créé il y a peu et n’est pas encore doté de moyens de police mais en 2020 nous disposerons d’un bateau et de trois équipiers ». Mais pourquoi le comportement néfaste de ces pêcheurs reste-t-il impuni ? « Il se raconte que l’un des bateaux en infraction et qui débarque à La Rochelle, serait l’un des plus gros apporteurs de poissons en volume et en valeur… Est-ce une raison de non contrôle ? La question se pose ! ».

Un dossier en cours d’instruction

Face à ces importantes dérives, qui nuisent à la santé des pertuis, aux pêcheurs en général mais aussi aux consommateurs, trois associations ont décidé d’instruire un dossier. Ainsi, Ré Nature Environnement, la LPO et Nature Environnement 17 recueillent actuellement des témoignages de pêcheurs professionnels et amateurs ainsi que de plaisanciers. « Nous sommes en train de documenter notre dossier pour répondre à un certain nombre de questions : Qui fréquente le pertuis ? Quelle est l’origine de ces bateaux ? Viennent-ils de La Rochelle uniquement, de La Cotinière, des Sables d’Olonne ? ». Une fois le dossier finalisé, il sera présenté aux décideurs pour que soient prises les décisions qui s’imposent, au niveau de l’administration et des autorités. « De plus en plus de personnes souhaitent faire cesser cette situation anormale qui a déjà beaucoup épuisé la ressource dans le pertuis alors qu’il s’agit d’un lieu de ponte et de nourrice », conclut Dominique Chevillon.

* Les TAC sont décidés à Bruxelles avec les représentants de la pêche de chaque État européen.

Quid du bar ? Selon le président de Ré Nature Environnement, « Le bar devrait être purement et simplement interdit à la pêche sur les frayères au moment du frai. D’autant que sa pêche est actuellement interdite au nord du 48ème parallèle car les ressources y sont épuisées… Les pêcheurs de la Manche et de la Mer du Nord viennent désormais dans le golfe de Gascogne pour le pêcher. Quant aux sardines, elles devraient être assorties de quotas beaucoup plus faibles ».

Aurélie Cornec

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Vos réactions

  • Pechou 17
    Publié le 30 octobre 2019

    Il est dommage de mélanger chalutage et fileyeur car ceux qui sont limités à 2 km 5 ce sont bien les filets dérivant et pas les chalutiers et quant à la prétendue disparition des sèches il serait bon regarder les nouvelles technique de pêche pratiquer à l’embouchure des Pertuis et ceci sans que soit réalisé aucune étude d’impact et pourtant nous sommes bien dans un parc marin bonne journée

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