Patrimoine

Carnet de voyage(s)

La Couarde-sur-Mer, l’Ile de Ré en son coeur

Au Marché du Mail, courses, shopping et café du matin
Publié le 30/05/2022

Village frontière pris entre deux courants, La Couarde-sur-Mer révèle une vie singulière, comme attirée entre deux contraires. Un coup d’oeil sur une image satellite suffit à le constater : La Couarde-sur-Mer est au coeur du territoire, se rétrécissant en cet endroit avant de s’arrondir ensuite vers les contrées du Nord, et le « sur-mer » a du sens. Car ici, l’eau n’est jamais très loin, qu’elle déferle en vagues du côté Ouest ou scintille au soleil dans les marais salants à l’Est.

La Couarde laisse deviner de nouveaux paysages qui s’imposeront plus loin en leur nature restée sauvage.

Village frontière

On y accède par les départementales venant de Saint-Martin et du Bois- Plage, et que ce soit à pied, à vélo ou en voiture, pas de doute, il se passe quelque chose sur le trajet. Le paysage se « désurbanise », comme si se préparait dans les champs le passage à autre chose. Traversant le village, les deux ailes départementales se rejoignent sur un vaste rond-point. Sommes-nous déjà ailleurs ? Non. Le territoire couardais s’allonge sur la route d’Ars, bordée par les frondaisons de la Forêt du Bois Henri IV, au-delà du lieu-dit La Passe en passant par Les Prises.

Et c’est un rond-point bien plus modeste qui marque la frontière : à droite, direction la presqu’île de Loix, tout droit, le Nord de l’Île nous attend.

Authentique et secret

Marche arrière, au village à proprement parler. Véritable labyrinthe, le bourg d’antan est un entrelacs de venelles. Hauts murs blancs, portails dissimulés au fond de minuscules impasses chargées de fleurs… les demeures couardaises préservent leur intimité.

Après s’être perdu avec délices, on arrivera toujours quelque part. Il suffit pour cela de suivre le clocher de l’église. Sur sa place, un kiosque à musique, et en perspective, une longue rue bordée de commerces, et des venelles encore, par où rejoindre l’océan.

Avenue du Mail, le Marché du même nom. Même esprit qu’au Bois-Plage, dedans les produits frais, dehors un tas de choses. Mais la ressemblance s’arrête là : en façade des quartiers résidentiels tardifs du littoral, restaurants et bars se succèdent jusqu’à l’avenue d’Antioche.

Discret et replié sur lui-même du côté de l’église, voilà La Couarde ouvert sur l’océan. On dirait presque un autre centre village… cette commune a-t-elle deux vies ? Peut-être… Plus loin, le visiteur aura tout loisir de se perdre à nouveau du côté du Chemin des Brardes et ses résidences noyées dans la verdure.

Au coeur de village, l’église observe les allées et venues.

Station balnéaire prisée

Et de longue date, puisque La Couarde peut s’enorgueillir du statut de première station balnéaire de l’île. Déjà loin du continent pour un dépaysement total, il est également plus accessible que le lointain village des Portes-en-Ré qui n’est pas encore, au début du vingtième siècle, la référence que l’on sait. D’où vient l’engouement de ces premiers vacanciers en mal d’horizon dégagé ? Des plages couardaises, semblant s’étendre à l’infini et sans entraves, de l’entrée du village jusqu’à la digue du Boutillon.

Plage des Folies, des Anneries, du Peu des Hommes, de la Pergola, du Peu Ragot, des Prises… Les noms se suivent comme autant de possibilités d’aller poser serviette et parasol par de multiples voies d’accès, parfois bien cachées.

Rien d’étonnant donc à ce que la route d’Ars soit bordée côté Est par de nombreux campings accueillant chaque saison leur lot de vacanciers amateurs de villégiature naturelle. Bien sûr, au fil de cette immense bande de sable fin, les activités nautiques ne manquent pas. Voile, planche à voile, kite-surf, ski nautique ou paddle ont la vie belle, tandis que sur la plage du Peu Ragot, les générations successives apprennent à nager dans le bassin de l’Ecole de voile Les Dauphins du champion couardais Antoine Albeau.

Et capitale de la culture

Elle s’appelait autrefois Association Rétaise de Développement culturel, elle a été rebaptisée .Ré Domaine Culturel. Née avec le Maire Paul Neveur, à la fois salle de cinéma et de spectacles, La Maline a assuré pendant des décennies sa mission. Et alors qu’un sérieux coup de jeune s’impose, la Communauté de Communes rétaise choisit de la maintenir en terre couardaise. Une décision forte illustrant la volonté du territoire de se relier en son coeur et du Nord au Sud par la Culture.

Après douze ans de péripéties, La Maline du vingt et unième siècle n’a rien à envier à de grandes salles continentales. Épicentre de l’Ile de Ré, La Couarde en est sa capitale culturelle.

Pittoresque et charmant, le chenal du Goisil regarde au Nord, vers le village de Loix.

Mais que se passe-t-il à l’Est ?

D’un côté de la départementale venant de Saint-Martin le village, de l’autre… pas grand-chose. Enfin si quand même. Côté terre des champs de vignes et côté mer… des ostréiculteurs et des marais salants que l’on contemple à perte de vue et à vélo, par la longue piste cyclable venant de Saint-Martin. Les premiers de l’Île, miroitant sous le soleil estival et ouvrant vers les terres salées du Nord.

Arrêt obligé à la base nautique et son vaste plan d’eau où travaillent assidûment de jeunes champions, et au petit port du Goisil. Pontons de bois, chenal étroit ouvert sur l’océan par où les embarcations des plaisanciers prennent le large jusqu’à la Fosse de Loix.

Le paysage est celui d’une carte postale, on est loin, très loin, dans l’espace et dans le temps.

D’un côté l’agitation permanente du Sud, de l’autre la sereine majesté du Nord. Entre deux eaux, La Couarde a trouvé son propre rythme. L’hiver, elle offre des horizons sauvages et désertés sans aller plus avant et l’été, le village est en effervescence. Car de vide-greniers en concerts sous le kiosque à musique en passant par les animations au Marché du Mail et sans oublier La Maline, n’allons pas croire que La Couarde s’endort. D’ailleurs, c’est en son territoire que perdure le dernier lieu où danser jusqu’au bout de la nuit. Mythique, La Pergola continue de faire le bonheur des tribus familiales.

Pauline Leriche Rouard

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