Patrimoine

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La Couarde : 100 ans de mémoire collective

©PLR - Imposant et singulier, le Monument aux Morts couardais exprime une symbolique forte.
Publié le 17/10/2022

Il a été inauguré le 3 septembre 1922. Cent ans plus tard, le Monument aux Morts couardais fait l’objet d’une commémoration riche de sens.

En ce samedi 17 septembre, le l’aigle symbolisant l’ennemi abattu. soleil illumine le square Roger Les maçons du village donnent Bonin qui voit une affluence de leur temps et leurs mains pour inhabituelle réunie dans son cadre bucolique. La municipalité couardaise célèbre le centenaire du Monument aux Morts érigé en hommage aux Couardais ayant donné leur vie pour la France. A la fois solennelle et amicale, la cérémonie du souvenir se déroule en plusieurs étapes, exprimant le respect mais aussi beaucoup d’émotion.

Une œuvre collective

Au-delà de sa valeur mémorielle, le Monument aux Morts couardais est un élément remarquable du patrimoine, qui a une histoire particulière et symbolise la générosité collective d’un village en deuil.

Tout commence en 1919 lorsque Gaston Bonnin, instituteur du village, offre à la municipalité des terrains situés devant l’école pour que soit érigé un monument en mémoire des disparus de la Grande Guerre, lui-même ayant perdu son fils Roger dont le square prendra le nom. Après avoir donné son accord, le Maire d’alors, Théophile Pénisson, lance une souscription et voilà tout un village qui se mobilise.

Né à La Rochelle mais Couardais de cœur, l’architecte d’Etat Jules Godefroy dessine les plans du square et du monument et les offre à la commune, tandis que son ami le sculpteur et 1er Prix de Rome Aimé Octobre crée, lui aussi gracieusement, l’aigle symbolisant l’ennemi abattu. Les maçons du village donnent de leur temps et leurs mains pour réaliser le monument tandis que les habitants veillent à l’aménagement du square. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands chercheront en vain l’aigle impérial (après l’avoir vu sur une carte postale). Démontée et cachée sous un tas de bois, l’œuvre en bronze attend des jours meilleurs pour reprendre sa place.

Solennité et émotion

Indissociable de toute cérémonie mémorielle, la solennité du moment passe par la présence des drapeaux, des uniformes et de l’armée, représentée notamment par les soldats du IIIème Régiment du Service Militaire Civique de La Rochelle, par le dépôt d’une gerbe, par une minute de silence et bien sûr par les discours. Quant à l’émotion, elle est à plusieurs reprises palpable au détour d’un mot, d’une phrase, dans le chant de la Marseillaise et de l’Hymne à la Joie portés par la voix de la soliste Sophie Lacaze.

« Vous êtes morts pour que la France vive » rappelle le 2ème Adjoint de La Couarde, Denis Giraudeau, arrière arrière petit-fils du Maire Théophile Pénisson, lisant pour l’assistance le discours d’inauguration prononcé par son aïeul le 3 septembre 1922, tandis que l’historien couardais et Président de l’Union locale des Anciens Combattants, Michel Pelletier, nous raconte l’histoire du monument, rappelant que le mur de granit s’imposant au centre du square « évoque l’invasion arrêtée par ceux qui ont donné leur vie ». Patrick Rayton sera bref : « un homme sans mémoire est un homme sans vie. Un peuple sans histoire est un peuple sans avenir ». Citant le Maréchal Foch, le Maire de La Couarde nous parle de « ce temps de recueillement et de partage autour du devoir de mémoire », et lance un appel aux jeunes générations « à qui appartient aujourd’hui ce devoir ».

La beauté d’un poème

« La vie est un verre de lait chaud et un livre posé devant l’enfant qui s’éveille » … tout est dit dans le texte du poète grec Yannis Ritsos que lisent trois jeunes lycéens couardais, récompensés par le Département et l’Académie en mai dernier car lauréats d’un concours national ayant pour thème « La Fin de la Guerre : les opérations, les répressions, les déportations et la fin du IIIème Reich (1944-1945) ». Présentés par la 3ème Adjointe, Peggy Luton, Camille Planchet, Camille Lutt et Simon Laurent nous offrent un moment de grâce et un « message de paix, le plus important », selon Peggy Luton.

Conduite avec sobriété et justesse sous le regard des élus de la municipalité mais aussi des descendants de ceux qui ont permis à ce monument d’exister, la cérémonie s’achève par un moment de convivialité. Comme l’a souligné le Maire de La Couarde Patrick Rayton, « la mémoire n’est pas un devoir mais une responsabilité à apprendre et à transmettre ». Une responsabilité qui nous incombe à tous, et plus que jamais en ces temps où le contexte géopolitique nous rappelle que la guerre n’est, hélas, jamais bien loin.

Pauline Leriche Rouard

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Vos réactions

  • Domicasseron
    Publié le 21 octobre 2022

    Le monument n’a pas été restauré comme il était il y a quelques années – par souci d’apaisement international, je le comprends.
    L’aigle était percé d’une grande flèche et une plaque portait l’inscription : « Ci-gît l’orgueil allemand »

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