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Portrait

Katia des bois, une femme libre et passionnée !

© Nathalie Vauchez - Katia, en profond accord avec elle-même et sa philosophie de vie.
Publié le 04/08/2020

Voilà plus de deux ans Katia et ses enfants, Sacha et Anton, ont décidé de venir vivre sur le terrain de vacances familial, dans les bois, du côté de La Flotte. Un mode de vie simple, en phase avec ses convictions profondes.

Depuis deux ans ce portrait est en gestation. Comment décrire en quelques mots la quintessence de la vie, la personnalité hors norme d’une femme épanouie mais en perpétuelle recherche et questionnement, un mode de vie quasi-dénué de tout confort matériel mais riche de l’essentiel ?

Des contraintes de vie devenues insupportables

Après 14 années de vie commune avec David, le père de ses enfants, chef d’entreprise artisanale, Katia étouffait dans sa vie de couple, en région parisienne puis bordelaise. Au sens propre, mais aussi figuré. Trop de carcan, trop de pression, trop de routine. A tel point qu’elle en a développé une grave maladie auto-immune, traduction directe du combat intérieur qui l’animait. Une sorte d’enfermement physique, pendant de cet enfermement psychologique. « Mon corps m’alertait, tout plein de choses me coinçaient, j’ai développé une « Mal à dit… », ce qui m’a poussé à une profonde autoréflexion. Au fur et à mesure que je me suis affranchie de certaines contraintes, que je me suis libérée, mon corps s’est décoincé, mes crises physiques se sont espacées… Aujourd’hui, elles sont devenues rares, et dès que je sens les premiers signes, je me pose pour relâcher la pression et éloigner la crise ».

Nous sommes nombreux à supporter les contraintes de cette perpétuelle course en avant, d’une vie déconnectée du fondamental, à commencer de la nature. Nous nous en accommodons plus ou moins bien. Plutôt moins, si l’on considère la consommation de médicaments dans notre civilisation dite moderne, et l’explosion de maladies dites du siècle…

Une soif d’absolu et de liberté

Hyper douée et hyper sensible, Katia, elle, n’a pas supporté. Et a eu la force de se « révolter ». Une révolte positive et constructive. Animée par une soif d’absolu et de liberté, idéaliste, elle s’est lancée corps et âme dans une expérimentation grandeur nature d’une autre vie, qu’elle construit pas à pas, jour après jour, avec sa fille de 12 ans (elle rentre en 5ème) et son fils de 8 ans (en CM1 à la rentrée). Ceux-ci ont eu le choix de la suivre dans cette nouvelle aventure ou de vivre avec leur père. Ils l’ont suivie, sans hésitation, et n’échangeraient aujourd’hui pour rien au monde leur cabane au fond des bois, sans eau courante ni électricité, avec toilettes sèches, pour une maison tout confort !

Sur un terrain familial de 1000 m2 – excusez du peu – situé sur le lieudit « Les Grands Bois » à la Flotte, la petite famille vit au rythme de la nature avec ravissement, se couche tôt l’hiver, explore chaque jour de nouveaux terrains de jeux, déguste chaque rayon de soleil, et se lave à la bassine grâce aux bidons d’eau de pluie, fait la vaisselle avec de l’eau de récupération. Elle se chauffe et s’éclaire à l’énergie solaire, le frigo fonctionne au gaz. Une vraie école de la vie, de la nature. Une nouvelle respiration.

Son voisin le plus proche, qui vient d’ailleurs souvent lui rendre visite, est Alain, le fermier de La Flotte qui cultivé céréales et pommes de terre sur 140 hectares autour de l’Abbaye des Châteliers. Les autres voisins ne sont là qu’à certaines périodes de vacances.

Enfant, une vie très indépendante

Bien sûr les origines de cette soif de liberté et cet idéalisme sont à rechercher dans l’histoire personnelle, intime, familiale de Katia. Ballotée entre un père apiculteur « manouche » avec qui elle vend des bonbons de miel sur les marchés dès l’âge de 5 ans, que petite elle adule, avant de découvrir sa violence, et une mère faible et fantasque, qu’elle poussera à partir, ses enfants sous les bras, elle redoute les visites chez son père. Aussi, dès qu’elle le peut, à l’âge de 18 ans, Katia part un an en Suède pour prendre le large, puis à son retour, étudie en école de commerce. Elle entame à 24 ans une vie adulte « classique », en région parisienne, dans laquelle elle se laisse enfermer, avant de réagir.

Elle sent bien qu’elle est « différente, bizarre », qu’elle « pense trop » et passe un test de QI à 28 ans. Le résultat est sans appel, avec un coefficient intellectuel exceptionnel, que Katia résume humblement en un mot : je suis « sur efficiente… » Comme souvent, cette sur efficience s’accompagne d’une sensibilité à fleur de peau, qui la plonge dans le doute perpétuel. « Tout est incertain, il faut l’accepter, tout comme assumer des envies différentes… ».

Un mode de vie pleinement en phase avec sa philosophie d’existence

Petit à petit, son rêve d’enfant a pris forme. Elle qui venait chaque été en vacances sur le terrain familial de La Flotte acquis par sa grand-mère dans les années 1960, a toujours rêvé de s’y installer. Après une première tentative il y a seize ans, qui se solde par un départ au bout de deux mois, cette fois-ci est la bonne.

Quand elle s’est installée dans les bois dans la continuité de l’été 2018, tout n’a pas été facile pour Katia et ses enfants. Elle a souvent eu la visite de la police municipale, des gardeschasse, le Maire Léon Gendre est venu la voir, suivi peu de temps après des services sociaux. Qui ont tous bien compris que ce mode de vie relevait d’une vraie philosophie d’existence et non pas d’une marginalité, ni d’une précarité, qui seraient subies, et ont pu constater l’épanouissement des enfants, confirmé par l’école et l’entourage.

A Bordeaux, Katia a suivi durant quatre ans des formations à la parentalité, à la psychologie des enfants, aux relations parents/enfants. Autant dire qu’elle sait bien où elle va. Son approche éducative est à l’image de ce qu’elle est profondément, rien n’est tout blanc ni tout noir, à chaque situation correspond une recherche de réponse justement dimensionnée.

Même si elle dit vivre « au jour le jour », Katia ne se voit pas repartir. « Je me suis découvert des talents de jardinage, je m’émerveille devant mes plants de tomates, courgettes, carottes, concombre, verveine, fraises et persil… Cela te resitue d’où tu viens, tout paraît fantastique, la vie qui sort de terre…»

« Chaque soir pour aller chercher le courrier dans notre boîte à lettres située sur la tournée du facteur, nous partons marcher dans la forêt, c’est l’aventure… »

« Nous savourons la vie, comme on savourait une bonne douche après un mois de vacances sur le terrain, le fait de ne pas avoir donne toute sa saveur à ce que tu as, quand tu l’as. Nous n’avons pas de routine, car la routine endommage la vie, être en mouvement perpétuel c’est rendre hommage à la vie, en la vivant vraiment et en n’étant pas sur pilote automatique ».

Acteurs du film d’une vie à toujours réinventer

La petite famille a « le sentiment de vivre dans un film, dont elle est actrice et savoure chaque scène, chaque atmosphère…

Tout est improbable, différent d’un jour à l’autre, d’une saison à l’autre, on suit le cycle de la nature, je travaille beaucoup plus aux beaux jours, je me reconnecte avec ma propre nature. On vit dehors même l’hiver. J’apprends à me débrouiller, et j’en tire un sentiment de puissance. Nous achetons le minimum, toujours d’occasion, nous avons besoin de peu de choses pour vivre, et nous bénéficions d’un réseau de solidarité ».

Katia a arrêté de fumer, se passe quasiment de voiture, et s’est retirée de Facebook… « Plus ça va, plus je me détends et moins j’ai besoin de grand-chose pour vivre, je peux faire sans. Je me suis reconnectée à ma propre nature. »

Mais qu’en disent les enfants ? Ont-ils des envies de leur âge, non assouvies ? La réponse fuse, étonnée : « Besoin de quoi ? Non, nous ne manquons de rien, nous avons l’essentiel, nous aimons cette vie, ce grand jardin dans les bois plein de jeux, nos cabanes dans les arbres, nous avons chacun notre espace dans la maison. Nous ne voulons pas repartir en ville ». L’été et dans le courant de l’année, ils partent en vacances avec leur père qui vient aussi régulièrement les voir dans les bois. Une façon aussi de ne pas se déconnecter totalement de leur vie d’avant.

Tous les deux – l’une au collège, l’autre à l’école de La Flotte – pratiquent des activités sportives extra-scolaires qui contribuent aussi à leur socialisation, invitent des copains sur leur terrain de vie, bref vivent pleinement leur enfance.

Maintenant qu’elle a concrétisé son rêve, Katia a-t-elle d’autres rêves de liberté ? « J’aimerais partir à bord d’un van avec les enfants pour faire un tour d’Europe pendant un an, partir à l’aventure et savoir improviser et assumer le quotidien ».

Les yeux de Katia et de ses enfants brillent de mille étoiles.

Nathalie Vauchez

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Vos réactions

  • jc
    Publié le 21 août 2020

    Bonjour,
    je suis propriétaire d’une parcelle non constructible sur l’Ile De Ré depuis 1979 sur laquelle on avait le droit de camper 3 mois dans l’année lors de l’acquisition.
    Depuis l’inscription au site classé, c’est un délit de camper sur son terrain.
    A la Flotte en Ré les personnes qui campaient les autres années avec l’ancien maire étaient verbalisées.
    Alors quand on lit cet article on se pose beaucoup de questions?
    Nous ne polluons pas (fosse étanche) contrairement à ce que l’on nous reprochait, nous avons un puits, nous ne faisons pas de feu et participons à la sécurité et propreté des lieux.
    Malgré tout je suis très content que Katia puisse vivre comme elle l’entend.
    Cordialement.

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