Culture

Festival

Jazz au Phare : une dixième édition très réussie

©Pascal Thiebaut
Publié le 28/08/2019

Programmée dans le cadre des Sites en scène, la dixième édition du festival, qui s’étalait du 3 au 7 août, a battu les précédents records de fréquentation.

Après la fréquentation record du JAP 2018, Jean Chavinier et Jean-Michel Proust – respectivement le président et le directeur artistique de Jazz au Phare – enregistrent cette année une augmentation d’entrées de 18 %, un dynamisme qui promet toujours plus de swing dans les années à venir

Le Jazz est une musique de rencontres aime à penser Jean-Michel Proust. Grâce à une programmation dense (plus de vingt formations), d’influences musicales diverses, mais aussi à une facilité d’accès au plus près des musiciens, à la convivialité du site et aux éclairages multicolores projetés sur les tours pendant les concerts, le festival rétais a, cinq jours durant, ouvert le champ des découvertes musicales, dans une ambiance sereine.

Lisa Ekdahl. ©Pascal Thiebaut

Le JAP dans tous ses états

Délaissant le site (les bars et les restaurants s’en trouvaient débordés lors des précédentes éditions) la soirée d’ouverture du festival s’est exportée à la Java des Baleines, où les organisateurs ont rencontré des partenaires enthousiastes et volontaires. Le grand bal swing, à l’instar des bals de campagne du siècle dernier, a fait tourner les têtes et danser les couples au son du boogie-woogie extrêmement dynamique du Zebulon Boogie Project.

Sur les quatre concerts de la grande scène, trois affichaient complets plusieurs jours à l’avance, et si les têtes d’affiches, Melody Gardot, Christophe, Lisa Ekdahl et Michel Jonasz étaient attendues avec enthousiasme par un public conquis d’avance, c’est bel et bien la programmation du slameur français Sly Johnson qui a fait le buzz cette année, son irrésistible groove, sa présence charismatique sur scène et sa voix charmeuse ont électrisé les spectateurs.

Mais rien ne vaut l’expérience ! L’émotion était à son comble et le bonheur tangible quand, avec Christophe ou Michel Jonasz, les aficionados ont chanté à l’unisson les morceaux tant attendus de leur jeunesse (Les Marionnettes, Aline, Les Mots bleus / Une super nana, Unis vers l’uni).

Melody Gardot. ©Pascal Thiebaut

Une édition axée sur la chanson

Sans conteste, Melody Gardot a donné ce 4 août, un concert d’exception. La chanteuse américaine qui s’est établie à Paris, dans un répertoire éclectique de bossa nova, de jazz ou de soul, a littéralement enveloppé de sa voix suave et généreuse ses auditeurs dès la première note pour les emmener au firmament de la béatitude.

Pour sa part, le grand Christophe, s’accompagnant seul en scène, au piano ou à la guitare, a surfé sur ses cinquante ans de carrière ponctués d’innombrables hits. Son concert, qui dura deux heures, fut un mélange de souvenirs rétais, puisqu’il a résidé sur l’île, de survols fredonnés de ses tubes et d’hommages à ses amis. Seuls les fans détenaient les codes et certains partirent avant la fin.

Très attendue également était la chanteuse suédoise Lisa Ekdahl qui donnait au JAP sa seule date française de l’été. Connue dans les années 80 pour sa voix fluette caractéristique et sa musique céleste, l’ange cosmique a chanté l’amour sans relâche (Love is around the corner) pour un public relativement clairsemé mais ravi. Le message de partage et d’amour, qu’elle livrait ce 6 août, se lisait en de larges sourires sur les visages des auditeurs pacifiés.

La dernière soirée du festival fut plus que mouvementée avec un parterre plein à craquer où même les reporters TV, nous dit-on, n’ont pu se frayer un passage ! Dès 20h30, la file d’attente s’allongeait à l’entrée pour la première partie de Sly Johnson, ce qui n’est pas habituel. Puis les musiciens du Michel Jonasz Quartet, peu ou prou la même formation (Manu Katché, Jean-Yves d’Angelo) que pour son album de 1985, Unis vers l’uni, ont livré le meilleur d’euxmême lors de solos enivrants.

Sly Johnson. ©Pascal Thiebaut

Depuis le premier jour, Jazz au phare s’est donné pour mission de faire découvrir de nouveaux groupes

La scène révélation, véritable tremplin pour les jeunes formations d’une part et les concerts en premières parties et en off d’autre part en sont l’application directe.

Parmi le large éventail de concerts proposés, les amateurs de jazz se sont régalés à l’écoute du Laurent Coulondre Trio qui, rendant hommage à Michel Petrucciani mais aussi à Eddy Louis, a conquis les plus difficiles d’entre eux. Le lendemain, dans un tout autre répertoire, Laurent Coulondre (au clavier) était à nouveau sur la grande scène aux côtés de Sly Johnson.

Côté scène révélation

Des quatre groupes Moritz, Phractal, Gyoza et Cotton Tail Triad qui concouraient cette année, tous étaient si talentueux que le jury a essuyé des sueurs froides pour les départager. C’est finalement Moritz et sa chanteuse Charlotte Planchou qui ont le plus ému le jury et remportent le trophée pour leur capacité de développement. Leur groove, mélange de jazz, de pop et de soul, décoiffe sans complexe le rock traditionnel américain et leurs mélodies simples, empreintes d’une énergie particulièrement communicatrice, ont fait preuve d’efficacité.

Moritz et sa chanteuse Charlotte Planchou ont remporté le trophée « révélation ». ©Pascal Thiebaut

Le retour du Théâtre de Verdure

Tous les matins de 10 h à midi, la jeunesse s’est révélée très à l’écoute et le retour des scènes pour enfants, fut un franc succès grâce aux ateliers de Victorine Martin et Doudou Cuillerier et de Cyril Maguier et ses concerts des Bedaines de Coton.

« Un festival réussi c’est quand tout le monde est content, affirme Jean-Michel Proust, les artistes, les festivaliers, les techniciens et les bénévoles. » Ces derniers étaient entre soixante et soixante-dix cette année pour soutenir et graisser les rouages de la machine Jazz au Phare. Les organisateurs les remercient, eux et tous les partenaires, très chaleureusement.

Et si tout le monde est content comment ne pas s’écrier : vivement août prochain et le JAP 2020 !

Véronique Hugerot

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