Environnement

Littoral - Sécurité - La Rochelle et Loix

Immersion en exercice de submersion

© Anne-Lise Durif - A La Rochelle, un dispositif de barrage souple mobile à été installé le long du vieux port.
Publié le 05/12/2019

La préfecture et quinze communes du littoral se sont prêtées à un exercice de submersion marine grandeur nature, entre le 27 et 28 novembre. Ré à la Hune était en immersion.

Il est 16h ce 27 novembre et la préfecture bourdonne comme une ruche. Tout le monde est en place, prêt pour l’exercice simulant une alerte à la submersion marine, concernant quinze communes littorales de l’île de Ré à La Rochelle, en passant par Charron, Châtelaillon, Aytré, Angoulins et l’île d’Aix. C’est Mathieu Ringot, le directeur de cabinet du préfet, qui donne le top départ à la dizaine d’agents représentants le PC de Météo France. Un premier agent s’empare d’un combiné téléphonique. Au bout du fil, le cadre d’astreinte de la préfecture, c’est-à-dire la personne de l’institution à prévenir en cas de coup dur. « Bonjour, c’est Météo France – exercice, exercice – je vous appelle pour vous dire que nous venons de déclencher une vigilance orange vents violents et des phénomènes de submersions », relate l’agent au cadre, avant de lui dérouler les détails, « on attend des rafales à 120/140 km/h et des vagues de 8 à 10 m au large et une houle longue avec des temps intermédiaires de 14/15 ».

Du côté de la préfecture et de l’Agglomération

Au PC de la préfecture, le personnel est déjà sur le pied de guerre. Après l’alerte relayée par le cadre d’astreinte, le service communication élabore un mail à l’attention de toutes les communes concernées. « Les services s’appuient sur un canevas de lettre faisant partie du protocole ORSEC, adapté en fonction des analyses de Météo France », explique Mathieu Ringot. D’astreinte ce soir là, la sous-préfète de Saintes Adeline Bard relit le message pour s’assurer de sa compréhension et de sa conformité protocolaire. Une fois validé, le message est enregistré sur une sorte de répondeur vocal puis envoyé à tous les numéros de téléphone de permanence des communes. Derrière, un élu ou un personnel de mairie réceptionne le message et doit alors mettre en place toute la chaîne d’alerte.

Dans l’Agglomération rochelaise, chacun s’occupe de sa tâche. Des cellules de crise sont montées dans chaque collectivité, ainsi qu’au siège de l’agglomération de La Rochelle et à la Maison du Département. Les pompiers ont positionné leurs cadres dans chacun des PC, en attendant de voir comment évolue la situation. En temps réel de crise, ce sont quatrecents pompiers qui seraient mobilisés sur le terrain. A Chatelaillon, les référents de quartier vont frapper à chaque porte des foyers qui se sont portés volontaires pour l’exercice, dans le but de simuler une évacuation des zones submersibles. En tout, deux-cents personnes se sont portées volontaires sur les quinze communes pour participer à l’exercice.

Dans les communes

Pendant ce temps là, les communes commencent à déployer leurs dispositifs de protection. A La Rochelle, les batardeaux tout neufs du Gabut sont installés et les portes-écluses du port fermées. En temps de crise, le canal Maubec serait même vidé, car il a été observé que celui-ci avait recueilli une grande quantité d’eau durant la tempête Xynthia, freinant de manière significative la pénétration de la mer plus en avant dans la ville. Au Vieux-Port, la Ville profite du début de soirée pour montrer à la population un tout nouveau dispositif de digue mobile. Nommé Water-Gate, ce barrage souple est positionné au pied de la tour de la Chaîne et tout le long du cours des Dames, sur le quai. En montant, l’eau s’engouffre entre deux membranes de cet te toi l e étanche, dont la partie supérieure se redresse sur l’effet de la poussée d’Archimède, formant une digue. Un dispositif compatible en zone protégé comme le port, mais qui serait inutile dans des zones de forte houle.

A 2h du matin, l’alerte de Météo France passe au rouge. La préfecture passe alors au deuxième plan de son scénario : en partenariat avec les opérateurs d’électricité et de télécommunication, certains réseaux sont coupés ponctuellement. Objectif : voir comment les agents des collectivités se débrouillent dans le cas d’un tel scénario. Au petit matin, les forces de police sont sollicitées pour une (fausse) série de cambriolages dans l’agglomération rochelaise. Quelques (faux) accidents sont signalés à droite à gauche, avec des blessés. Des axes routiers sont fermés pour simuler des inondations. Les cellules de crise se retrouvent à gérer plusieurs problématiques en même temps. Aux dires de ceux qu’ils l’ont vécu, certains auraient tellement pris leur rôle à coeur que, pris dans l’action, ils en finirent par oublier qu’il ne s’agissait que d’un exercice, au point de chercher au petit matin à prendre des nouvelles des blessés, qui n’étaient heureusement que fictifs.

Anne-Lise Durif

 

Risque de submersion : un exercice « grandeur nature » à Loix

La commune de Loix a participé à une opération menée de concert avec les services de l’Etat et quinze communes du littoral charentais (lire ci-dessus).

Lionel Quillet avait annoncé l ’événement lors du conseil municipal du 5 novembre. Les habitants de la c ommu n e s e sont livrés à une manoeuvre sur le terrain, les 27 et 28 novembre. L’objectif reposait sur deux principes : tester la coordination des secours et la mise en oeuvre des dispositifs de protection, et sensibiliser la population aux risques.

Le scénario de cet exercice était basé sur une éventuelle submersion, avec en conséquence l’évacuation d’une partie de la population vers le point de regroupement, le complexe sportif, situé au coeur du village artisanal.

L’alerte est donnée par la police municipale. © Jacques Buisson

Une première vague, celle de la solidarité

Dans le cadre d’un plan communal de sauvegarde, à la suite de Xynthia, la mairie a mis en place un groupe de référents. Il s’agit de volontaires à qui on a attribué un quartier. Ils sont chargés de vérifier, en cas d’alerte orange, si les accès sont bien dégagés (stationnement, emplacement des poubelles…), de vérifier qui est présent dans les maisons. En cas d’alerte rouge, ils doivent s’assurer, autant que possible, que les habitations soient sécurisées, voire, le cas échéant, évacuées.

Jeudi 14 novembre, dans la salle des fêtes, les quarante-deux référents étaient conviés à participer à une réunion d’information et de préparation à l’exercice « Submersion 17 ». La commune a été divisée en onze quartiers, et chacun de ces quartiers dispose de deux à neuf référents. Ces derniers ont reçu, lors de cette réunion de présentation, des documents distribués par la mairie, notamment des plans détaillés extraits du cadastre, en fonction desquels, ils devaient intervenir pour alerter la population.

Les référents viennent rendre compte de la situation au coeur de la Mairie. © Jacques Buisson

Un exercice « grandeur nature »

Mercredi 27 novembre, dès 16h30, les référents ont été prévenus par la municipalité, du déclenchement de l’alerte orange. Ils ont commencé à arpenter les rues du village pour accomplir leur mission et sont restés à l’écoute de l’évolution de la situation.

A partir de 22h30, l’alerte rouge a été lancée. Chaque volontaire engagé a reçu l’information sur son portable, l’invitant à se rendre, dans les plus brefs délais, à la mairie où se trouvaient, déjà, Lionel Quillet, la plupart de ses conseillers, les employés communaux, ainsi que deux sapeurs-pompiers professionnels du SDIS (service départemental d’incendie et de secours) venus en tant qu’observateurs ; leur principal responsable, le colonel Leprince a suivi les opérations de très près.

Les cloches de l’église se sont mises à sonner, la sirène du véhicule de la police municipale a retenti dans les rues, annonçant le début de l’alerte. Les référents sont retournés sur les endroits qui leur étaient confiés. Plusieurs habitants se sont « prêtés au jeu », et se sont rendus au coeur du complexe sportif, le lieu d’abri indiqué, préalablement. On a compté une soixantaine d’évacués venant de quartiers désignés pour l’organisation de la manoeuvre. L’un d’entre eux nous a confiés : « Xynthia est toujours dans nos esprits, ce genre d’exercice est très important, il faut que chacun d’entre nous sache comment réagir si on se retrouve dans les mêmes circonstances ».

Plus de soixante-dix personnes (dont les référents), soit un Loidais sur dix, une proportion non négligeable, se sont investies dans cet exercice. On a ressenti, chez ces habitants, tout au long de la soirée et une bonne partie de la nuit, une vive motivation, sous un fond de solidarité et de convivialité, qui n’a fait que contribuer au succès de cette expérience.

Lionel Quillet, qui a suivi les opérations du début à la fin, s’est déclaré tout à fait satisfait des résultats observés. Certes, il reste certains des aménagements à travailler. C’était, d’ailleurs, l’un des objectifs de cet exercice. Le plus important est de développer cette volonté de comprendre qu’il faut « vivre avec le risque »

Jacques Buisson

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