De la grogne à la colère, chez les surveillants de la centrale de Saint-Martin de Ré
Nous avons rencontré un responsable syndical qui nous a résumé la situation vécue au quotidien par l’ensemble de ses collègues.
Emmanuel Giraud est délégué régional du syndicat FO-Pénitentiaire. Lui-même surveillant depuis quatorze ans, il a commencé sa carrière en région parisienne pour arriver à la centrale de Saint Martin de Ré en 2011. Il vient d’être muté à Niort cette année. Il nous fait part des principaux problèmes qui se posent dans la vie des prisons françaises : manque d’effectifs chez les surveillants, une population carcérale de plus en plus difficile à gérer. Le personnel pénitentiaire exige plus de reconnaissance du travail de chacun. Emmanuel Giraud nous confie : « D’année en année, on perd de notre autorité vis-à-vis des détenus ».
La coupe est pleine
Même si la centrale de Saint-Martin de Ré ne connaît pas le délicat problème de la surpopulation carcérale (il y a un détenu par cellule), les rapports avec les incarcérés deviennent de plus en plus sensibles. Il ne se passe pas une journée sans qu’un agent ne soit l’objet d’une insulte ou d’une menace verbale. Les surveillants en sont à la septième agression physique violente depuis le début de l’année.
Les prisonniers sont répartis en deux secteurs : la Citadelle, et la Caserne où sont affectés les profils les plus dangereux. A la Caserne, la structure sécuritaire est plus adaptée, il y a des filets anti-hélicoptères et cinq miradors contre deux pour la Citadelle.
Près de 400 détenus occupent la Centrale, 15% d’entre eux sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. On recense également la présence d’une dizaine de radicalisés, et la question de leur isolement reste posée. « On n’a toujours pas trouvé la solution pour éviter que ces individus ne gangrènent une partie du reste des détenus » déclare Emmanuel Giraud.
Les casinos ont été supprimés (c’était une revendication syndicale depuis des années), mais le problème subsiste. Un gymnase a été construit et à l’intérieur, les détenus se retrouvent répartis par ethnies ou par religions. Ils ont installé des draps et des couvertures pour s’isoler.
La Centrale emploie 190 agents alors qu’il y en avait 208 il y a moins de 10 ans. Chaque surveillant travaille en moyenne plus de 40 heures par semaine. Certains d’entre eux, par le jeu des heures supplémentaires, atteignent 70 heures hebdomadaires. Emmanuel Giraud nous fait remarquer que le recrutement des jeunes est loin d’être satisfaisant. Après avoir réussi le concours, un nombre important de stagiaires renonce à s’engager dans la profession. Les salaires eux non plus ne sont pas à la dimension des tâches à effectuer : 1400 euros (net mensuel) en début de carrière pour atteindre 2200 euros au dernier échelon.
Les mouvements du mois d’août, tout comme celui du 20 septembre dernier, où les organisations syndicales ont appelé à une « opération escargot » à l’entrée du pont, ont eu pour objectifs, non seulement d’alerter l’administration, mais aussi de sensibiliser l’opinion publique sur des mots d’ordre bien précis : réaménagement de l’organisation des services de nuit, extension de la brigade Quartier Disciplinaire, retour à un dialogue social constructif.
Les agents restent déterminés et vigilants et souhaitent obtenir dans les plus brefs délais la satisfaction de leurs revendications.
Jacques Buisson
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