Grande détresse à l’EHPAD de Saint-Martin
La CGT du Groupe Hospitalier de La Rochelle avait appelé personnel et population à venir soutenir son action, le 4 novembre dernier. Emmanuel Dallière, Secrétaire général du syndicat, entouré de délégués CGT et du personnel, tous ont dit leur détresse.
Il y a deux ans, lors de plusieurs manifestations, y compris en faisant intrusion au coeur d’un Conseil communautaire, les mêmes avaient attiré l’attention sur le seul EHPAD et son Unité protégée pour les patients atteints d’Alzheimer. Grâce à leur action et la mobilisation des élus, des garanties avaient été obtenues (lire encadré). Cette fois-ci toutes les structures sont concernées, EHPAD toujours mais aussi Service Médical de Réadaptation (SMR nouvelle appellation de l’ex SSR depuis janvier 2025, ce que l’on appelle communément sur l’île « l’hôpital ») et hôpital de jour, à l’entrée droite du site, qui accueille en journée des malades d’Alzheimer pour soulager les familles. Ce dernier serait même menacé de fermeture, selon les syndicalistes, le bâtiment étant trop lourd à entretenir et gérer, pour une vingtaine d’occupants en journée.
Une déshumanisation des soins
La CGT et le personnel soignant dénoncent « les conditions de travail dégradées avec une charge de travail excessive et un manque de personnel flagrant. » Conséquences ? « Une déshumanisation des soins qui ne répondent pas aux besoins fondamentaux des patients, un épuisement professionnel, de graves répercussions sur la santé physique et mentale du personnel, des risques pour la santé des patients et résidents, résultant d’une inadéquation entre la charge en soins et les effectifs. » « Celles-ci résultent des décisions des gestionnaires qui privilégient l’économie à tout prix au détriment des soins. La direction ne recrute plus, elle ne renouvelle plus les CDD, elle veut aussi mutualiser les moyens et fermer les établissements de Rochefort et de Marans. La réduction du personnel est la variable économique d’ajustement au détriment de la prise en charge des patients, des résidents et des soignants eux-mêmes. »
Plusieurs témoignages poignants ont été apportés par les soignants dénonçant des « conditions de travail délétères avec un manque criant de soignants », « On fait ce métier par vocation, pour soigner, soulager, prendre soin des humains, pour écouter et rassurer. Par manque de temps, on en vient à une déshumanisation, avec une forte culpabilité à la clé. On demande de travailler dans la dignité et l’humanité, on devient quasi maltraitants pour les patients, on est 6 voire 5 aides-soignants le matin et 4 le soir pour 80 résidents et à la fin 2025 il devrait y avoir 85 résidents, avec 7 aides-soignants le matin et toujours 4 le soir. Chaque aide-soignant doit faire plus de 12 toilettes le matin et gérer 20 résidents le soir, on n’a même pas le temps de les aider à manger, on en devient presque content quand un résident n’a pas faim… Il n’est pas possible d’économiser ainsi sur l’humain, il faut recruter l’effectif nécessaire pour la charge de travail. », ce texte, lu avec beaucoup d’émotion, émanant de l’ensemble des soignants.
« Je travaille ici depuis 12 ans, la situation est devenue intenable, on demande de la dignité, de pouvoir prendre le temps d’être avec les résidents, nos conditions de travail sont indécentes, on se fait mal, on s’épuise, on ne supporte plus », témoignait une soignante.
La direction aurait proposé au personnel dispensant les soins infirmiers de travailler 12h d’affilée, afin en contrepartie d’augmenter le personnel à 7 le matin, 4 le soir. « On leur laisse le choix ! C’est du chantage », dénonce Emmanuel Dallière.
Outre l’hôpital de jour, l’Unité protégée (Alzheimer) serait à nouveau menacée de fermeture. « Je suis toute seule pour 12 résidents ayant des troubles du comportement. » regrette amèrement cette autre aide-soignante.
Entre soutien et récupération politique
Véronique Richez-Lerouge, se présentant comme conseillère départementale – mais ayant fait venir plusieurs candidats de sa liste aux élections municipales à Saint-Martin – est intervenue à plusieurs reprises, monopolisant l’attention. Elle a dénoncé « une situation insupportable. » « Le Département – l’une des deux autorités de tutelle de l’hôpital avec l’ARS. NDLR – a augmenté le forfait jour mais au nom de l’équité territoriale il ne peut rien faire de plus, il est aussi très impacté par la politique nationale et n’a pas de moyens. Face au dépeçage du service public j’en appelle au territoire, c’està- dire à la Communauté de Communes, qu’elle reprenne la main… D’ailleurs j’y serai bientôt élue, on s’en occupera. Cela concerne tous les Rétais, j’appelle à une grande manifestation. » Si elle a été bien applaudie sur le coup, un goût amer de « récupération politique » émergeait rapidement chez plusieurs acteurs de la journée.
Jean Paul Héraudeau, maire de La Flotte, s’est montré bien plus prudent tout en soutenant le personnel soignant : « Je déteste faire des promesses en période électorale. Je tiens à remercier les aides-soignants. Ce dépeçage du service public est dramatique, cela ne peut échapper à l’intercommunalité, s’agissant du seul établissement public de l’île. » Il a toutefois ensuite précisé « la CdC pourrait intervenir dans certains domaines, comme l’immobilier, mais elle n’a pas la compétence santé. L’Etat de désengage de toutes ses responsabilités premières, il y a des secteurs où on ne peut et on ne doit pas intervenir, cela doit rester au niveau de l’Etat, il y a juste des options qui peuvent s’ouvrir, comme récupérer une partie des locaux, si on a l’immobilier on affirme la volonté d’un établissement de santé. »
Rendez-vous avec la CdC et la direction de l’hôpital
Certains participants dénonçaient à plusieurs reprises l’absence des autres maires et des élus de la CdC. « Où sont-ils ? » Le président de la CdC avait pourtant déjà proposé de recevoir le matin même à 11h une délégation de la CGT, sans qu’une réponse ne lui ait été apportée, rendez-vous a finalement été pris pour ce 13 novembre. « Je ne médiatiserai rien après cette rencontre, je ne souhaite pas instrumentaliser la situation, la CGT communiquera comme elle l’entend. Mon rôle est de maintenir le dialogue aussi avec la direction de l’hôpital. Si nous avons obtenu des avancées importantes il y a deux ans, c’est bien grâce à ce rôle de médiation. », nous précisait Lionel Quillet, président de la CdC.
Après ce temps de paroles, la CGT tenait une AG. Y a été décidé qu’une délégation demande une rencontre avec la direction générale de l’hôpital. Elle revendique des embauches immédiates, l’arrêt des non-renouvellements des CDD, la fin des réorganisations incessantes visant à supprimer des postes, l’arrêt du rappel systématique des agents sur leurs congés et repos et le remplacement systématique des agents en arrêt (maladie, congés, formation…).
Le souci du management sur place des ressources humaines par une direction ou un cadre de santé à plein temps dans l’établissement reste entier. La directrice (poste qui avait été obtenu de haute lutte) aurait été remerciée en juillet dernier et la cadre de santé aurait « fait ses valises », selon Emmanuel Dallière.
« L’EHPAD public ne fermera pas »
Réaction du Président de la Communauté de Communes de l’île de Ré
Interrogé par nos soins, le président de la CdC, Lionel Quillet, a tenu à remettre les points sur les i.
« Je tiens déjà à rappeler sur le fond que la CdC de l’île de Ré, avec le député Olivier Falorni, a obtenu l’assurance en octobre 2023, par le Ministre de la Santé, que l’EHPAD de Saint-Martin de Ré ne fermerait pas, tout comme son Unité protégée. On avait nettement le sentiment de paupérisation et on avait été pour cela réveillés par la CGT qui nous avait alertés. Outre cette non fermeture, nous avions obtenu le recrutement d’un cadre de santé, présent à demeure. Sans direction sur place, l’établissement ne peut fonctionner convenablement. Par contre, notre 3ème demande, auprès du Département celle-ci, nous ne l’avons pas obtenue ! Le Département est l’une des deux autorités de tutelle de l’hôpital avec l’ARS, notre demande consistait en un ajout financier – une surprime – au titre de l’insularité. Elle était soutenue par la direction de l’hôpital et par l’ARS. Le Département, par la voie de sa conseillère départementale, avait apporté une réponse négative. Aujourd’hui, voir cette même conseillère départementale, Véronique Richez-Lerouge, gesticuler devant un syndicat, appeler à une manifestation publique… c’est surréaliste. »
« Aujourd’hui nous avons à nouveau des informations alarmantes de la part du personnel. Nous avons prévu une première rencontre CdC-Député-CGT, sur laquelle nous ne communiquerons pas, afin d’éviter toute instrumentalisation. Puis une demande de rendez-vous auprès de la direction du groupe hospitalier a été faite au nom de la CdC et du député, que j’espère obtenir avant fin novembre, afin d’avoir des éléments et des réponses. »
« Sur le fond, cet EHPAD ne fermera pas, nous devons remettre sur la table sa gestion des ressources humaines, les conditions de travail. Il n’est pas question de fermeture de cet établissement public, il n’est pas question non plus de vendre à un privé, ce serait la plus mauvaise des solutions et la fin de l’EHPAD public. La CdC a prévu, avec l’accord du Préfet, 3 logements pour le personnel soignant dans le programme en cours de construction à Saint-Martin. Nous avons aussi déjà proposé, et allons le rappeler, de louer les 600 m2 de bâtiments administratifs situés à l’étage, nous avons des besoins en matière sociale et associative, ce financement apporterait une ressource à l’hôpital. Tout cela c’est notre rôle et nous l’assumons pleinement. Ceci dit, je remercie ceux qui réclament que la CdC prenne en charge l’EHPAD, cela est une reconnaissance directe que nous sommes très compétents dans notre gestion du territoire ! »
Propos recueillis par Nathalie Vauchez
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Vos réactions
Madame,
Je tiens à réagir à votre article sur la situation catastrophique de l’Ehpad, et plus particulièrement sur l’allusion à une prétendue récupération politique.
Permettez-moi de rétablir les faits : Véronique Richez Lerouge n’a « fait venir » personne.
Nous avons choisi d’être présents, librement, en tant que Martinais et Rétais concernés et citoyens responsables.
Vous m’avez d’ailleurs interrogé sur place, et je vous ai répondu sans ambiguïté en ce sens.
Si notre objectif avait été de faire de la récupération politique, nous n’aurions pas manqué de communiquer sur notre présence via nos réseaux officiels. Ce n’est évidemment pas le cas.
Le sujet est sensible et mérite l’attention de tous. Sujet sur lequel ,en effet, Véronique Richez-Lerouge est engagée depuis longtemps, .
Je vous remercie néanmoins d’avoir souligné notre présence, quand bien même désintéressée.
Madame,
Vous m’avez clairement répondu que vous étiez là au titre de votre participation à la liste de Mme Richez-Lerouge. Ceci dit, en 2023, alors que la situation était encore bien plus dramatique, avec menace de fermeture de l’EHPAD et de l’Unité Protégée (Alzheimer), je n’ai vu aucun d’entre vous aux différentes journées d’appel à la solidarité lancées par la même CGT. Pour le reste, chacun se fera sa propre opinion, les propos entre guillemets étant des citations. Le maire de La Flotte a d’ailleurs jugé bon de rectifier le tir à deux reprises, en réagissant aux propos de Mme Richez-Lerouge. Le sentiment de récupération politique a été nettement ressenti par plusieurs acteurs de cette journée, c’est à eux et à eux seuls d’en juger, il me semble, mon article s’en faisant simplement l’écho. Récupération non pas de vous personnellement, puisque vous ne vous êtes pas exprimée… Enfin, par souci d’exactitude, le 14 août dernier la page Facebook de votre liste communiquait bien autour de ce sujet…