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Grande America : quel dispositif post naufrage ?

Le Grande America avait coulé le 12 mars après deux jours d’incendie à bord.
Publié le 23/04/2019
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Un mois jour pour jour après le naufrage du navire roulier italien à 300 km au large de La Rochelle, les services de l’Etat ont annoncé un changement de dispositif de lutte et de veille en mer et sur terre.

Alors que l’irisation formée par le fuel au-dessus de la zone d’échouage s’amenuise, les services de l’Etat ont fait le point ce 12 avril avec les élus des collectivités locales, pompiers et service de l’Agence régionale de santé pour décider de la suite à donner. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus sur un risque de pollution aux hydrocarbures, notamment grâce aux navires de nettoyage déployés dès les premiers jours du naufrage. Il est désormais plutôt sur de potentielles apparitions de boulettes ou de galettes sur les plages. Nous restons en veille sur ce point », explique le préfet de Charente-Maritime Fabrice Rigoulet-Roze. « Depuis le naufrage, nous avons eu sept alertes aux boulettes, qui se sont toutes révélées ne pas appartenir au Grande America mais être du mazout en provenance d’autres navires ayant dégazé au large. » Un phénomène naturel en Gironde avait également été confondu avec du pétrole.

A court terme, seuls des survols aériens vont être maintenus en mer. Jusqu’à présent, un navire de pompage était mobilisé à la verticale de la zone d’échouage pour pomper le reste du fuel apparaissant. Le pompage état inefficace face aux quelques résidus s’échappant encore, le navire a été renvoyé au port de Brest le 12 avril. Les autres sont arrivés au port de La Rochelle en début de mois, où ils débarquent les résidus de carburant pompés et le matériel usagé. Ils ont également ramené les six containers flottants repérés peu après le naufrage. « Un seul, à moitié immergé, n’a pas pu être récupéré et a coulé », rapporte le préfet. Les autres ont été pris en charge par l’armateur. Leurs contenus – de l’alimentaire et des allume-feu – vont être traités comme des déchets.

Les bouées-balises jetées dans les nappes d’hydrocarbures pour suivre leur évolution sont également toujours en mer. Localisées dernièrement au large de l’Espagne, elles permettent toujours de suivre le mouvement des courants et de la pollution, même si les observations montrent que les nappes se sont globalement disloquées.

Les opérations de pompage ont duré plusieurs semaines après le naufrage,
avec des navires spéciaux français et européens.

Quid de la pollution chimique ?

Concernant une éventuelle pollution liée aux produits chimiques contenus dans les cales du Grande America, les services de l’Etat se veulent rassurants. Reprenant la version officielle du ministère de l’Environnement, Fabrice Rigoulet- Roze rappelle que l’incendie à bord aurait a priori tout consumé. Pour autant, « on ne sait pas quelle est la part de ce qui a brûlé », admet-il. Un navire spécialisé dans l’exploration sous-marine a été dépêché par l’armateur fin mars. A l’aide d’un robot, l’équipage a pu relocaliser plus précisément le navire. Selon la préfecture maritime de Brest, l’épave du Grande America serait « intègre et posée droit sur un fond sableux », « enfouie de plusieurs mètres sur sa partie arrière ». Quelques « puits résiduels dans les cales » ont néanmoins été détectés. Il a été demandé à l’armateur de trouver une solution pour les colmater au plus vite.

Le préfet maintient que si risque de pollution chimique il y a, « il restera cantonné autour de l’épave », s’appuyant notamment sur l’effet « dilution » de l’eau. « Des prélèvements d’eau ont été effectués autour de l’épave », assure Fabrice Rigoulet-Roze. Confiés au Cèdre pour analyse, le laboratoire spécialisé en pollutions accidentelles des eaux n’aurait jusqu’à présent rien trouvé d’anormal. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a également été mise dans la boucle des acteurs de la surveillance en matière de suivi de la qualité de l’eau. Prélèvements et analyses continueront d’être effectués régulièrement ces prochains mois, promettent les services de l’Etat. Sur terre, si les services techniques de l’Etat et des collectivités locales ne sont plus en état de pré-alerte POLMAR, « Nous devons continuer à s’appuyer sur cette articulation étroite entre les communes, les agglomérations, le Département, les pompiers et les services de l’Etat mais avec un dispositif différent et une communication non plus journalière ou hebdomadaire mais mensuelle », explique Fabrice Rigoulet-Roze, mettant notamment en garde contre les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux. Comme en mer, il s’agit dès lors de guetter d’éventuels signes anormaux, comme les boulettes de mazout. En bref, il semblerait que le pire soit derrière nous.

Anne-Lise Durif

Grande America : point de situation sur les opérations dans le Golfe de Gascogne

En réponse à la mise en demeure du préfet maritime de l’Atlantique du 13 mars 2019, Grimaldi Group a affrété le navire spécialisé norvégien Island Pride équipé d’un ROV (robot sous-marin) afin d’inspecter par 4600 mètres de fond l’épave du navire Grande America, de définir son état et la nature des dommages subis et de remédier à la pollution.

Les investigations sous-marines réalisées par le sous-marin téléguidé (ROV), en présence d’un observateur mandaté par la préfecture maritime de l’Atlantique, ont permis d’établir que :

  • L’épave du Grande America était intègre, posée droit sur un fond sableux, enfouie de plusieurs mètres sur sa partie arrière ;
  • Plusieurs fuites légères d’hydrocarbures s’échappaient par les évents de dégagement d’air sur certains ballasts d’eau de mer du navire, en provenance de ses soutes à carburant. Ces fuites d’hydrocarbures expliquent la présence d’irisations de faible intensité en surface, à la verticale de l’épave.

Afin d’arrêter ces fuites d’hydrocarbures, le ROV de l’Island Pride a procédé pendant plusieurs jours et jusqu’au 16 avril 2019 à l’obturation des évents concernés.

Le navire norvégien Island Pride a ensuite procédé à la vérification de l’étanchéité des travaux effectués sur l’épave du Grande America et à un relevé complet avant de quitter la zone du naufrage le vendredi 19 avril.

Des moyens aériens continueront de surveiller régulièrement la zone ainsi que le système satellite Cleanseanet de l’EMSA (Agence Européenne pour la Sécurité Maritime) afin de s’assurer, dans le temps, de l’absence de remontées d’hydrocarbures à la verticale de l’épave.

Les services de l’Etat resteront mobilisés et attentifs à toute nouvelle évolution de la situation liée au naufrage du navire Grande America.

Photo 1 : Epave du Grande America modélisée en image 3D

Photo 2 : Epave du Grande America posée à la verticale sur fond sableux

par 4 600 mètres de fond (image sonar du 31 mars 2019)

Photo 3 : Fuite légère d’hydrocarbure sur évent avant obstruction.

Fuite observée le 01 avril 2019.

Photo 4 : Event obturé le 15 avril 2019.

COMMUNIQUE DE PRESSE

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