Culture

Sculpteur

L'artiste Etienne (à gauche) est installé à Ars (île de Ré)

Etienne nous donne de l’élan !

Etienne et Kader entourent « L’espérance » bronze réalisé à la demande de l’acteur Jean Reno
Publié le 09/12/2015

Il ne travaille que des matières puissantes, affronte le marbre et maîtrise le bronze, pourtant son oeuvre est aérienne, presque légère, d’une légèreté qui élève…

Caché dans la zone d’activités de Rivedoux, l’antre d’un artiste exposé dans le monde entier. Rien n’indique la présence d’un sculpteur de renommée internationale devant cet atelier sans enseigne. D’un côté de la porte : une façade anonyme, de l’autre une cathédrale habitée par une centaine d’oeuvres qui semblent animer l’espace de leurs conversations.

Petites ou majestueuses, toutes célèbrent la vie, évoquent ce qui rassemble les êtres : l’amitié, l’amour, la conversation, la musique… Les courbes sont douces, les couleurs tendres et les patines délicates. Les sculptures d’Etienne se conjuguent au féminin, et pourtant la matière est là, puissante et le message bien encré dans la réalité. C’est là le faux paradoxe de son travail. Dans l’apparente simplicité du trait et du sujet : un baiser, une danse, un rire, dans la matière lourde et imposante, pénètre l’espace qui suggère l’infini. Les oiseaux, presque toujours présents dans ses compositions, rappellent la pureté et le lien avec le ciel. Le ciel, vers lequel semblent s’élancer tous ces êtres de marbre et de bronze.

La quête de l’essentiel

À l’image de ce simple prénom qui signe ses oeuvres, Etienne fuit les fioritures. Les formes sont pures, sans concessions. C’est l’essentiel qu’il veut exprimer. Dans son propos d’abord, puisque les thèmes qu’il explore sont toujours au coeur de ce qui fait le sens de la vie ; mais aussi dans sa façon de concevoir ses pièces. Sans cesse, il les épure pour ne donner à voir que le nécessaire. Convaincu que ce qui ne se voit pas a tout aussi d’importance que le visible, il laisse entrer l’air dans son travail, si bien que les personnages sont réduit à la plus pure expression et semblent reposer en équilibre sur un souffle. En quelques sortes, il utilise les vides pour sublimer les pleins. Depuis plus de dix ans, Kader, 35 ans, l’accompagne et l’assiste dans toutes le étapes, de la création des moules à la finition des patines. Leur complicité est évidente et leur respect mutuel. Tandis que tout à côté, d’un geste appliqué et minutieux, il s’affaire à peaufiner le toucher d’une superbe pièce attendue en Espagne ; il confie mesurer sa chance d’apprendre un si beau métier auprès d’un tel artiste.

New-York, Londres, Hong-Kong, Dubaï, mais surtout Ars-en-Ré !

Il a beau évoquer modestement une actualité « au ralenti », l’une de ses oeuvres les plus monumentales est actuellement en route vers Singapour, où deux autres pièces sont déjà exposées en ville. Il s’agit d’un majestueux envol d’oiseaux de 6 mètres de long ! La conception de l’armature a nécessité l’appui de plusieurs ingénieurs et le transport, la création d’un conteneur spécial ! Etienne apprécie ce travail collaboratif qui convoque toutes sortes de corps de métiers.

Si une partie de ses oeuvres ornent des places, des cathédrales ou des parcs partout dans le monde, sont travail est néanmoins visible sur notre île qu’il affectionne au point d’avoir choisi d’y résider à plein temps. « C’est toujours avec regret que je passe le pont, je m’arrange pour quitter l’île le moins souvent possible » avoue t-il. Aussi, plutôt que de se rendre spécialement à Singapour pour admirer « L’envol », direction Ars en Ré où la pièce est exposée dans un format plus raisonnable. Tenue par son amie de toujours Alexandra Planas, la Galerie Xin Art propose une sélection d’une dizaine de sculptures notamment sur le thème du baiser, cher à l’artiste. Peu enclin à se mettre en avant, c’est la galeriste, qui a réussi à le convaincre d’ouvrir son atelier pour la toute première fois, fin octobre le temps d’une unique journée. Trop discret sur notre île, c’est donc à la galerie d’Ars qu’il faut se rendre, pour découvrir la vision d’un créateur qui se sert de la matière pour approcher le spirituel.

 

Galerie Xin Art
34 rue Thiers, à Ars.
06 47 59 77 62

 

Marie-Victoire Vergnaud

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