- Économie
- Témoignage
En forme d’hommage à ma copine Nathalie
Ecrire à Nathalie Vauchez, une dernière lettre, la dernière en fait.
Lui écrire une lettre ouverte, une lettre qui serait – par exception à toutes celles, des centaines, que j’ai reçues et écrites pendant des nombreuses années – franchement ouverte, délibérément pas une lettre enfermée dans le secret professionnel.
Lui dire que je sais ce qu’elle ressent, si longtemps après que se soit déclarée cette maladie, dont on guérit, mais qui laisse de si profondes marques, dans la psyché, dans la mémoire, dans l’estime de soi, dans le corps aussi.
Lui dire que je suis heureux de la savoir guérie, même si je sais tout ce qu’elle a enduré, ces regards torves, ces sous-entendus blessants, ces audiences qui n’en finissaient pas, ces justifications permanentes, ces choix contraints, cette forme de paralysie du bonheur de créer et d’écrire.
Nathalie, rares sont ceux qui prennent la décision de déclarer ubi et orbi la maladie, l’accident, l’avarie. Plus généralement, la déclaration vient d’un tiers, d’une force étrangère, d’un coup de poing en pleine gueule. L’auto diagnostic est plus rare, ça oui ; et il fallait une belle force de résilience – le mot est à la mode – pour voir et dire.
Après vinrent de longues années de solitude. Peu nombreux sont les fidèles. Silence au long cours, donc.
Travail austère.
Austérité à tous les étages.
Elaboration d’un plan, décisions lourdes, douloureuses. Silence toujours, confiance retirée, confiance maintenue aussi, qui panse les plaies.
Je sais tout cela, ma belle Nathalie.
Et voilà, ta fille est une ado, elle court le monde et peut être même viendra-t-elle faire un stage dans ce cabinet. Je rangerai soigneusement le dossier qui nous a unis pendant ces années. Il n’ira pas aux archives. Je le garderai dans mon bureau.
Voilà, Nathalie, que le Tribunal a dit que tout était terminé, que le plan était terminé, que cette traversée était achevée, que tu étais arrivée à bon port avec ta société.
Clôture – c’est le mot – de la procédure de sauvegarde par apurement du passif.
Une clôture, Nathalie, ça se lit de deux points de vue : soit elle t’enferme, soit elle s’ouvre et c’est la liberté.
Je suis tellement heureux pour toi – qui fais partie d’une infime minorité de chefs d’entreprises qui en France, chaque année, fait mentir la statistique et sort victorieuse de cette maladie.
Aussi, je suis fier de te connaître. Aujourd’hui comme hier.
Longue vie à Ré à la Hune qui remplit sur cette île une fonction merveilleuse

Je souhaite réagir à cet article