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Dorian Fischer chasse les orages de l’île de Ré à l’Italie
Le Maritais s’est découvert une passion pour la météo et la traque des orages il y a une quinzaine d’années. Depuis, il a intégré une communauté avec laquelle il garde l’œil rivé sur les cartes.
« Chasser les orages est une passion horrible », concède, avec le sourire, Dorian Fischer. A 25 ans, le Maritais parle avec expérience : depuis dix ans, il traque les orages, les tornades, les éclairs, la grêle, le vent et autres effets météorologiques sur son île natale, sur le continent et à l’étranger. « J’aime ces phénomènes, l’esthétique du ciel, le vent qui bouge les nuages, leur forme, leur taille. J’aime l’adrénaline. Mon objectif est de prendre une bonne photo pour rapporter une trace de la chasse. Mais il y aussi une part de frustration. » Celui qui a « toujours aimé regarder le ciel » définit « un orage comme le plus gros cumulonimbus possible. Les courants ascendants et descendants créent des particules de glace qui s’entrechoquent et forment un courant électrique. C’est en tout cas la théorie la plus plausible », résume Dorian.
« Je ne ratais pas un bulletin météo »
Tout débute pour lui lorsqu’il découvre les bulletins météos à la télé. « Je ne voulais pas en rater un », s’amuse-t-il. « Quand j’ai eu 8 ans, nous avons eu notre premier ordinateur. J’allais sur internet pour suivre Météo France et j’ai eu des livres sur le sujet. J’ai commencé par apprendre le vocabulaire. » En grandissant, il rejoint des chats spécialisés pour « parler prévisions ». Grâce à cette nouvelle communauté de passionnés, Dorian continue d’engranger des connaissances et se forge un solide réseau. Désormais, il compte « une quinzaine de personnes » avec qui il « parle vraiment », dont « quatre – Anthony, Léo, Antoine et Alex -, dans la même tranche d’âge, avec qui je pars chasser et qui sont devenus de vrais amis ».
Le Rétais chasse à domicile, à vélo. Mais ses terrains de jeu préférés se situent dans le sud-ouest, le centre-ouest, autour de la Méditerranée et en Italie, dans le golfe de Gènes ou la plaine du Pô. « Le plus loin où je suis allé, ce sont les Pouilles. » Dorian et sa bande ajustent leurs déplacements en fonction de l’intensité des phénomènes mais aussi de leur job et des moyens financiers. « On dort en tente ou dans la voiture mais il faut compter le coût de l’essence ».
« Les choses se précisent à J-3 »
Chasser les orages, c’est d’abord regarder « les cartes météo un petit peu tous les jours ». Les premiers signaux orageux apparaissent « une semaine avant : je recherche une avancée des basses pressions dans les hautes pressions, qui crée un entonnoir dans l’anticyclone. C’est ce qu’on appelle un thalweg ». Dorian repère ainsi « une potentielle zone d’activité » où demeure encore, à ce stade, « une grosse incertitude ». Les choses se précisent à J-3. « Je peux commencer à lire les cartes de façon plus précise, plus fiable : le vent, la pluie et la cape, aussi appelé instabilité, informent sur l’énergie disponible et l’intensité de l’orage. Pour déclencher un orage, il faut associer l’instabilité à un forçage : il s’agit, entre autres, d’une convergence des vents qui se rencontrent au sol, ou d’une anomalie de basse tropopause* ».
Le plan stratégique de chasse, dynamique ou statique
Le chasseur prend alors contact avec ses amis. « Le top départ est donné 24 h ou 48 h avant. » A ce stade, la zone où l’orage peut éclater est « encore large, à l’échelle d’un département. Nous établissons un plan stratégique de chasse, soit dynamique, soit statique ». La première option consiste à se trouver « en avant des orages rapides, qui se déplacent entre 80 et 90 km/h. On passe beaucoup de temps dans la voiture, on cherche la bonne sortie d’autoroute, le bon chemin pour bien se placer, mais ce sont les phénomènes les plus intéressants et les plus esthétiques. En revanche, s’ils nous rattrapent, il vaut mieux changer de trajectoire car il y a des risques de chutes d’arbres et de grêle voire de tornade ». La seconde option, statique, signifie que l’orage « se déplace dans un couloir ». Alors, les chasseurs déterminent un endroit d’où ils ne bougent plus pendant plusieurs heures. « C’est royal », glisse Dorian.
La saveur « incroyable » de réussir sa chasse
Une fois installé au bon spot, avec une vue dégagée, tout l’enjeu est de réussir à prendre la bonne photo, sans se mettre en danger. « On prend des risques pour capturer l’impact de foudre le plus proche possible. En juillet, je suis reparti de la plage des Grenettes plié en deux, de peur de me faire foudroyer », illustre-t-il. Il faut que la photo soit nette, bien cadrée, pas trop surexposée car « quand l’éclair tombe, il sature la lumière. Je suis déjà passé à côté du Graal : un orage, une trombe, des éclairs. La photo manquait de netteté ». De retour chez lui, Dorian passe des heures à retoucher ses images. « J’ai beaucoup de photos ratées et puis, rien n’est jamais garanti en météo. Alors, quand j’en ai une bonne, la saveur de réussir sa chasse est incroyable. »
* Intrusion d’air stratosphérique (froid et très sec) qui s’enfonce profondément dans la troposphère (la première et la plus basse couche de l’atmosphère).
Instagram : Dorian_photographies17
Vente de photos sur demande.
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