Vie politique

Interview

Dominique Bussereau : « On n’est jamais élu sur un bilan, mais sur un projet »

Dominique Bussereau a toujours décidé de son timing politique.
Publié le 16/10/2019

À l’occasion du lancement de notre troisième journal, LR à la Hune, qui vient compléter RMØ à la Hune et Ré à la Hune, et à dix-huit mois de la fin de mandat, nous avons fait un tour d’horizon des grands dossiers du Département avec son président, Dominique Bussereau.

Ré à la Hune : Voulez-vous nous dire un mot au sujet de Jacques Chirac, que vous avez côtoyé durant de nombreuses années ?

Dominique Bussereau : Difficile de dire un mot sur une personnalité aussi immense. Je l’ai connu quand j’étais étudiant à Sciences Po. J’allais le soir après mes cours assister à des séances de nuit à l’Assemblée Nationale et au Sénat, je me passionnais pour la politique, c’était en 1970 et j’étais fasciné par la capacité de ce grand échalas à courir dans tous les sens, sous le Gouvernement Pompidou avec Jacques Chaban Delmas comme Premier ministre. On m’a expliqué que c’était le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement. Je l’ai revu après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, j’ai participé à sa campagne, il était premier Ministre. Il m’a appris qu’en politique il ne fallait pas entrer dans une salle de réunion sans être passé par les toilettes, toujours accepter quand on vous proposait à boire et à manger car vous ne savez jamais quand vous ressortez et un quatrième sujet plus technique que je ne developperai pas.

Après les relations sont devenues plus compliquées en 1978 j’étais candidat à la Députation en Charente-Maritime sous l’étiquette UDF dans une primaire avec un candidat RPR, puis la campagne 1981 destructrice pour la droite et le centre et les années qui ont suivi ont été des années d’opposition. J’ai eu occasion de travailler avec le RPR, dont beaucoup de membres sont devenus des amis, et avec le président Chirac dans ses différents mandats.

En 1995 j’ai choisi Chirac et non Balladur sur les conseils de VGE, la rancune entre les deux hommes était oubliée et en 2002 j’ai à nouveau fait partie de l’équipe de c a m p a g n e p roc he de Jacques Chirac. Deux jours après son élection il m’a appelé au Gouvernement et j’y suis resté jusqu’en mai 2007 à ses côtés. C’est quelqu’un qui aimait beaucoup la France et les Français, il avait une connaissance parfaite du pays et du monde de la ruralité, j’ai adoré être son ministre de l’Agriculture, j’ai apprécié de faire plusieurs voyages avec lui en France, Outre-mer et à l’étranger, j’ai beaucoup apprécié l’homme dans toutes ses dimensions.

Après qu’il ait quitté l’Elysée, j’ai continué à lui rendre visite une ou deux fois par an, mais la maladie a ensuite pris le pas et nos deux dernières entrevues se sont passées en présence d’un tiers, la dernière avec sa fille Claude. Constater comment 50 ans après la maladie l’a emporté sur sa vitalité m’a beaucoup affecté, j’en ressortais les larmes aux yeux.

La ferveur populaire qui s’est manifestée depuis sa disparition s’explique par son amour des Français, et puis il incarnait une France plus apaisée, encore un peu celle des trente Glorieuses, il menait une politique de proximité. Il a labouré le territoire, tout le monde l’a rencontré. Il connaissait tout le personnel politique français. Et au-delà de la famille Gaulliste, de droite et du centre, tout le monde lui rend hommage. Tout le Gouvernement Jospin de la cohabitation était là à St Sulpice, où je me suis rendu. J’irai me recueillir au cimetière de Montparnasse et je retournerai aux Musées de Branly et de Sarran en Corrèze. J’ai beau avoir été Giscardien et avoir gardé ma proximité personnelle avec VGE, Jacques Chirac m’a marqué et j’ai versé des larmes après sa disparition.

Quels sont les sujets prioritaires du Département pour cette fin 2019 et pour 2020, d’ici la fin du mandat ?

Le mandat s’achèvera en mars 2021. Il y a le gros dossier du Très Haut Débit. En 2022 la Charente- Maritime sera le premier département de France entièrement couvert par le THD, il s’agit d’un enjeu majeur.

Par ailleurs, nous célébrerons en 2020 le dixième anniversaire de Xynthia, la protection anti-submersion fait partie des grands chantiers du Département.

Tout ce qui touche aux mobilités – réseau routier, participation aux lignes ferroviaires, le Port de La Rochelle et ses deux aéroports – nous mobilise aussi beaucoup.

Enfin toutes nos missions qui tiennent à la solidarité territoriale et sociale sont primordiales. Par exemple, cela ne sert à rien d’installer la fibre si un quart des citoyens ne sont pas capables d’utiliser Internet. On lance ainsi un énorme plan d’inclusion numérique en s’appuyant sur les collèges, les associations, et tous ceux qui peuvent aider. Dans un autre ordre d’idée, nous lançons un gros plan pour les collégiens de 3e, avec notamment la création d’une plateforme numérique et d’un dispositif pour les aider à trouver des stages utiles et intéressants.

Nous allons aussi lancer à la session d’automne et définitivement à la session d’hiver un Plan Patrimoine très important sur plusieurs années, concernant l’entretien du patrimoine historique, mais aussi privé, et pas que le patrimoine monumental.

Le Département est en train de finaliser le financement de ce Plan pluriannuel d’ampleur, il va augmenter considérablement sa participation. Nous avons en Charente-Maritime un énorme patrimoine à préserver et valoriser, cette démarche s’inscrivant aussi dans le cadre de notre volonté de travailler sur le tourisme patrimonial, pour diversifier les clientèles.

Nous avons aussi deux plans géographiques en cours : Oléron 21 lancé en 2019, et nous avons un plan de même nature sur la partie Nord-Est du département, sur l’arrondissement administratif de Saint-Jean d’Angély, correspondant à la CdC du Vals de Saintonge.

Comment allez-vous financer notamment cet important Plan patrimonial, alors que les Départements semblent souffrir et difficilement boucler leurs budgets ?

Il y a deux choses. On est très attentifs à nos dépenses de fonctionnement ; l’Etat contre notre gré les encadre à 1,2 % (Elles ne doivent pas augmenter au-delà de + 1,2 % par an, NDLR), ce qui est très difficile, nous bloque. Et les dépenses sociales augmentent tandis que l’Etat est très mauvais payeur. Pour les allocations individuelles de solidarité de type RSA, APA, prestation en compensation du handicap, il manque chaque année 9 milliards d’euros par an aux Départements. Pour les mineurs non accompagnés il nous manque 2 milliards d’euros par an sur tous les Départements. L’Etat transfère ses charges sans faire de même avec les recettes.

Par contre, nous sommes plus à l’aise sur les investissements, qui ne sont pas encadrés. Nous avons en Charente-Maritime une bonne situation budgétaire, bien gérée, un endettement maîtrisé et des recettes de bon niveau avec d’importants droits de mutation. Nous sommes donc à l’aise pour investir. C’est tout le paradoxe.

Tous les chantiers de protection des côtes seront-ils lancés avant la fin de ce mandat ? Et après ? Quid à moyen terme au-delà de Xynthia + 20 cm ? Un repli stratégique est-il envisageable ou sera-t-on sur une protection forcenée ?

Il faut faire attention dans les PLU et PLUi – et l’Etat y est très sensible – à ne pas construire trop près du littoral. Or j’ai été très étonné de voir qu’un an après Xynthia, la Ville de La Rochelle a accordé des permis de construire pour des maisons situées encore plus près de la mer que la Maison de la Charente-Maritime.

Nous avons élaboré une protection post Xynthia… mais dans 20 ou 30 ans il faudra réfléchir à des zones de résilience. Et puis la protection antisubmersion ne se résume pas aux digues. Par exemple à Châtelaillon – Les Boucholeurs – Saint-Yves il y a des ouvrages de protection briselames mais on réaménage aussi les marais derrière, une partie des inondations est venue des marais qui ont gonflé. Leur rôle de zone tampon est très important.

Après les 119 opérations de travaux d’urgence qui se sont élevés à 50 millions d’euros entre 2010 et 2014, et les 8 opérations à procédure simplifiée visant à la protection prioritaire des Zones de solidarité délimitées par les services de l’Etat (65 millions d’euros, période 2015 à 2018), la plupart des PAPI de Charente-Maritime sont déjà largement entamés, voire souvent réalisés, les travaux en cours à échéance fin 2020 représentent 60 millions d’euros, ceux à étudier 75 millions d’euros.

Celui qui a pris du retard, le PAPI le plus compliqué de toute la France, est celui de l’Estuaire de la Gironde, du fait des nombreux intervenants : le SMIDDEST que Belot avait créé, une seule Région désormais, deux Départements et toute une complexité d’intercommunalités, cela a été très très long à élaborer avec en plus des Avis des DREAL pas forcément les mêmes quand il y avait encore les deux Régions, mais il démarre maintenant.

On aura à peu près tout engagé avant la fin du mandat, grâce à un bon travail avec l’Etat, la Région et les Intercommunalités.

Qu’en est-il du désenclavement de La Rochelle : quelles solutions, quelles perspectives ?

Il faut maintenir les trafics routiers et ferroviaires et développer ceux de l’aéroport La Rochelle-Ré. On voit que ce n’est pas facile, beaucoup de vols sont dirigés vers la Grande- Bretagne, j’espère que les conséquences du Brexit ne nuiront pas à la fréquentation. On maintient la ligne vers Lyon, via Poitiers, on a la desserte TGV qui augmente. La ligne Nantes-Bordeaux est en très mauvais état, le Contrat de Plan Etat Région prévoit des crédits pour des travaux de modernisation, qui entraîneront une interruption de la ligne pendant plusieurs mois en 2020.

On a également vers le sud beaucoup de ralentissements au sud de Saintes qui rallongent le temps de parcours vers Bordeaux, des travaux sont prévus dès l’année prochaine.

Et donc il y a la nécessité d’une voirie de bonne qualité qui emmène à Fontenay-le-Comte où l’on puisse trouver un échangeur routier vers le Pays de la Loire, la Bretagne, la Touraine, Angers, etc.

D’où l’importance que l’Etat sorte de sa torpeur. La mobilisation a été forte et j’ai rencontré le 14 octobre Fabienne Buccio, la Préfète de Région à Bordeaux, coordonnatrice du dossier, pour voir comment avancer. Il faut que l’Etat porte la Déclaration d’Utilité Publique, c’est tellement compliqué de passer par Marans et le Marais Poitevin… Nous sommes prêts à participer au financement, mais l’aspect environnemental peut durer dix ans, moins si l’Etat accepte des procédures simplifiées. Il s’agit d’abord d’un dossier environnemental qui nécessite la mobilisation de l’Etat.

Depuis l’arrêt brutal par Ségolène Royal les choses sont bloquées, l’Etat n’a manifesté aucune volonté et les changements incessants des Préfets de Région n’ont pas aidé. Dans sa lettre du 24 septembre, le Secrétaire d’Etat chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari, se dit prêt à réouvrir le dossier, cela nous laisse entrevoir une avancée.

Dominique Bussereau, avec à ses côtés Elisabeth Delorme-Blaizot, fille de François Blaizot, président du Conseil général sous le mandat duquel le Pont a été construit, et Lionel Quillet. C’était le 9 juin 2018 : à l’occasion des 30 ans du Pont de l’île de Ré les Rétais ont pu découvrir l’exposition retraçant l’histoire des liaisons maritimes ainsi que la présentation du grand Projet Mobilité conduit par le Département et la CdC, entre passé et avenir.

Quel regard portez-vous sur le duel qui s’annonce pour les Municipales de La Rochelle entre Jean-François Fountaine et Olivier Falorni ?

Tout d’abord j’ai un proche qui est candidat, c’est Bruno Léal, il aura le soutien de la droite et du centre. J’ai des relations très agréables avec Jean- François Fountaine tout comme avec Olivier Falorni. La CdA de La Rochelle et le Département ont fait bloc sur le syndicat mixte de Chef de Baie comme pour celui des aéroports. J’ai aussi siégé à l’Assemblée Nationale avec Olivier Falorni, avec qui j’ai de très bonnes relations. J’observe le pot bouillant rochelais.

Le Département saura-t-il faire face au dynamisme démographique des seniors et à l’accompagnement des « grands seniors » ?

Notre Département est effectivement particulièrement concerné. Nous avons un Schéma départemental auquel nous nous référons pour autoriser ou non la création d’EHPAD et de structures de soutien à domicile, nous avons des actions ambitieuses de formation des accompagnants et aidants familiaux et nous croyons beaucoup au Maintien à Domicile.

Accueillir les seniors est en même temps fantastique, ils apportent une grande richesse à notre territoire, ils font vivre le tissu associatif, ainsi que les conseils municipaux, ils font venir leurs enfants et petits-enfants, font vivre nos Entreprises.

Vous avez depuis longtemps annoncé votre retrait de la vie politique en 2021. Que ferez-vous ?

2021 marquera la fin logique d’un engagement d’élu de plus de quarante années. J’ai pris ma première carte politique en 1970, j’ai mené ma première campagne législative en 1978, réalisé un premier mandat (Maire Adjoint de Royan) en 1983, ai été élu conseiller général en 1985… Je me suis fixé une règle, ne pas être élu après avoir dépassé le chiffre 7. J’aurai 69 ans en 2021 et aurai largement contribué à la vie publique. Il faut savoir s’arrêter tant qu’on peut se retourner serein. J’ai toujours choisi mes départs : début 2010 j’ai annoncé à Nicolas Sarkozy et François Fillon mon départ après le premier remaniement, j’ai décidé de ne pas me représenter aux législatives de 2017…

Tout d’abord, je m’occuperai plus de ma famille, de mes deux filles et trois petits enfants que j’aimerais voir grandir. J’étais Ministre à l’adolescence de mes filles, elles ne m’ont pas beaucoup vu….

Je m’intéresserai toujours à la politique et serai toujours engagé, mais plus comme élu, je ne garderai aucune fonction élective. Je pense faire du bénévolat dans des associations du département, comme l’Hermione, Le Train des Mouettes, peut-être la SNSM. Et puis je garderai mes activités professionnelles d’enseignement à Sciences Po et HEC ainsi que de Conseil auprès des Entreprises dans le domaine des transports en France et en Europe et en aménagement du territoire, sans oublier mes fonctions dans les conseils d’administration et de surveillance dans ces domaines.

Comment se présentent les élections de 2021 et laisserez-vous le Conseil départemental de Charente-Maritime dans de bonnes mains ?

Les élections Départementales doivent théoriquement se dérouler le même jour que les Régionales, mais des bruits de moquette laissent entendre que le Président de la République déplacerait les Régionales à une date un peu plus lointaine, afin que les deux élections ne soient pas concomitantes.

Le résultat des Départementales dépendra pleinement de ceux des élections municipales. D’après le président des Maires de France, 60% d’entre eux vont se représenter. Je suis pleinement engagé au travers de Charente-Maritime Avenir que j’ai créé il y a deux ans et qui rassemble près de trois-cents élus ou candidats de droite, du centre ou centre gauche. L’objectif est de former les futurs nouveaux élus et de conforter les élus actuels.

Je les invite tous les trois mois à une session de formation. La dernière a eu lieu à Saint-Savinien le 11 octobre, il s’est agi de préparer les élections locales, en faisant un point, commune par commune, les enjeux locaux sont très différents, il est temps de passer à l’action.

Concernant votre succession à la présidence du Département, si votre majorité politique est reconduite, on parle des candidatures possibles de Corinne Imbert et de Lionel Quillet. Qu’en est-il ?

Après les municipales on préparera les élections départementales, j’accompagnerai le processus jusqu’au soir du second tour, mes collègues choisiront sans moi leur candidat, le lundi matin.

Lionel Quillet est un excellent premier vice-président, il fait remarquablement son travail dans les deux domaines qui lui incombent, l’environnement comprenant aussi la protection du littoral et l’éolien, et les finances.

Je ne sais pas si Corinne Imbert se présentera à l’échéance sénatoriale de septembre 2020, mais j’ai le sentiment que les trois Sénateurs sortants – Bernard Lalande, Daniel Laurent et donc Corinne Imbert – se représenteront à ce mandat.

Et il y aura peut-être d’autres candidats pour la présidence du Département. Cela fait 34 ans que je suis au Département, j’ai vu parfois un seul candidat qui s’imposait, d’autres fois des duels ou même trois candidats, dans mon cas j’ai été les deux fois le seul candidat de la majorité départementale.

Notre bilan est très positif, mais on n’est jamais élu sur un bilan, bien plus sur un projet…

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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