Patrimoine

Fouilles sous-marines

Des nouvelles du navire inconnu

Félix Gomez et Eric Le Gall.
Publié le 22/01/2020

Chaque année, ils viennent au Musée Ernest Cognacq présenter les résultats de leurs explorations. Eric le Gall, « inventeur de la découverte » et Félix Gomez, Vice-Président de l’AREPMAREF sont deux passionnés, venant inlassablement plonger chaque été depuis 2016 pour en apprendre toujours plus sur cette épave mystérieuse, disparue au dix-huitième siècle au large de Saint-Clément des Baleines. Où en est-on ?

Histoire d’une découverte

Ce jour de 2015, Eric Le Gall ne pensait pas que cette sortie de pêche sous-marine serait quasi miraculeuse. Sur un fond très rocheux avec 8,50 m d’eau environ, et une surface d’environ 25 mètres de long sur 7 m de large, il trouve seize canons. Il en a déjà vus mais seuls. Une telle accumulation l’interpelle. Il vient de trouver les restes d’une épave. Que faire ? Il part en quête des bons interlocuteurs et les trouvera auprès de l’AREPMAREF.

Eric Le Gall n’a aucun droit sur l’épave et encore moins celui de faire des recherches, qui doivent être effectuées dans un cadre officiel avec demande préalable d’autorisation à la DRASSM. Il devra d’ailleurs passer une équivalence pour devenir plongeur professionnel, afin de pouvoir participer aux fouilles organisées avec l’AREPMAREF.

Quatrième campagne et toujours pas de nom

Au-delà de leur caractère un brin romanesque, les fouilles sont un travail colossal, exigeant et parfois ingrat. En 2019, deux pièces en argent datées de 1736 et 1742 sont venues rejoindre celles déjà sorties des eaux en 2018, un morceau de bois de 53 cm de long, un morceau supplémentaire de la magnifique cloche de bronze (non datée), un rouleau de plomb qui servait à des réparations, une empreinte de 1,5 cm d’un tissu et, très rare, des grains de café prélevés sur un amalgame.

L’équipe de recherche a traqué le moindre indice pour affiner la datation mais toujours pas de nom pour ce navire vraisemblablement marchand mais un peu corsaire car armé pour la guerre. Il existe dans les archives départementales trace d’un naufrage en 1757, pendant la Guerre de Sept ans où régnait une forte activité corsaire mais finalement, ce ne peut pas être lui. Une demande d’autorisation de fouilles a déjà été faite pour 2020. Les chercheurs de trésor n’ont pas encore achevé leur quête… L’océan garde bien son secret.

 

L’AREPMAREFF, association très spécialisée

Dix ans en 2020

Certes l’acronyme est désespérément long. C’est que derrière l’AREPMAREF – Association de Recherche et d’Etude du Patrimoine Maritime et Fluvial – se cache une association pointue aux compétences avérées, puisqu’elle mène des recherches en collaboration avec le SRA (Service Régional d’Archéologie Poitou-Charentes), la DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-marines), mais aussi les musées régionaux.

Née en 2010, elle se compose de « trente-cinq bénévoles et monte jusqu’à cinquante en comptant les personnes qui se rattachent aux campagnes de fouilles », précise Félix Gomez, « archéologues professionnels, étudiants (souvent en Doctorat) ou simples amateurs », tous passionnés évidemment. Chacun amène ses compétences et elles sont variées, allant de la navigation à la mécanique, de la plongée sous-marine à l’expertise des activités maritimes.

A quoi s’intéresse l’AREPMAREF ?

Aux épaves bien sûr et elles sont nombreuses au large de l’Île de Ré mais aussi d’Oléron, les pertuis étant fréquentés depuis des siècles par de nombreux navires, pour raisons commerciales ou guerrières. Mais l’association exerce aussi côté des fleuves et rivières, la Charente, la Boutonne ou encore le Clain, qui se distinguaient par d’intenses activités commerciales et où se trouvent encore des traces d’embarcations diverses ou de ponts.

Si l’épave rétaise sans nom mobilise l’association depuis déjà quatre ans, il y eut d’autres trouvailles, comme celle du navire « Le Port Calédonia », retrouvé par l’association quatrevingt- sept ans après son naufrage au large de Saint-Denis d’Oléron en 1924, alors qu’il était si près de sa destination, le Port de La Pallice. Une fabuleuse découverte qui avait demandé des mois de travail aussi bien en archives que sur le terrain, auquel l’association s’adapte en utilisant les techniques les plus modernes. Et on imagine bien l’émotion que les chercheurs ont dû alors ressentir. PLR

Pauline Leriche Rouard

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