Nature

Faune

Des amphibiens « marqueurs de biodiversité »

© Aurélie Cornec - Lionel Quillet, président de la CdC, rappelle que la présence de certains amphibiens comme le Pélobates cultipèdes sur l’île de Ré est « synonyme d’un territoire exceptionnel »
Publié le 03/06/2021

Débutée le 24 février dernier, l’opération de sauvegarde du Pélobate cultripède, plus connu sous le nom de « crapaud à couteau », se prolonge jusqu’au 17 mai. Les conditions météorologiques et la sécheresse de ces derniers mois n’ont en effet pas permis la finalisation de la mission

Menée à Saint-Clémentdes- Baleines aux abords de la Forêt du Lizay, cette opération de sauvetage mobilise les écogardes de la Communauté de Communes de l’île de Ré, ainsi que près de 70 bénévoles. À la fin de l’hiver, l’heure est venue pour le Pélobate cultripède de quitter son lieu d’hivernage pour rejoindre les zones humides de reproduction. Mais, entre les zones sableuses de la forêt du Lizay et les mares d’eau douces côté marais, cette petite bête doit affronter un obstacle de taille : la Départementale 101. Pour l’aider dans cette dangereuse traversée, les écogardes de l’île de Ré ont mis en place une barrière à amphibiens.

Chaque matin entre 4 heures et 6 heures, deux équipes constituées d’un écogarde et d’un bénévole se chargent d’inspecter les lieux afin d’identifier, sexer et comptabiliser les amphibiens qui se trouvent dans les seaux de capture, avant de les transporter de l’autre côté de la route, au plus proche des marais. L’opération permet de sécuriser la traversée des amphibiens mais aussi de mieux connaître les zones de passage pendant la migration.

Au chevet de la biodiversité

« Il faut avant tout remercier l’équipe des écogardes et les nombreux bénévoles pour leur implication, ce qui permet de mener une véritable action de protection sur un territoire soumis à une grosse pression », résume Lionel Quillet, président de la CdC. « Au beau milieu de l’un des endroits les plus touristiques de France, nous avons des Pélobates qui ne sortent qu’à plus de dix degrés et qui ont besoin d’eau douce, d’humidité dans l’air et de zone forestière dunaire. Sur la plupart des territoires, ce type de projet aurait été abandonné, mais pas sur l’île de Ré, où nous arrivons à un résultat parmi les meilleurs de l’Atlantique », poursuit-il. Grâce au travail des écogardes et des bénévoles, l’île de Ré compte en effet la plus grande population de Pélobates cultripèdes de la façade atlantique, avec plus de 500 individus recensés.

Un projet « écotaxe »

Le président de la CdC tient par ailleurs à souligner le « succès de cette opération, rendue possible grâce à une bonne gestion de l’écotaxe ». « La CdC réalise de nombreux inventaires (oiseaux, insectes, flore…), véritables marqueurs de la biodiversité et synonymes d’un territoire exceptionnel. Sans l’écotaxe, cela ne pourrait pas être possible », souligne-t-il. Au-delà du sauvetage et du comptage, l’équipe des écogardes a réalisé des travaux d’ouverture de cheminement favorisant l’accès aux mares de reproduction pour les amphibiens. Ces derniers se déplacent en effet plus facilement sur des secteurs comportant de la végétation rase et du sable nu. D’autres travaux de réhabilitation de mares, côté forêt du Lizay, sont prévus en partenariat avec l’ONF (Office national des forêts) afin de créer des sites de reproduction. L’objectif consiste à limiter les risques de collision lors de leur traversée de la route départementale.

L’opération de sauvetage et de recensement, qui sera renouvelée l’année prochaine afin de recueillir davantage de données, permet également le recensement de la population de têtards dans les mares d’eau douce du même secteur, grâce à la pose d’amphicapts. Mais pour Fabienne Le Gall, la chef d’équipe des écogardes de la CdC, « nous sommes presque sûrs que les Pélobates ne vont pas pouvoir se reproduire cette année, suite à la sécheresse que nous avons connu ce printemps ». Parmi les 44 têtards recensés à ce jour, aucun n’est de l’espèce du crapaud à couteau.

L’opération en quelques chiffres

– 800 mètres de barrière entre Saint-Clément-des-Baleines et Les Portes-en-Ré,

– 160 seaux de capture,

– un inventaire réalisé 7 jours / 7, entre 4 et 6 heures du matin,

– au total, plus de 1 000 amphibiens recensés dont : 13 Pélobates cultripèdes, 787 Pélodytes ponctués, 78 Crapauds calamites, 46 Rainettes méridionales et 67 Grenouilles vertes,

– 69 bénévoles mobilisés, venus de l’île de Ré et du continent, une première sur le territoire,

– 3 mois d’inventaire quotidien.

Aurélie Cornec

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